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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 20:24

PROCESSION-STRASBOURG-1840.jpg

 

Ci-dessous de larges extaits d'un article paru dans Le Musée des familles de juillet 1843 (orthographe et ponctuation de l'époque conservées).

 

 

" Procession industrielle de Strasbourg.

Chaque partie de la France a ses fêtes nationales et ses marches ou processions populaires. Un pareil genre de spectacle offre trop de splendeur et de magnificence pour ne point exciter partout un vif enthousiasme et une curiosité passionnée.

Le Musée des Familles a non-seulement donné la description des fêtes du département du Nord et de la Provence, mais encore il a exhumé d'antiques souvenirs, et, d'après des documens authentiques, il a publié, avec une exacte minutie, la gravure et le programme de la procession célébrée à Gand pour la naissance de l'empereur Charles-Quint.

Aujourd'hui, il va compléter ou plutôt continuer ces curieuses études par des détails sur le cortège industriel organisé à Strasbourg lors de l'inauguration de la statue de Guttemberg, au mois de juin 1840.

De loin, on apercevait une masse confuse, brillante, étrange, précédée d'une musique militaire, au-devant de laquelle étincelaient les baïonnettes d'un régiment tout entier, et que dominait la bannière de la ville, entre deux drapeaux aux couleurs nationales. A mesure que le cortège s'approchait, il prenait un caractère plus distinct; en saisissant chacun des détails, on s'étonnait de leur originalité et de leur goût, presque toujours irréprochable et toujours ingénieux.

C'était d'abord l'école industrielle avec ses blouses de toile écrue jaune et ses jolies casquettes bleues, à bande de velours noir et à écusson de cuivre. Dix des plus jeunes élèves tenaient des devises et des instruments de mathématiques; d'autres, distingués par des tabliers bleus, portaient des chevalets avec un ouvrage commencé, à côté du modèle en plâtre. Lors d'une halte, ces élèves plaçaient leurs chevalets en cercle et figuraient un atelier dans lequel ils se mettaient à travailler.

Les ouvriers lithographes faisaient flotter une bannière sur laquelle on avait peint une presse; un brancard, soutenu par les tourneurs, montrait un enfant qui travaillait; six chevaux traînaient la forge des forgerons, qui travaillaient le fer au milieu des nuages de la fumée. Un cheval blanc, richement harnaché, caractérisait les selliers; une étoile en verres de couleur, large de plus d'un mètre, annonçait les vitriers et semblait guider quatre jeunes filles vêtues de blanc. L'antique bannière de l'ancienne corporation des peintres doreurs précédait un brancard sur lequel un fils de maître, en costume du temps de Henri IV, se tenait fièrement. Les tamisiers avaient deux tamis dont le tissu de crin représentait la statue de Guttemberg; venaient après cala les serruriers.

Ceux-ci promenaient une galerie de fer, tandis que les maréchaux-ferrans et les tailleurs de lime portaient en guise de bannière un grand fer à cheval en fer-blanc doré, combiné avec des outils de taillanderie, et monté sur une hampe, le long de laquelle descendaient d'immenses guirlandes de fleurs. On admirait en outre une forge de campagne pavoisée de guirlandes et de drapeaux aux couleurs nationales, traînée par six chevaux blancs ornés de panaches et de rubans tricolores, et montés par deux postillons en grande tenue. Sur l'avant-train de la voiture avait été établi un arc de triomphe reposant sur quatre colonnes sillonnées de flammes. Dans la partie supérieure de cet arc de triomphe figurait, en lettres de cuivre poli et formant le demi-cercle, le nom de Guttemberg, avec le millésime 1840. Des deux côtés du portique on voyait suspendus, en guise de trophées, des fers à cheval, des limes et d'autres outils de taillandier. Le faîte était couronné d'une flamme dorée.

Des deux côtés de la forge marchaient cinq jeunes gens, les bras nus, en tabliers de cuir; ils portaient sur l'épaule de grands matreaux de forge. L'un tirait le soufflet, et les quatre autres, à chaque halte, descendaient l'enclume de la voiture et forgeaient alternativement des fers à cheval.

Le char des ferblantiers supportait un pavillon grec avec des jets d'eau; les chaudronniers portaient à bras une machine à distiller et une pompe à incendie. Vingt jeunes filles étalaient aux regards, dans leurs corbeilles d'osier, les plus beaux fruits des jardiniers; chacune d'entre elles était parée du tablier en taffetas bleu, de la robe blanche, et de la corbeille brodée en argent qui, de temps immémorial, caractérisent les jardinières strasbourgeoises. Il y avait, en outre, une voiture d'osier chargée de gerbes, et une charrue avec quatre vigoureux chevaux.

Huit jeunes garçons, portant des ustensiles de jardinage, précédaient le char peint en vert des fleuristes. (Suit la liste des plantes ornant ce char.)

... Faut-il dire encore les pyramides d'étoffes des teinturiers, les draperies blanches des tisserands, le mât hérissé de cordages des cordiers, la bannière en maroquin rouge des tanneurs? Les cordonniers, avec leur collection de chaussures, formaient une sorte de musée historique. Au milieu, une énorme botte en cuir verni, haute de plus d'un mètre, et mue par des ressorts cachés, tournait sur elle-même et semblait se mettre en marche, tandis que de petites bottines rouges sortaient de ses flancs comme d'une corne d'abondance.

