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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 21:28

Extrait du journal La chasse illustrée du 21 février 1874.

" La chasse aux sauterelles.

Il y a vingt ans, j'étais soldat et je rêvais de gloire.

Un jour, le général Yusuf, à l'état-major duquel j'étais attaché, me fit appeler dans son cabinet:

- Mon ami, me dit-il, nous sommes menacés d'une invasion terrible; toutes nos populations du sud sont en émoi; vous allez monter à cheval, vous réunirez nos contingents du Sahara et vous ferez face à l'ennemi.

J'ai dit plus haut que j'étais jeune et que je rêvais de gloire: je crus que j'étais appelé à repousser quelque incursion de nomades à la tête de nos goums, et, ma foi! je dois l'avouer, j'étais fier d'avoir une mission qui pouvait être glorieuse. Lorsqu'on est soldat et que l'on a vingt ans, l'on ne rêve que plaie et bosse... et la croix d'honneur!

En me donnant ses instructions, le brave général Yusuf riait de ma méprise: il s'agissait simplement d'aller combattre une invasion de sauterelles.

...

Tandis que nous devisions ainsi sur les sauterelles, nous en grignotions les cuisses grillées. C'était un régal pour les Arabes, et, ma foi! pour moi aussi; ce bonbon du désert a le goût exquis de la noisette pralinée à la vanille.

...

Le lendemain, dès l'aube, nous nous mîmes en chasse. J'avais plus de quatre mille âmes: hommes, femmes et enfants pour faire la lefafa.

Je les alignais par couples sur un espace d'au moins huit kilomètres, reliés les uns aux autres par un haïk immense, pièce d'étoffe ayant à peu près la dimension et la forme d'un drap de lit. Puis, sur un signal, ils se mirent à marcher dans le sens opposé à celui que suivaient les sauterelles, battant le sol avec des bâtons et criant à tue-tête. Le haïk traîne sur la terre, et les sauterelles , effarouchées, viennent s'y attacher. Lorsque la pièce d'étoffe est envahie, on ramène en tas l'animal destructeur et on le brûle. De distance en distance des bûchers sont établis et chacun vient y secouer son haïk.

En deux journées nous purgeâmes la contrée du fléau.

Quant aux dégâts commis, ils étaient considérables. Lorsque l'invasion commence, elles attaquent l'épi de deux manières, en y grimpant absolument de même que le ferait un homme après un mât: les premières arrivées mangent le grain, les autres scient l'épi pour partager la proie.

En une journée elles avaient moissonné environ huit cents hactares de céréales.

Je rentrai à Médéah vainqueur et beni par les Arabes; le général Yusuf me félicita un peu ironiquement sur ma victoire... mais je ne fus pas encore décoré cette fois-là.

FLORIAN PHARAON."

 

Extrait de la revue La Nature de 1888:

 

" Les criquets dévastateurs en Algérie.

Lors de la première année de fondation de La Nature, en 1873, notre regretté collaborateur et ami, Maurice Girard, écrivait pour nos lecteurs une excellente notice sur les criquets dévastateurs (1° année 1873, p. 230, 258, 298, 314) et parlait des ravages que cet insecte commençait à exercer cette année-là même en Algérie. Depuis cette époque, nous avons eu l'occasion de signaler les nuées de sauterelles qui ont dévasté une partie des cultures de notre colonie en 1877 (1° semestre 1877, p. 190). Les Arabes prétendent qu'il ne se passe jamais une période de plus de vingt-cinq ans sans que cette plaie ne se renouvelle. En Algérie, la durée, cette fois, aura été plus courte, car nous voici en 1888, dix ans après les derniers désastres de 1877, et les criquets se précipitent en armées volantes sur les terres en culture et sur les voies ferrées dont elles arrêtent le mouvement des trains par leurs masses formidables.

M. Kunckel d'Herculais, aide-naturaliste au Muséum d'histoire naturelle de Paris, président de la Société entomologique de France, a été envoyé en Algérie pour combattre le fléau. Il a visité, la semaine dernière, en compagnie de M. Duchamp, conseiller du gouvernement, et du sous-préfet de Batna, les chantiers de destruction des criquets de la commune d'Aïn-el-Ksar. M. d'Herculais a pu constater que, ainsi que plusieurs personnes l'avaient déjà annoncé, l'acridien de l'invasion actuelle n'est pas l'acridium peregrinum de 1866, de 1873 et de 1877, mais une espèce de petite taille, beaucoup plus redoutable, car elle peut se propager de proche en proche, s'étendre sur l'Algérie et y rester un grand nombre d'années. La question de la destruction des sauterelles revêt donc, du fait de cette constatation, une nouvelle gravité."

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Published by froidefond - dans ALGERIE
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