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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 19:21

 

La chasse dans l’Algérie française.

 

Ma famille n’a que de faibles liens avec l’Algérie ; en effet, si mon grand-père maternel, Emile Froidefon, s’installa à la fin des années 1920 à Bougie (Bejaia), pour exercer l’activité de courtier en huiles, son séjour ne fut que de brève durée, puisqu’il mourut fort jeune, en 1933. Je sais, par ma mère et ma grand-mère, qu’il aimait beaucoup la chasse. Deux articles, tirés du Chasseur Français, me permettent  de l’imaginer dans son activité favorite ; au-delà, ils donnent des renseignements précieux sur divers aspects, historiques, économiques, réglementaires, de la chasse en Algérie.

 

Jean-Louis Charvet.

 

 

 

1° article : juin 1929.

 

« La chasse en Algérie.

 

Le Président de la Société des Chasseurs de l’arrondissement de Constantine, M. Bonnet, a bien voulu m’envoyer des renseignements sur la réglementation de la chasse en Algérie et me faire connaître quels sont les desiderata des membres de sa Société en ce qui concerne les améliorations à apporter à la législation actuelle sur la chasse en Algérie.

 

Le Président de la Société des Chasseurs de Constantine expose la situation actuelle comparée à ce qu’elle était auparavant sans se montrer trop pessimiste puisqu’il constate que l’Algérie a été jusqu’à ces dernières années le pays par excellence pour les disciples de Saint-Hubert avec ses terres à blé pour favoriser la reproduction des perdrix, le principal gibier de la colonie, ses broussailles et rochers suivant les régions pour garantir les compagnies, quand le chaume est tombé, contre le plomb du chasseur ou les serres de l’oiseau de proie, son territoire immense pour une population très clairsemée.

 

La perdrix, très prolifique serait donc extrêmement abondante si, malheureusement, par suite du braconnage effréné, la situation cynégétique en Algérie ne se trouvait modifiée. Il est temps heureusement encore de réagir et c’est l’avis de tous les chasseurs consciencieux, et aussi celui du Gouverneur Général qui se propose de réglementer à nouveau la chasse en Algérie.

 

La Société des Chasseurs de Constantine s’est proposée d’aider en ce sens les Pouvoirs Publics en leur soumettant diverses propositions inspirées par l’expérience du milieu dans laquelle se trouvent ses membres.

 

L’article 22 de la loi du 27 mars 1926 attribue au gouvernement de la colonie l’exercice de la surveillance et de la police de la chasse dans l’intérêt général. Mais le nombre restreint des agents européens chargés de la répression du braconnage dans un pays aussi grand que la France rend impossible la prise des braconniers en flagrant délit.

 

Ce sont ces considérations qui ont amené la Société à demander tout d’abord l’établissement d’une taxe prohibitive à l’exportation.

 

Le braconnage est encouragé par le prix exorbitant de vente du gibier. Il paraît qu’on voit même, dans certaines régions où le gibier est encore abondant, de petits propriétaires indigènes renoncer à cultiver leurs terres et les louer pour se consacrer exclusivement à la chasse dans l’exercice de laquelle ils trouvent plaisir et profit. D’où diminution de la production, de la richesse de la colonie et exemple dangereux pour les autres indigènes.

 

Il a été exporté, du 1° janvier 1927 au 1° décembre 1928, cent six mille quatre cents kilos de gibier par les seuls ports d’Alger, de Bône et de Philippeville. La taxe actuelle de l’importation étant actuellement de 2 francs par kilo, sans distinction de catégories, la Société des Chasses de Constantine voudrait la voir augmenter sensiblement pour toutes les catégories de gibier.

 

Il y a en Algérie, encore plus qu’en France, des ramasseurs de gibier, mais ces ramasseurs seraient, en Algérie, les agents de certains exportateurs qui s’abouchent avec les braconniers, les ravitaillent en munitions et achètent tout le gibier.

 

La Société estime qu’en doublant la taxe sur les alouettes et gibier de passage et en la multipliant par 5 pour les lièvres et perdreaux, on diminuerait le mouvement d’exportation et on permettrait aux Algériens de s’en procurer à meilleur compte.

 

Ce serait là une taxe sur le braconnage, industrie fort peu recommandable.

 

La Société, très raisonnable dans ses desiderata, estime que ce serait peut-être, d’un autre côté, aller un peu loin que de demander l’interdiction générale de la vente du gibier, ce qui porterait atteinte au droit public de la consommation.

 

Mais elle estime qu’on pourrait interdire la vente et l’exportation au moment où le gibier est le plus menacé et au moment de la reproduction. Il faudrait pour cela limiter la période de vente et d’exportation, du 15 novembre au 15 février la première année et ensuite du 15 octobre au 15 février.

