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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 14:06

Nos rois. Ils ont régné, combattu, administré, gouverné, aimé, haï; ils reposent dans des basiliques, des cathédrales, où l'on voit leurs effigies de marbre; ils nous regardent passer, entre des flots de voitures, un pigeon perché sur l'épaule, leur sceptre ou leur couronne. Que connaissons-nous de plus sur eux que leur surnom, le Bien-aimé, le Juste, le Hutin, ou que quelques anecdotes, le vase de Soissons, la poule au pot, ou le parc aux cerfs?

Celui qui nous regarde ainsi depuis près de deux cents ans, en haut du cours Mirabeau, s'appelait René, "le bon roi René".

Il était né à Angers, le 16 janvier 1409, second fils de Yolande d'Aragon et de Louis II d'Anjou. Il était cousin du roi de France.

Il perdit son père très jeune, à l'âge de neuf ans; son frère, Louis III, hérita de l'Anjou, de la Provence et des droits de sa dynastie sur le royaume de Naples. Quant à lui, lui étaient dévolues quelques terres, dont le comté de Guise et, en Île-de-France, les terres de Chailly et de Longjumeau.

On le maria à l'âge de 11 ans à Isabelle de Lorraine, fille du duc Charles. Il séjourna donc dans ces terres dangereuses, objets de la convoitise des Français, des Anglais, des Bourguignons, en pleine guerre de Cent ans.

En 1428, une humble fille de Domrémy, Jeanne d'Arc, demanda au duc de Lorraine de permettre à René de la suivre pour aller secourir le roi de France; cela lui fut refusé. Mais, après la délivrance d'Orléans, René accourut à Reims pour assister au couronnement de Charles VII.

Le 12 novembre 1434, son frère mourut; puis, trois mois plus tard, Jeanne de Sicile décédait, après l'avoir institué héritier de ses domaines; ainsi, à l'âge de 25 ans, René devenait-il l'un des plus puissants seigneurs de ce qui deviendrait la France.

Mais il était alors prisonnier de Philippe, duc de Bourgogne.

Un accord fut passé le 28 janvier 1437 entre les deux hommes: le duc d'Anjou renonçait à ses droits sur Cassel et les terres de Flandre; son fils Jean épouserait la nièce de Philippe; il verserait à ce dernier une rançon de 400.000 ducats.

Il s'engagea ensuite dans l'aventure italienne, à laquelle participèrent tant de nos souverains (faut-il rappeler, d'ailleurs, que l'Italie devait rester pour longtemps un champ de combats pour les armées françaises, celles de Napoléon, de Napoléon III en particulier, et ce jusque, et y compris, à la dernière guerre?).

Il ne put garder longtemps son royaume de Naples.

Dès 1442, sa vie se déroula en Anjou et en Provence.

Il aima également ces deux pays, si proches l'un de l'autre à bien des égards, malgré la différence de leur climat.

Il y mena une vie d'esthète, de jouisseur (au bon sens du terme).

Il séjournait en particulier à Angers, Aix, Tarascon, Avignon, en ces temps (heureux?) où les princes ne s'enfermaient pas dans un seul palais, Versailles ou l'Élysée.

Il aimait Avignon; en 1476, il y acheta l'ancienne livrée de Viviers, qu'il fit agrandir, réaménager et décorer; il y fit peindre par Nicolas Froment notamment un combat naval entre chrétiens et turcs; pour l'église des Célestins, il fit réaliser par Francesco Laurana un Portement de croix, que l'on peut voir de nos jours dans l'église Saint-Didier; la sculpture représente le moment où Marie s'évanouit au passage de son fils souffrant; il séjourna à plusieurs reprises dans cette maison; en 1478, il fit baptiser un turc venu de Turquie, qui savait parler toutes les langues.

Il avait un goût prononcé pour les jardins, les arts, la chevalerie.

Il mourut le 10 juillet 1480, à Aix, avec le Moyen Age,, en ce temps où se produisaient des événements majeurs pour l'histoire de l'humanité:

- la prise de Constantinople par les Turcs et, par conséquent, la fin de l'Empire byzantin, qui avait duré plus de 1000 ans;

- l'invention de l'imprimerie;

- la découverte de l'Amérique.

Peu de temps après sa mort, la Provence devint française.

Quels monuments rappellent-ils cet homme aux aixois ?

- La statue du cours Mirabeau, inaugurée le 19 mai 1823 en présence de la duchesse d'Angoulême; il tient dans la main gauche, comme pour l'offrir aux provençaux, une grappe de raisins; à Angers, où il repose, c'est en chevalier qu'il est représenté;

- le triptyque du Buisson ardent, à Saint-Sauveur, où il figure en compagnie de sa seconde épouse, Jeanne de Laval.

Le palais comtal, qu'il transforma et décora fastueusement, fut détruit à la fin du XVIII° siècle par une municipalité dont on doute qu'elle soit digne de l'époque qu'on a appelée "des Lumières". Sur son emplacement s'élèvent depuis le début du XIX° siècle les bâtiments sans charme (palais de justice et ancienne prison) occupés par la cour d'appel.

Était-il bon? Je ne sais; mais on l'appela ainsi; et, tout au moins, était-il sensible: en témoignent ces vers, extraits de son Livre de Cuer d'Amour espris:

Je suis René d'Anjou qui se veut acquitter

Comme coquin d'Amour, servant de quémander,

En croyant mainte belle à moi acoquiner.

Et ma quémanderie coquinant éprouver

De maintes qu'ont voulu mon coeur racoquiner

Par leurs coquinants yeux, de plein vont l'emporter,

Et par leurs doux langages, auront su m'obliger

D'être leur serviteur dont, sans nulle nommer,

Dames et demoiselles et bourgeoises, donner

Leur ai tout mon amour pour le leur échanger.

Pour ce, le dieu d'Amour m'a fait ci ajourner

Pour mon blason y mettre, si l'ai fait apporter.

On lira avec plaisir et intérêt le livre de Jacques Levron, "Le bon roi René", dernière édition: 2004, chez Perrin.

Jean-Louis Charvet.

 

 

 

 

 

 

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Published by jlcharvet.over-blog.com - dans PETITES BIOGRAPHIES.
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