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5 août 2013 1 05 /08 /août /2013 08:10

Extrait du journal Le Mois littéraire et pittoresque d'avril 1900. Pour voir à quoi ressemblent ces spectacles, une vidéo (on peut en trouver d'autres sur internet):

  http://www.youtube.com/watch?v=X6FQuTtXVYY

 

" Histoire d'une petite bête.

... Vers 1830, au dire de l'entomologiste Walckenaer, on montrait à Paris, sur la place de la Bourse, pour la modique somme de 0 fr. 60, des puces savantes. Trente de ces bestioles faisaient l'exercice, et se tenaient debout sur leurs pattes de derrière, armées d'une pique, qui était un petit éclat de bois très mince. D'autres étaient attelées à une petite voiture à quatre roues, sur le siège de laquelle se tenait assis un représentant de la même tribu, avec un fouet en miniature collé à une patte. Deux autres puces traînaient un canon sur son affût. Ce petit bijou était admirable; il n'y manquait pas une vis, pas un écrou. Toutes ces merveilles, et quelques autres encore, s'exécutaient sur une glace polie. Les puces-chevaux étaient attachées avec une chaîne d'or par leurs cuisses de derrière; il paraît que jamais on ne leur ôtait cette chaîne, encombrant symbole de leur esclavage. Elles vivaient ainsi, depuis deux ans et demi; pas une n'était morte dans l'intervalle. On les nourrissait en les posant sur un bras d'homme qu'elles suçaient. Le 16 janvier 1846, Obicini, dompteur de puces eut l'honneur de donner une représentation devant le roi Louis-Philippe.

Au cours de la séance, une des lilliputiennes artistes, forte puce napolitaine que son maître avait nommée Lucia, poussa l'audace et l'indiscrétion jusqu'à s'égarer dans le dos du duc d'Aumale. Le prince, rentré chez lui, fit la chasse à la bête, et la renvoya vivante à son propriétaire, avec un billet contenant ces mots: "Elle a dîné."

En 1875, il signor Bertolotto, professeur italien, dirigeait à New-York, Union Square, 39, des représentations très courues, où les rôles étaient confiées à des puces. La troupe comptait cent sujets.

Au début du spectacle, le public était convié à admirer une passe d'armes fantaisiste entre don Quichotte et Sancho Pança, tous deux montés sur de petits chevaux en papier, et manœuvrant avec habileté, en entremêlant leurs six pattes, des lances de la même substance.

Ensuite on voyait une puce attelée à un chariot d’or qui pesait douze fois son propre poids, et qu’elle n’en faisait pas moins rouler autour de la table. Une autre puce, condamnée à un travail de galérien, traînait un petit boulet en or, fixé par une chaîne longue d’un pouce et comptant quatre cents anneaux.

Mais le clou du spectacle était un bal, donné sur un morceau de carton figurant une salle: à un bout, un orchestre agitait des instruments divers, auxquels un petit orgue prêtait sa voix. Les danseurs étaient répartis de-ci de -là, attendant dans la plus parfaite immobilité que la boîte à musique eût fait entendre ses premiers accords.

Dès que celle-ci commençait à moudre une contredanse, tout le monde se mettait en mouvement, les danseurs gigotant avec frénésie, les musiciens râclant désespérément leurs simulacres de violons.

Plus près de nous, en 1876, une exhibition analogue fut offerte au public parisien, rue Vivienne. On y pouvait voir des puces traînant une voiture, d’autres se battant en duel comme les hannetons que les écoliers, cruels, posent dans la cire molle sur un morceau de papier; une autre encore mettait en rotation un petit moulin à vent, dont elle faisait tourner les ailes par les mouvements de ses pattes.

Lorsque les puces savantes refusent de manifester leurs talents, leurs « dompteurs » n’hésitent pas à stimuler leur bonne volonté en promenant au-dessus d’elles un charbon allumé.

Hâtons-nous de le dire, ce charbon n’a pas précisément pour objet de ramener les bestioles au sentiment du devoir, mais bien d’exciter leur activité par la chaleur qu’il dégage. Les puces, on peut l’affirmer sans les calomnier, sont insensibles aux arguments d’ordre moral; et ce n’est pas par de beaux discours tenus à l’une d’elles, enfin capturée, qu’il faut espérer amener ses compagnes à ne plus exercer leur sanguinaire industrie.

Pas plus que les autres animaux dressés ou domptés, desquels on exige des travaux qui semblent dénoter un réel commerce intellectuel avec les hommes, une compréhension et une interprétation des faits qui s’accomplissent autour d’eux et des actes qu’ils exécutent, les puces savantes ne comprennent ce qu’elles font.

Alors qu’elles paraissent accomplir une action raisonnée, et obéir à un ordre donné par leur maître, elles ne font réellement que mettre en œuvre des efforts instinctifs dont le résultat a été précisément calculé, escompté d’avance, pour donner l’illusion souhaitée.

...

A. ACLOQUE."

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Published by froidefond - dans SPECTACLES
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