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27 août 2011 6 27 /08 /août /2011 01:59

Microcosme.

 

A l'entrée du square, une inscription en gros caractères: INTERDIT DE NOURRIR LES ANIMAUX. On cherche lesdits animaux, on ne voit, parfois, que quelques pigeons. Pendant longtemps, une femme venait les nourrir, en dépit de l'interdiction; elle faisait sa police, grondant les plus voraces, encourageant les plus timides à s'approcher d'elle pour prendre leur part du festin, fait de pain dur. Très peu d'autres oiseaux, jamais de moineaux, quelquefois un choucas, une pie. Les pigeons mènent leur petite vie: ils picorent des nourritures microscopiques, graines sans doute, et, pour améliorer l'ordinaire,quelques insectes. Ce sont ces derniers les plus nombreux des habitants du square. On ne les voit guère, sauf les processions de fourmis, toujours affairées, transportant nourriture et matériaux vers leur antre. J'en ai vu une récemment porter une petite plume blanche, beaucoup plus grosse qu'elle; on aurait dit un voilier. Pour protéger la "biodiversité", paraît-il, la municipalité laisse pousser ce que j'ose encore appeler des mauvaises herbes, jusqu'à ce qu'une loi interdise l'utilisation de ce terme, injurieux pour les graminées et pissenlits, rares, qui, courageusement, percent un sol particulièrement dur car jamais biné. Les bordures de buis attendent l'intervention d'un jardinier pour prendre une forme plus harmonieuse; mais peut-être attendront-elles longtemps, car, là aussi, on doit laisser faire la nature. Cette dernière a tellement bien fait les choses que naguère, un cyprès est tombé, sous le poids de la neige, faute d'avoir été taillé. Ses congénères suivront sans doute son exemple un jour ou l'autre. Les oliviers sont chargés de fruits, jamais récoltés, qui font, lorsqu'ils tombent, les délices du petit monde animal.

Sur des bancs créés pour des spartiates, les érudits qui fréquentent la section "patrimoniale" de la médiathèque Ceccano viennent fumer le cigare, ou penser aux trésors parfois infimes qu'ils viennent d'exhumer. Des amoureux se bécotent. Des lycéens déjeunent, pour la grande joie des bestioles qui se nourrissent des miettes de leur repas.

Henri IV, dont le buste trône ici depuis son inauguration en 1987 (pour le millénaire capétien) par le comte de Paris, se demande ce qu'il fait ici.

Des ombres passent sans doute, celle de Mistral qui étudia non loin d'ici, celle de Calvet, qui pense peut-être qu'on aurait pu donner son nom à la médiathèque.

Sur la place
chacun passe,
chacun vient, chacun va;
Drôles de gens que ces gens-là!
Drôles de gens que ces gens-là!
Drôles de gens! Drôles de gens!
Drôles de gens que ces gens-là!
Drôles de gens! Drôles de gens!
Drôles de gens! Drôles de gens!

(Carmen).

Jean-Louis Charvet.

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Published by froidefond - dans PENSEES DU JOUR.
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