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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 19:57

Tiré de l'Illustration du 7 juillet 1866.

"... je ne vois rien de bien nouveau à Paris, rien qu'un jouet récent en vente partout. Il ne s'agit pas du Bismark qu'on fait sauter au bout d'un fil de caoutchouc, lui, qui, tout au contraire, tire ordinairement les ficelles; je veux parler de la cage à mouches. Une véritable cage à barreaux étroits, en fer blanc, une prison. Qu'en dites-vous? Moi, je trouve l'invention odieuse. C'est l'encouragement au meurtre. L'enfant, c'est reconnu, déteste l'animal, ou plutôt il l'aime à la façon des bêtes de proie, de l'aigle, par exemple, qui adore l'agneau. Cet âge est sans pitié, la chose est sûre. La nature tremble devant les enfants. Le chien, caressé par le vieillard, a les oreilles tirées par le gamin. L'oiseau, même apprivoisé, est plein de crainte. Entre l'enfant et le chat, il ne voit guère de différences. Pourquoi les fourmis s'obstinent-elles à bâtir, à creuser, à lutter? D'un coup de canne l'enfant met au néant la fourmilière, tant de merveilles, tant de peines! Je ne dis rien des hannetons, mais s'ils parlaient! Quant aux mouches, plus que les autres elles pâtissent. L'enfant les décime, les ampute, leur coupe en riant les ailes, les guillotine entre deux queues de cerises. Les savants prétendent que les mouches meurent quand vient l'hiver. Les savants se trompent. Et s'il n'est plus de mouches à la fin de l'automne, c'est que les vacances ont passé sur la race, et que les collégiens, tout en bâillant, ont organisé, pour se désennuyer, les massacres de septembre.

Or, ils se font complices de ces exécutions, les marchands qui vendent des cages à mouches et les parents qui les achètent. C'est la cruauté sanctionnée, la pitié brusquement confisquée, la torture devenant jouet, la prison érigée en récréation. Que si tous les parents veulent faire de leurs fils des procureurs généraux, la chose est parfaite. On n'oublie pas ces impressions premières. Songez que le premier jouet du Français est le tambour, comme celui du petit Anglais est un bateau, et que de là viennent peut-être cette humeur martiale de nos compatriotes et ce goût des choses maritimes chez nos voisins. Mais, - songez-y, - que serait une génération qu'on aurait habituée dès l'enfance à jouer avec un gibet?

JULES CLARETIE."

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Published by froidefond - dans ANIMAUX
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