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6 février 2013 3 06 /02 /février /2013 06:04

Les motifs de la conquête d’Alger.

Parmi ceux qui critiquent (à raison) la France pour la colonisation de l’Algérie, combien savent quelles en furent les raisons, les étapes, les difficultés ? Je vais faire paraître sur mon blog plusieurs textes sur cette question, en laissant à mes lecteurs le soin d’en faire une lecture critique. Les deux  premiers datent de 1836 et 1837. A cette époque, l’Algérie était loin d’être conquise et certains se demandaient même s’il était opportun que la France s’y maintînt durablement.

Jean-Louis Charvet.

  " Causes de la conquête d'Alger.

A quoi tient la durée des choses d'ici-bas! Si l'on en croit les on dit, ce grand événement tirerait son origine d'une bien petite cause. Voici, à ce sujet, l'anecdote que racontent à Alger les habitans du pays. Un jour, il y a bien longtemps, car c'était sous le règne de Napoléon, le bey de Tunis avait dans son harem une favorite à laquelle il voulut faire présent d'un beau et riche sarmah tel que femme de bey n'en avait point encore vu! Le sarmah est une coiffure de forme longue qui ressemble au hennin qu'anciennement les femmes portaient en France, ou, si l'on veut, au bonnet des Cauchoises, avec cette différence que le sarmah est en métal d'or, d'argent, ou de cuivre, découpé en filigrane.

A cet effet, le dey s'adressa à un juif pour le confectionner. Celui-ci se chargea de la commande. Néanmoins, comme il ne se croyait pas assez de talent pour faire le chef-d'œuvre qu'on lui demandait, il eut recours à un confrère de Paris, qui, lui-même, proposa le travail à un orfèvre de Versailles. Ce dernier l'exécuta moyennant douze mille francs. Ce sarmah, qui était de l'or le plus pur, très artistement découpé à jour, et orné de pierres précieuses, parvint enfin à Alger, d'où il fut expédié à Tunis au prix de 50.000 francs. Le bey le trouva fort beau, et n'en contesta pas la valeur; mais comme alors il était gêné dans ses finances, il prit des arrangemens avec le juif d'Alger, lui donna en paiement une certaine quantité de blé, ajoutant un permis pour en exporter de Tunis, sans droits, une autre portion. Précisément à cette époque, il y avait disette sur les côtes de Provence; les troupes qui s'y trouvaient manquant de blé, le juif vendit le sien aux fournisseurs de nos armées, et sut si bien profiter des circonstances qu'il devint créancier du gouvernement français pour une somme excédant un million!

Certes, jusque là, il avait fait avec le bey de Tunis un brillant marché; mais l'inconstante fortune l'abandonna. La Restauration vint, et sa créance fut méconnue. Cependant, persévérant comme le sont tous les Israélites, il parvint à intéresser le dey d'Alger en sa faveur. Par son intermédiaire, des réclamations énergiques furent faites auprès de M. Deval, notre consul général. Ce dernier promit d'en référer à son gouvernement, et de faire connaître au plus tôt la réponse qu'il en aurait obtenue.

Vers l'année 1829, à l'occasion des fêtes du Ramadan ou du Baïram, tous les consuls résidant à Alger furent admis à présenter leurs hommages au dey, qui demanda alors à M. Deval la réponse qu'il avait promise, se plaignant des lenteurs apportées par les ministres de Charles X à la solution des affaires de son sujet.

Le consul fit quelques objections contre l'opportunité de la demande du juif, et comme il ne se servit pas de son interprète, soit que, ne connaissant pas assez bien la valeur des mots arabes, il eût employé des expressions peu révérencieuses, soit que la décision des ministres du roi de France qu'il faisait connaître eût courroucé sa hautesse, il en résulta pour notre représentant un coup d'éventail appliqué plus ou moins fort par le dey. Cette insulte méritant une réparation éclatante, le gouvernement improvisa l'expédition d'Alger.

Le 5 juillet 1830 le drapeau français flottait sur la Kasbah!

L'honneur de la France avait été vengé!

La piraterie était anéantie dans la Méditerranée!

Quant à la créance du juif, on ne dit point ce qu'elle est devenue."

Source: revue Le Magasin pittoresque, décembre 1836.

 

« Vue d’Alger.

