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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 18:23

Gabriel Dussurget (1904-1996).

Le nom de Gabriel Dussurget est familier aux aixois et plus spécialement à ceux d'entre eux qui sont mélomanes. Je ne suis pas sûr que tous sachent que la place de l'Archevêché porte son nom. Depuis quand, je l’ignore, mais ce n’est que justice d’avoir associé cet homme et ce lieu devenu, grâce à lui, prestigieux.

Je n’ai pas eu l’honneur de le connaître, autrement que de vue; en juillet 1972, en effet, j’eus le privilège de travailler (le mot est impropre, tant mon plaisir était grand) comme aide-machiniste au festival d’Aix; on donnait notamment cette année-là Pelléas et Mélisande, dans la mise en scène de Jacques Dupont, et sous la direction musicale de Serge Baudo. Je découvrais cette oeuvre superbe de Debussy, sur le texte magnifique de Maeterlinck. C’était la dernière année de direction du festival par Dussurget.

Les éditions Actes sud ont publié il y a quelques mois un livre intitulé: « Gabriel Dussurget. Le magicien d’Aix. Mémoires intimes. » Il comprend en première partie une autobiographie de l’auteur, jusqu’à la création du festival d’Aix, en 1948. La deuxième partie est, selon Kathleen Fonmarty Dussurget et Renaud Machart (respectivement auteurs de l’avant-propos et de la préface), un pasticcio, fait de propos de l’ancien directeur du festival, et consacré à l’histoire de ce dernier. Suivent des aphorismes et maximes de Dussurget, le programme du festival d'Aix de 1948 à 1972, et de nombreuses notes, précieuses pour qui s'intéresse notamment à l'histoire musicale du XX° siècle. L'ouvrage est enrichi d'une quinzaine de photographies.

Il ne s'agit pas d'une grande oeuvre littéraire, mais d'un intéressant témoignage sur une époque et un milieu. De l'Algérie de son enfance, du Paris de sa jeunesse, de l'Italie et de la France de son âge mûr, Dussurget brosse des tableaux très vivants (comme ceux que l'on pouvait voir dans certains théâtres à programme licencieux), animés de personnages parmi les plus célèbres de son siècle, dont Max Jacob, Francis Poulenc, Olivier Messiaen, outre de nombreux artistes du monde musical. La langue est parfois verte, les détails crus. Dussurget, qui vécut des décennies avec Henri Lambert, rencontré en 1929, ne fit jamais mystère de son homosexualité. Aussi, ses mémoires sont-elles truffées de renseignements sur ce monde parfois discret, parfois provocateur, dans l'entre-deux guerres, avec ses lieux de rendez-vous, tels, à Paris, le cinéma Gaumont-Palace, le music-hall La Cigale, Le Bataclan, le cinéma de la Rue-aux-Ours.

On y trouve également des croquis de la vie aristocratique et artistique en Italie, où Dussurget et Lambert habitèrent longtemps. Luxueuses villas de Capri, palais vénitiens, tels furent les décors de leur vie, d'où le travail était absent.

Durant la deuxième guerre mondiale, Dussurget, alors âgé d'une quarantaine d'années, commença une carrière d'organisateurs de spectacles; il créa d'abord, à l'initiative de Marie-Laure de Noailles, une société de musique de chambre, puis les Ballets des Champs-Élysées, avec Roland Petit et Renée (Zizi) Jeanmaire. C'est à Marseille, chez la comtesse Pastré, que naquit l'idée d'un festival de musique. Le choix de Dussurget et de Lambert se porta sur Aix, cette belle endormie. M. Bigonnet, du casino de cette ville, suggéra de centrer le festival sur Mozart, dont les opéras étaient alors rarement joués.

Pendant 24 ans, Dussurget dirigea ce festival, dont la programmation fut particulièrement éclectique: oeuvres de Mozart, bien sûr, mais aussi de compositeurs contemporains (Britten, Poulenc, Milhaud, Dutilleux, Marius Constant, Henri Sauguet, Maurice Jarre, etc.), musique de chambre, musique baroque, musique sacrée. Les lieux des représentations furent également variés: outre le théâtre de l'Archevêché, des hôtels particuliers, des bastides et leurs parcs, des églises servaient de cadre à des concerts.

Dussurget mit également ses talents au service de l'Opéra de Paris. Après avoir cessé ses fonctions tant au festival d'Aix que dans cette illustre maison, il continua à servir la musique en faisant découvrir de nouveaux chanteurs.

On peut regretter que le livre publié par les éditions Actes Sud ne contienne pas un résumé de la vie de Dussurget; on peut être choqué de détails trop crus, notamment sur des tiers, qui n'apportent pas grand chose à la connaissance de l'homme.

Dans son avant-propos, la petite-nièce de Dussurget indique, avec honnêteté, qu'elle a longtemps hésité avant de publier ce livre; son grand-oncle n'avait, en effet, laissé aucune instruction précise à ce sujet. Cette publication peut être l'occasion d'une réflexion sur le sujet suivant: que pouvons-nous, que devons-nous transmettre de ceux dont nous héritons? Leurs plus hauts faits, ou bien l'ensemble de leur vie, avec leurs zones d'ombre, leurs défauts, leurs insuffisances?

Jean-Louis Charvet.

jlcharvet.over-blog.com

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Published by froidefond - dans PETITES BIOGRAPHIES.
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