 

Puis, comme les brigades de gendarmerie sont trop peu nombreuses pour surveiller le braconnage dans un territoire immense et comme les communes qui ont parfois de 50 à 200.000 hectares ne peuvent avoir assez de gardes champêtres européens, la Société des Chasseurs de Constantine suggère que les caïds et divers autres agents indigènes représentant l’administration dans chaque douar pourraient, sous certaines conditions et garanties, être autorisés à verbaliser ou à faire connaître les délits de chasse.

 

Les caïds sont des gens honorables choisis par l’administration qu’ils représentent et l’extension de leurs attributions à l’exercice de la chasse pourrait facilement s’accorder avec les dispositions de la loi du 27 mars 1926 et du décret spécial à l’Algérie du 6 février 1919 donnant au Gouverneur le droit de nommer les caïds et de délimiter leurs attributions de surveillance et de police dans leur région.

 

La dernière mesure préconisée par la Société des Chasseurs de Constantine vise l’obligation pour la vente, le transport et l’exportation du gibier d’un certificat d’origine constatant que le gibier a bien été tué par des chasseurs munis de permis de chasse et non par des braconniers.

 

L’obtention du permis en Algérie est un droit pour les Français. Pour les indigènes, c’est seulement une faveur qui peut être refusée et le serait à ceux qui, grâce au contrôle résultant du certificat d’origine, auraient commis quelque délit.

 

Les renseignements fournis par la Société établissent qu’il y a encore du gibier en Algérie, ce qui est consolant, alors que partout ailleurs le gibier disparaît, mais qu’il y a lieu de prévenir ce qui ne manquera pas d’arriver si on maintient le statu quo. Il est donc à souhaiter que le Gouverneur de l’Algérie donne suite à son projet de réglementer à nouveau la chasse et prenne en considération les suggestions qui paraissent fort sages de la Société des Chasseurs de Constantine et celles que ne manqueront pas de lui soumettre les sociétés similaires de la colonie.

 

Louis TERNIER. »

 

 

 

2° article : juillet 1929.

 

«  La chasse en Algérie : du lion de l’Atlas à la perdrix rouge.

 

Coq de bruyère, caille, perdrix grise, gélinotte, faisans, bécasse, râle des genêts, alouette-lulu, sarcelle, quelle musique enclose dans ces syllabes ! Les noms du gibier de France s’égrènent comme une litanie, litanie des chasseurs et des plus harmonieuses. Au reste cette litanie n’en finit point tant est giboyeux le vieux sol gaulois. Que ne chasse-t-on en France depuis l’ours rarissime de Pyrénées jusqu’au lièvre des prairies normandes. Mais vous êtes-vous demandé quel gibier vous pourriez chasser en Algérie, voici cependant une question d’actualité car vous irez en Algérie, l’an prochain, pour le Centenaire ? L’occasion est unique de visiter nos merveilleuses provinces africaines que tout Français devrait connaître, et vous en profiterez. Il ne vous est pas défendu de rêver dès maintenant à votre magnifique « tableau » de chasse, bien au contraire.

 

Toutefois, au risque d’abattre momentanément votre enthousiasme, je vous préviens que vous tirerez probablement peu de grosses pièces. D’ailleurs, j’enfonce assurément une porte ouverte car ce que je dis là, les lecteurs du Chasseur Français ne peuvent l’ignorer. Mais saviez-vous que dans l’antiquité on chassait l’éléphant en Afrique du Nord ? C’est un fait que l’on ne peut mettre en doute. Sur ce point, les auteurs anciens sont intarissables. Appien raconte que, dans la seconde guerre punique, lorsqu’on apprit que Scipion s’apprêtait à passer en Afrique, les Carthaginois envoyèrent Asdubal, fils de Giscon, à la chasse aux éléphants : il ne dut pas les chercher loin de Carthage car le temps qu’il mit à accomplir sa mission fut très court. Et Polybe de son côté affirme que la Lybie est pleine d’éléphants. Voilà qui se perd un peu pour nous dans la nuit des temps. Plus près de nous , quoique lointain encore dans l’histoire, un cri retentit : « Panem et circenses ». Du pain et les jeux du cirque. Or, les jeux du cirque que réclamait à grands cris le peuple romain nécessitaient des bêtes féroces et c’est l’Afrique, l’Afrique du Nord, la Numidie qui en pourvoyait Rome. « Auguste affirme que 3.500 bêtes africaines furent tuées dans 26 fêtes qu’il donna au peuple, écrit Csell et ce savant ajoute que des mentions de ferae libycae, ferae ou bestiae africanae ou même simplement d’africanae (termes qui désignaient principalement les panthères), se rencontrent dans les auteurs et parfois aussi dans les inscriptions ». Il précise qu’à l’époque de Pline l’ancien, c’était surtout la Numidie qui les fournissait. Les martyrs étaient livrés aux bêtes d’Afrique, de cette Afrique où le christianisme pour quelques siècles au moins, se développa si rapidement. Saint Augustin, l’évêque d’Hippone dut en frémir de douleur. Mais c’est peut-être il est vrai un lion d’Afrique qui, insouciant des clameurs du peuple romain, se coucha pacifiquement aux pieds de Blandine, la servante chrétienne.

