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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 22:50

Les juifs en Algérie. Cet article, tiré du Magasin pittoresque de mai 1871, se prolonge par l'évocation des fiançailles juives.

" Les juifs sont nombreux en Algérie et ils l'ont été de tout temps. Leur religion fut introduite dans ce pays par des émigrants qui, après avoir quitté la Palestine, formèrent d'abord des tribus indépendantes en Arabie, dans l'Hedjaz et l'Yémen, et de là passèrent en Afrique. La plus grande partie des Berbers la professaient au moment de l'invasion musulmane. A l'époque de la conquête française, les Israélites formaient un quart de la population d'Alger, les quatre cinquièmes de celle d'Oran. Le recensement qui fut fait en 1844 de la population des territoires civils constata la présence de 14.694 juifs. Il faut y ajouter ceux qui habitent les territoires administrés militairement dans les villages administrés militairement, tant du Tell que du Sahara: ils sont en bien plus grand nombre.

Quand les Français sont arrivés en Algérie, les juifs ont été les premiers médiateurs entre eux et les indigènes, parmi lesquels ils avaient obtenu depuis longtemps droit de cité, malgré la répugnance que les musulmans leur ont toujours témoignée. Ils sont partout restés interprètes, grâce à la remarquable faculté qu'ils ont d'apprendre toutes les langues, faculté en rapport avec leur merveilleuse aptitude commerciale qui a fait d'eux partout, après comme avant la conquête, les principaux agents de tous les genres de commerce et d'industrie. Depuis la vente des menus objets usuels dans l'échoppe en plein vent jusqu'aux grandes fournitures de l'administration française, il ne se fait guère d'affaire où quelqu'un d'eux ne soit mêlé. Beaucoup sont artisans de divers métiers dans de pauvres boutiques; quelques-uns se livrent au jardinage ou à l'agriculture, tantôt labourant pour leur propre compte, tantôt cultivant de compte à demi pour les Arabes des tribus.

Sous la domination des deys d'Alger, ils n'étaient point inquiétés dans la pratique de leur religion; ils jouissaient même d'une certaine liberté protégée par les lois; on ne pouvait réduire aucun d'eux en esclavage; mais cette protection ne les mettait pas à l'abri des plus indignes traitements, contre lesquels il ne leur était même pas permis de se défendre, car ils ne pouvaient porter aucune arme, pas même un bâton; il leur était interdit de monter à cheval, de porter des vêtements qui ne fussent pas noirs ou blancs. Ils payaient une taxe par tête et un double impôt sur toutes les marchandises qu'ils importaient; et s'il survenait quelque désordre, par exemple aux changements de règne, presque toujours causés par la violence, ils ne manquaient pas d'être les premiers pillés.

L'administration française leur a apporté un régime plus doux: elle leur a reconnu le droit de cité. Un conseiller israélite figure à côté du conseiller musulman et des conseillers européens dans toutes les municipalités algériennes: aussi n'en voit-on pas beaucoup, comme autrefois, émigrer en emportant d'Alger leur fortune toujours menacée. Dans l'intérieur de l'Algérie, ils se sont de tout temps mêlés plus facilement qu'à Alger même aux tribus arabes, dont ils ont adopté les usages, la manière de vivre, avec la souplesse qui caractérise leur race; et ils ont été assez aisément admis par la plupart de ces tribus. Il faut en excepter les Kabyles du versant nord du Jurjura, qui les ont toujours repoussés, parce qu'ils voient en eux des rivaux dans les industries de l'orfèvrerie et du colportage, auxquelles ils sont adonnés.

La race juive, en Algérie, est généralement pure: le teint, chez les femmes surtout, est resté blanc; le nez est aquilin, les cheveux et la barbe noirs, l'œil presque toujours d'une grande beauté; cependant, comme en d'autres pays, à côté de ce type, il en existe un autre d'une remarquable vulgarité d'expression.

La plupart des juifs établis dans les tribus portent le même costume que les indigènes, à de légères différences près. Les hommes remplacent le kheit, ou corde en poil de chameau qui entoure la calotte de drap noir ou rouge, ou de velours vert, servant de coiffure, par un mouchoir ou un turban noir, et les femmes évitent de se tatouer le visage, comme les indigènes, par respect pour la loi mosaïque, qui leur interdit ce genre d'ornement. Dans les grandes villes, quelques Israélites ont commencé à revêtir le costume français; mais eux qui ont opéré cette transformation sont encore en petit nombre. Presque tous portent l'ancien costume, qui se compose pour les hommes de plusieurs vestes et gilets de drap gris ou noir, d'un large pantalon qui s'attache autour des reins au moyen d'une ceinture ordinairement bleue. Les femmes ne sont pas, comme celles des Arabes, sévèrement voilées; elles vont partout le visage découvert. Elles portent sur la tête le sarmal, coiffure conique assez élevée, comme le hennin français du quinzième siècle ou comme le bonnet des Cauchoises. Cette coiffure riche est communément remplacée par un foulard mis en fanchon, dont la pointe retombe sur le cou. Les jeunes filles tressent leurs cheveux en longues queues, auxquelles elles attachent des rubans de couleur vive; elles portent sur le sommet de la tête de petites calottes en velours vert, ornées d'une houppe et de liserés d'or formant les côtes de cette espèce de bonnet grec. Les robes sont amples, sans ceinture et sans manches, ou garnies de manches très-courtes, qui laissent passer celles de la chemise, quelquefois rattachées derrière le dos."

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Published by froidefond - dans ALGERIE
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