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28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 20:30

 

Je poursuis mon exploration des mœurs de nos ancêtres, en particulier en consultant des ouvrages d'éducation du XIX° siècle et de la première moitié du XX°. Le dernier que j'ai acheté s'intitule "L'éducation ménagère"; publié par Hachette en 1932 (5° édition), et rédigé par Mme Marie Boutier, Directrice d'Ecole à Paris, il était destiné aux élèves des cours supérieurs et complémentaires des écoles primaires supérieures, des écoles professionnelles, des lycées et collèges.

Il ne contient pas seulement des informations pratiques destinées aux futures maîtresses de maison, mais aussi des considérations morales qui nous renseignent sur le rôle que devait jouer la femme dans la famille.

Selon l'auteur de ce manuel, les objectifs de l'enseignement ménager étaient:

"1° Eclairer la future ménagère en l'habituant à déduire des notions scientifiques qu'elle possède toutes les applications pratiques qui en découlent;

2° Donner à la jeune fille des habitudes d'ordre, de méthode qui l'aideront à acquérir le savoir-faire, fruit d'une longue pratique;

3° Cultiver l'adresse et développer le goût par la pratique raisonnée des besognes ménagères et des travaux féminins;

4° Inspirer le goût du foyer et mettre en relief l'importance sociale du rôle de la femme comme ménagère, maîtresse de maison et mère de famille."

'auteur insistait sur le rôle social de l'enseignement ménager: la ménagère devait être, en particulier, une auxiliaire du médecin, en veillant à l'hygiène du foyer, et devait contribuer à la force de la Nation en lui procurant des enfants élevés sainement, tant du point de vue physique que du point de vue moral.

Le rôle de "maîtresse de maison", selon madame Boutier, réclamait de grandes qualités de cœur et d'intelligence; elle écrivait: "On ne fait le bonheur des gens qu'avec leur collaboration volontaire. On les dirige dans le droit chemin plus encore par l'exemple que par la leçon."

Les qualités de la bonne maîtresse de maison devaient être l'ascendant, la prévoyance, la dignité, la probité professionnelle, le sens du confortable, le souci de la vérité, les sentiments affectifs, l'honneur familial. En ce qui concerne ce dernier point, l'auteur invitait chaque famille à tenir un journal dans lequel seraient consignés les faits marquants de la vie familiale, ce que l'on trouvait dans les livres de raison de l'ancienne France.

Dès l'école, la jeune fille devait penser à se confectionner un trousseau qui comprenait, au minimum:

"a) Linge de corps: 12 chemises, 12 pantalons (il s'agissait de sous-vêtements), 6 combinaisons lavables ou 6 cache-corsets et 6 jupons, 24 mouchoirs.

b) Linge de toilette: 6 gants de toilette, 12 petites serviettes, 12 serviettes de toilette.

c) Linge de maison: 12 draps de lit, plus 6 draps en supplément pour chaque lit à partir du second, 12 taies d'oreiller, plus 3 taies supplémentaires par lit d'une personne à partir du second, 3 nappes (6 si l'on en fait un usage quotidien), 24 serviettes de table, 24 essuie-mains, 24 torchons de cuisine."

Tous les éléments du trousseau étaient marqués des initiales de celle qui l’avait confectionné; elle les ornait souvent de broderies.

La jeune fille devait acquérir des notions d’économie domestique; en un temps où la Sécurité sociale n’existait pas, où les régimes de retraite et d’assurance-chômage n’étaient qu’embryonnaires, en un pays qui, en moins de cinquante ans, avait été deux fois envahi par « nos amis allemands », comme on dit aujourd’hui, en un pays touché, comme tant d'autres, par la crise économique de 1929, il fallait prévoir le pire. Le recours à l’emprunt était fortement déconseillé, l'épargne encouragée.

Le rôle de la femme dans le couple était clairement défini: « Les femmes font et défont les maisons. CONSEQUENCE. La femme, consciente de sa responsabilité, mettra au-dessus de tout ses fonctions de maîtresse de maison, et le mari tiendra à honneur de gagner seul le pain du ménage, toutes les fois que les circonstances le permettront, afin de laisser la femme au foyer. »

En 1932, la mortalité infantile en France restait élevée au cours de la première année; aussi la puériculture était-elle un chapitre important de l'enseignement ménager. L'allaitement maternel était vivement recommandé. L'accent était mis sur la nécessité de "maintenir au foyer la concorde et les habitudes de calme, de sincérité, de politesse qui constituent l'éducation."

Au point de vue matériel, l'éducation de la jeune fille comportait un programme fort étendu: étaient étudiés, notamment, l'alimentation, l'aménagement de la maison, le linge, les soins aux malades et convalescents.

Je ne sais si, de nos jours, un tel enseignement est donné aux jeunes filles; j'en doute un peu. Pourtant, plusieurs des matières enseignées il y a 80 ans devraient, à mon sens, faire partie des programmes scolaires, non seulement pour les filles mais aussi pour les garçons: apprendre des notions d'hygiène, d'économie domestique, d'éducation des enfants, etc., ne me paraît pas un luxe dans un pays où l'on voit, mon expérience professionnelle de magistrat me l'a appris, tant de familles dépassées par leurs tâches domestiques.

Jean-Louis Charvet.

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Published by froidefond - dans HISTOIRE
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