 

Des lions il y en avait encore en Algérie au moment de la conquête et même quelques années plus tard. Le général Margueritte, le père des écrivains connus, alors qu’il n’était encore que capitaine, commandant le bureau arabe de Tenied-Had, a bien souvent, vers 1846, chassé le lion et la panthère. Pour les chasseurs ; l’Algérie était alors un véritable paradis. Gibier de tous poils et de toutes plumes. Pendant les premiers mois de l’occupation française, écrit un contemporain, le gibier de toute sorte était si abondant en Algérie qu’une perdrix valait dix centimes, deux lièvres un franc et ainsi du reste. Il me souvient, ajoute ce témoin qui n’est autre que le capitaine Gérard, grand tueur de lions, célèbre à l’époque, qu’au mois de septembre 1842, j’ai tué un jour, entre le déjeuner et le dîner, dans les environs de Ghelma (sic), 45 perdreaux et 7 lièvres, avec un fusil de dragon. Voilà qui est peu vraisemblable, et ce n’est pourtant pas une tartarinade.

 

Comment parler de la chasse en Algérie sans évoquer – ne serait-ce qu’en passant – l’inoubliable silhouette de Tartarin de Tarascon ? Tartarin chez les « teurs », Tartarin chez les lions à l’affût dans un bois de lauriers roses ? Tartarin venu en Algérie uniquement pour chasser le lion. Vous n’avez pas oublié cette fameuse rencontre où Tartarin abordant un vrai chasseur algérien en tous points semblable à un chasseur de France, lui dit avec un accent inimitable : « Et autrement, camarde, bonne chasse ? » L’autre ayant montré sa carnassière gonflée de gibier, Tartarin incrédule, de répliquer ou à peu près, car je cite de mémoire :

 

- Vous les avez mis dans votre carnassière ?

 

- Et où voudriez-vous que je les mette ?

 

- C’était des petits, alors ?

 

- Des petits et des gros, répond le chasseur pressé, en s’en allant.

 

Des petits et des gros ! C’est bien ce qu’il dirait aujourd’hui encore, car sauf quelques panthères dans le bois de Khroumirié, il n’existe plus de bêtes féroces en Algérie. La hyène et le chacal qui s’y trouvent fuient à l’approche de l’homme. Mais on chasse le sanglier dans les forêts du Tell, les élégantes et rapides gazelles sur les steppes des hauts plateaux ou les ravins d’oueds du Sud, le mouflon sur les confins du massif de l’Aurès. Dans les plaines du Sud, les chefs indigènes chassent encore parfois au faucon l’outarde et le lièvre. On chasse aussi la caille, qui de France vient passer l’hiver en Algérie. On chasse enfin les perdrix rouges, l’alouette grise, les canards à col vert, les sarcelles, les pluviers gris, les courlis, les ganges.

 

Vous voyez ce que peut être actuellement la chasse en Algérie et quels plaisirs elle offre à ceux qui, comme vous, aimant la chasse pour elle-même, ne redoutent pas la fatigue. Mais sans être allé en Algérie, vous ne pouvez avoir aucune idée de la beauté du paysage qui ajoute encore aux péripéties d’une chasse se déroulant sur d’immenses étendues, dans un décor de rêve sous un ciel implacablement bleu. Ce n’est plus la chasse de France, mais l’attrait demeure aussi vif. Ne l’a-t-on pas écrit : « La chasse aux confins du désert, présente avec ses difficultés, ses aléas, son imprévu, une attirance, un charme, qu’ont toujours ressentis avec joie tous ceux qu’a tentés ce sport au-delà de la Méditerranée ».

 

Si belles que doivent être les nombreuses manifestations du Centenaire, je suis bien certain que vous n’irez pas en Algérie au cours des premiers mois de l’an prochain en simple touriste et que si possible, vous y resterez assez longtemps pour consacrer quelques belles journées à des chasses nouvelles pour vous et d’autant plus attrayantes.

 

André LAVANNERIE. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by froidefond - dans ALGERIE
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