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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 11:07

BAINS-DES-MAUDITS-ALGERIE-001.jpg

 

HAMMAM-MESKOUTINE.jpg 

 

Les eaux de Hammam-Meskhoutine, ou les bains des maudits, près de Guelma, en Algérie.

Le numéro de juillet 1864 de la revue Le Magasin pittoresque contient un important article sur les thermes de Hammam-Meskhoutine, situés entre Bone et Constantine. J’en donne ci-dessous des extraits, relatifs à l’histoire et à la légende des lieux (vraisemblablement inspirée de celle de Sodome et Gomorrhe).

Jean-Louis Charvet.

 

« … Les eaux des Maudits sont situés à 14 kilomètres de Guelma, ville d’origine française, fondée en 1845, entre Bone et Constantine, sur l’emplacement de l’ancienne Suthul de Jugurtha, qui devint plus tard la ville de Calama des Romains. Les Mores, les Vandales, les tremblements de terre, détruisirent à leur tour l’antique Calama. C’est avec les ruines de la ville romaine que la citadelle actuelle a été construite ; les débris les plus intéressants ont été réunis dans un musée. Les Romains, si ardents à la découverte des eaux thermales, connaissaient celles-ci ; elles portaient le nom d’Aquae thibilitanae, du nom de Tibili, actuellement Anonna, ville plus rapprochée des bains que celle de Guelma.

Quand on quitte Guelma pour aller à Hammam-Meskhoutine, on coupe d’abord le cours de la Seybouse, l’Ubus des anciens. Ici elle n’est qu’un torrent ; mais vers son embouchure, près de Bone, elle devient une rivière navigable, la seule qui existe en Algérie. On passe la Seybouse à gué, puis l’on entre dans un fertile bassin bien cultivé, appelé Medjez-Hamar. C’est là qu’en 1837 le maréchal Clausel établit le camp fortifié d’où partit le corps expéditionnaire qui devait faire tomber les murs de Constantine le 20 septembre 1837. Après avoir dépassé les constructions du camp, converties actuellement en exploitation agricole, on entre dans une gorge où l’on traverse sur un pont de bois un affluent de la Seybouse, le Bou-Hamdan, puis on monte vers un plateau entouré de montagnes peu élevées. De loin déjà on reconnaît l’emplacement des eaux aux masses de vapeur d’eau qui s’élèvent au-dessus d’elles.

… Ce n’est pas un moyen de guérison offert par la nature que l’Arabe voit dans ces eaux chaudes ; comme tous les peuples enfants, comme les races sémitiques surtout, tout événement, tout phénomène extraordinaire est un miracle. Sans que personne l’invente, la légende naît d’elle-même dans l’imagination du peuple, et le surnaturel, que discute l’esprit positif de l’Européen, est précisément ce qui entraîne la conviction de l’Arabe. L’histoire merveilleuse se raconte sous la tente, se propage dans les douairs, et devient bientôt une croyance, un article de foi que personne ne conteste. Voici la légende des eaux de Hammam-Meskhoutine.

Un Arabe riche et puissant avait une sœur appelée Aurida (la Rose) ; mais, la trouvant trop belle pour la marier à un autre qu’à lui, il voulut l’épouser, malgré la défense formelle du Coran. Il n’écoute ni les prières de ses parents, ni les remontrances des anciens de la tribu, qui payent leur franchise de leur vie. La noce s’accomplit accompagnée de fantasias et de danses terminées par un immense festin. Des plats remplis de couscoussou sont servis aux convives, des moutons tout entiers sont dépecés avec les doigts ; mais au moment où le couple maudit va se retirer, les éléments sont bouleversés, le tonnerre gronde, le feu du démon sort de la terre, des eaux brûlantes inondent le lieu du festin, et, quand le calme se rétablit, on trouve l’Arabe et sa sœur, les gens de loi, les invités, les danseuses et les esclaves changés en pierres. Les cônes représentent tous les acteurs de ce drame. En doutez-vous ? Mais la source rejette encore des grains de couscoussou pétrifiés ; ce sont les pisolithes qui se forment dans les bouillons. Mais, la nuit, un berger gardant ses troupeaux menacés par le lion a vu ces pierres reprendre une forme humaine, les danses continuer ; et malheur à qui se mêlerait à ces rondes infernales ! il augmenterait le nombre des damnés, et un nouveau cône s’ajouterait à ceux qui s’élèvent dans la plaine. Et pour que les hommes ne perdent pas la mémoire de cette punition solennelle, Dieu permet que les feux du festin brûlent éternellement, qu’une vapeur épaisse et des eaux brûlantes jaillissent du sein de la terre profanée par l’inceste. Qui n’est frappé de l’analogie de cette histoire avec celles qu’on trouve dans la mythologie des religions antérieures au christianisme ? L’imagination orientale est toujours aussi vive que dans les siècles passés, mais les mêmes légendes se reproduisent. Celles dont nous connaissons l’origine et dont nous avons l’explication nous éclairent sur les récits merveilleux dont le temps et la tradition nous dérobent le sens caché. La science seule peut le découvrir, car elle seule nous dévoile les lois éternelles et immuables qui régissent les phénomènes naturels. »

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Published by froidefond - dans ALGERIE
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