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5 juin 2013 3 05 /06 /juin /2013 23:27

" Les générations actuelles ont vu mourir, il y a vingt-cinq ans, un vieillard plus qu'octogénaire, conseiller à la Cour de cassation, qui avait conservé jusqu'à la fin la facilité de mœurs, la grâce du caractère, la fraîcheur d'esprit auxquelles on reconnaissait son siècle; c'était M. Chauveau-Lagarde, le seul avocat honnête qui eût trouvé son compte, si on osait se servir du mot, dans les procès de la Révolution et que la Restauration récompensa un peu tardivement peut-être de son courage ou de son bonheur.

Quand on pense à lui, on ne peut s'empêcher de penser ce que c'est que la destinée.

Son père était maître perruquier à Chartres, homme de bonnes mœurs et de probité, qui avait acquis l'estime générale et quelque aisance dans son métier.

A ce fils de perruquier, qui aurait osé dire qu'un jour il défendrait la fille de l'impératrice Marie-Thérèse, reine de France; la princesse Elisabeth, sainte et martyre; que Charlotte Corday, Miranda, Brissot seraient ses clients? Désigné pour défendre Mme Roland, il l'aurait défendue si elle avait voulu l'être; mais la fière héroïne n'avait pas besoin d'avocat pour ce qu'elle voulait demander à ses juges. L'échafaud de Sidney souriait à son courage; on sait comment elle y monta. M. Chauveau-Lagarde obtint d'elle un souvenir. Mme Roland, en récompense de son zèle, lui donna un anneau de son mariage, qu'il conserva toute sa vie.

Chauveau-Lagarde défendait d'office ces accusés illustres: c'est vrai; la volonté manquait au sacrifice; c'est ce qui explique les retards de la Restauration; mais aussi quelle bonne fortune pour un avocat, surtout quand il a su s'en montrer digne!

Témoin dans le procès de Fouquier-Tinville, l'avocat de la reine recevait du terrible accusateur un certificat qui doit lui servir ce que de raison auprès de la postérité: "Si j'avais fait mon devoir, dit Fouquier, Chauveau-Lagarde ne serait pas ici pour déposer contre moi."

On est trop difficile, en fait de courage, quand il n'y a plus de danger; le fait est qu'on voudrait sentir dans la bouche de Chauveau-Lagarde un souffle plus libre, le voir s'incliner un peu plus bas, lorsqu'il défendait la reine, devant cette majesté du malheur, comme allait le faire Bailly, qui, dans la prisonnière de la conciergerie, salua avec un si touchant respect l'hôtesse couronnée du château de Versailles.

Avec tout cela, la conduite de M. Chauveau-Lagarde sera toujours bonne à citer; mettons l'héroïsme au premier rang; c'est sa place; que M. de Malesherbes les domine tous, cela doit être, mais n'excluons personne, et ne décourageons pas par d'inutiles et intempestives sévérités les hommes de cœur qui font leur devoir; le nombre n'en sera jamais trop grand."

 

Les lignes ci-dessus sont tirées de l'ouvrage suivant:

O. Pinard, Conseiller à la Cour impériale de Paris. Le Barreau au XIX° siècle. Paris. Pagnerre, libraire-éditeur. 1864.

Oliver Pinard connut quelque célébrité en requérant contre Baudelaire et contre Flaubert.

 

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Published by froidefond - dans JUSTICE ET DROIT
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