Quand nos neveux liront un jour l’histoire de notre époque, cette histoire marquée par des succès dont la grandeur n’a pu être égalée que par celle des revers ; quand ils verront tous les Etats d’Europe devenus si puissants, que chacun d’eux pouvait mettre sur pied des armées de cinq cent mille hommes, et que plusieurs d’entre eux pouvaient couvrir la mer de flottes innombrables ; quand nos neveux seront frappés de cette puissance européenne, et qu’on leur dira qu’à ce moment-là même une poignée de pirates campés sur des côtes arides s’étaient érigés en suzerains de la mer qui sépare l’Afrique de l’Europe, et que, s’emparant des navires qui osaient sillonner cette mer, ils réduisaient à la vile condition d’esclaves les prisonniers qu’ils faisaient ainsi, contre toutes les lois de la nature et des gens ; quand on dira tout cela à nos neveux, ils se refuseront à le croire. Et certes ils croiront encore bien moins que des nations puissantes comme l’Espagne ou éloignées comme le Danemarck et la Suède aient consenti à payer tribut à ces pirates, pour qu’ils épargnent leurs pavillons !

Tout cela est vrai cependant ! Tandis que les rois d’Europe se livraient de sanglantes batailles, sans savoir quelquefois au juste pourquoi ils se battaient, les barbares d’Afrique réduisaient des Européens à l’esclavage. On vendait les hommes sur les marchés de Maroc, de Tunis et d’Alger, comme s’ils étaient des bêtes de somme ; et tout ce qu’on faisait en Europe était de permettre que les religieux de la Merci quêtassent des aumônes pour la délivrance des prisonniers. De sorte que dans les mêmes siècles et au même moment l’Afrique offrait cet étrange spectacle, que les blancs achetaient les noirs dans le Sud, tandis que les noirs achetaient les blancs dans le Nord.

Les pirates, profitant des convulsions politiques qui agitaient l’Europe, continuèrent leurs brigandages ; mais quand vint la paix, les cris des malheureux esclaves qui s’étaient jusqu’alors perdus dans le tumulte général purent se faire entendre. L’Angleterre fut la première à les écouter. Les barbares se rirent de ses menaces, persuadés que la mer qui les avait protégés jusqu’alors pourrait les défendre des attaques des chrétiens. Lord Exmouth parut devant Alger, et en quelques heures l’orgueil des Arabes fut forcé de demander merci, et de recevoir les lois du vainqueur. Ils mirent en liberté tous les esclaves chrétiens, ou s’engagèrent à le faire, et renoncèrent à jamais à en faire de nouveaux. L’Angleterre, satisfaite, s’apaisa ; l’Europe applaudit à ce coup de vigueur, et lord Exmouth, laissant les Algériens rebâtir leur ville, fit voile pour la Tamise.

Pendant quelque temps la Méditerranée fut libre, les navires de toutes les nations purent y naviguer ; mais peu après on eut tout lieu de penser que les pirates recommençaient leurs brigandages, car des navires disparaissaient sans qu’il y ait eu de tempêtes, et le bruit se répandait que des blancs avaient été entraînés dans l’intérieur des terres. Sur ces entrefaites, le dey d’Alger osa braver la France et frapper son consul ; le roi de France lui déclara la guerre, envoya une armée débarquer en Afrique, et en moins de quelques jours le dey avait expié par la perte de son royaume l’affront d’un coup d’éventail.

Cette belle conquête de la restauration appartient encore à la France, et quoi qu’on ait pu dire, certes la France n’y renoncera pas. Elle en sent tout le prix. La possession d’Alger peut nous indemniser en effet de nos colonies perdues. Le pays est magnifique, la terre fertile, le climat admirable. Toutes les productions des tropiques y viennent sans efforts. Des plaines immenses s’offrent pour la culture du coton, des coteaux abrités sont favorables aux plantations de café, et l’arbre à thé, qui n’a pu réussir en France, réussira probablement sur la terre d’Afrique. Les orangers viennent presque sans culture, et la canne à sucre y serait d’un beau rapport, si le sucre que nous fabriquons en France ne valait pas celui des colonies.

Il y a quelques années, long-temps avant que la France ne songeât à s’emparer d’Alger, voici ce qu’on lisait dans une des publications politiques les plus accréditées de l’Angleterre : « Sous la protection d’un gouvernement éclairé et avec des colons intelligents, ce beau pays deviendrait l’un des plus riches et des plus propices du monde. Il aurait sur l’Inde et sur les colonies des Antilles, l’avantage d’être situé en face des côtes méridionales de l’Europe. On s’étonne que les gouvernements européens aient été fonder des colonies si loin et à si grands frais, quand ils pouvaient en établir de si florissantes sur les côtes d’Afrique, et lorsque les injures qu’ils avaient reçues de leurs habitants leur fournissaient tant de motifs pour légitimer leur conquête. » Ces paroles ont sans doute été inspirées par le regret qu’on ait tiré si peu de parti du brillant fait d’armes de lord Exmouth ; ce que l’Angleterre n’a pas fait. » 

Source: revue La Mosaïque, 1837. 

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Published by froidefond - dans ALGERIE
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