Place aux coiffeurs! Ils promènent un baldaquin élégamment drapé d'étoffes bleues et blanches, garni tout autour d'une guirlande de roses et surmonté de quatre colonnes dorées, qu'entourent des guirlandes. Ces colonnes, en s'entrelaçant par le haut, forment un dôme au-dessous duquel se tient assise, sur une espèce de trône recouvert d'étoffe de soie blanche, une charmante petite fille de six ans, aux longs cheveux blonds, élégamment coiffée: une couronne de feuillage entremêlé de fleurs rouges et de glands d'or, ceint son front.

Les tailleurs ont revêtu les costumes qui caractérisent l'époque à laquelle vivait Guttemberg; les menuisiers exposent à l'admiration des passans un coffre-fort en bois de cerisier, chef-d'œuvre de sculpture; trois roues caractérisent les charrons; on reconnaît les tonneliers à des danseurs qui brandissent des cerceaux et à un baquet surmonté d'un tonneau ovale. Le tonneau laisse voir, dans certaines de ses parties, une cage pleine d'oiseaux; il n'en contient pas moins trois espèces de vin, que l'on fait couler à volonté, par le même robinet. Des bergers, des bergères, des moutons et deux énormes bœufs annoncent les bouchers. Les meuniers et les boulangers amènent un véritable moulin qui fonctionne et qui produit de la farine; un four suit le moulin, et des boulangers pétrissent et cuisent des pains. Les pêcheurs traînent une nacelle, dans laquelle nagent une lotte gigantesque et une monstrueuse carpe du Rhin. Les confiseurs portent un temple haut d'un mètre, construit en sucre blanc et pavé de bonbons de diverses couleurs.

C'est également à un temple, mais à un temple en écaille et couronné par une galerie de peignes, qu'on reconnaît les marchands de ces objets de toilette. Un fauteuil gothique personnifie les fabricans de chaises; un édifice en ivoire, les tourneurs; un modèle du comble de la Halle-au-Blé, les charpentiers; un escalier tournant, les maçons; une réduction des pyramides de la cathédrale de Strasbourg, les sculpteurs; une statuette de l'Alsace, les plâtriers, et un tour, mis en oeuvre par un maître-ouvrier, les potiers et les fabricans de poêles.

Le symbole des tapissiers consistait dans divers meubles; celui des papetiers, dans une papeterie véritable, avec ses cuves, son séchoir et sa presse; la presse des lithographes imprimait des portraits de Senefelder; les relieurs montraient divers livres rares, et, entre autres, la Bible de Jean Mentelin, imprimée à Strasbourg en 1466.

Quant aux typographes, on célébrait la fête du créateur de leur industrie, et ils devaient victorieusement lutter avec les autres corporations. Voici les dispositions qu'ils avaient prises:

Onze enfans d'ouvriers portaient une bannière avec ces mots: Loterie typographique.

 Ils étaient suivis de leurs parens et des membres du comité de la loterie typographique.

Venait ensuite un char attelé de deux chevaux, conduits en laisse par deux écuyers.

Sur ce char était placé debout un livre monstre, haut de 1 mètre 78 centimètres, et large de 1 mètre; le dos avait 48 centimètres de large, et on y lisait ces mots: Produits de l'imprimerie, 1840. Ce livre était relié en velours rouge, avec des coins en or et des fermoirs en argent; au milieu se trouvait une grande rosace également en or. Il était entr'ouvert, et, intérieurement, on avait adapté dix rayons, sur lesquels plus de deux cents volumes étaient classés par ordre alphabétique; ces volumes formaient une partie des lots. Sur le char et autour du livre on voyait les vingt-cinq lettres de l'alphabet, imprimées en diverses couleurs et ornées de guirlandes.

Plusieurs apprentis se détachaient de temps à autre du cortège et offraient aux spectateurs des billets de la loterie typographique au pris de 50 centimes.

Puis s'avançait le groupe spécial de la typographie dans l'ordre suivant:

La bannière aux armes des imprimeurs portée par des ouvriers.

Un char de six mètres de longueur, sur deux mètres quinze de largeur, attelé de huit chevaux blancs, harnachés avec luxe et montés par quatre postillons.

Ce char était richement orné; des tentures roses, drapées tout autour, retombaient jusqu'à terre. Devant et derrière, s'élevaient des trophées formés par les drapeaux de toutes les nations civilisées; au milieu de ces trophées se trouvaient en immortelles les millésimes de 1440 et 1840; de chaque côté brillaient les armes de Strasbourg. Tout autour du char, entre les trophées et les armes de la ville, étaient placés seize écussons, représentant les marques des seiez premiers imprimeurs de l'Alsace, dans l'ordre suivant:

Jan Mentelin, 1458. Adolphe Rusch, 1470. Henri Eggenstein, 1471. G. Hussner, 1473. Martin Flach, 1475. H. Knobloch, 1478. Nicolas Pistoris, 1480. M. Reinhard, 1480. Martin Schott, 1481. Nicolas Philippi, 1482. Jean Bryse, 1483. J. Gruninger, 1485. Henri d'Ingwiler, 1485. Mathieu Hupfuff, 1485. Barthélemy Küstler, 1497.

Tous ces écussons étaient entourés de riches guirlandes, faites par les demoiselles des imprimeurs de Strasbourg. Aux quatre angles du char flottaient des drapeaux tricolores.

Sur le char se trouvait une imprimerie complète: des casses, un marbre à corriger, une presse en fer, fabriquée exprès pour la fête par M. Kolb, mécanicien: les principaux instrumens et les appareils accessoires, étaient tout neufs et de forme élégante. Six ouvriers, un de chaque imprimerie, travaillaient continuellement et imprimaient, en français et en allemand, des strophes qui célébraient la gloire de Guttemberg.

Dans cette description rapide, je ne vous ai pas dit la richesse des costumes, la pompe de la solennité, l'admiration de la foule, et l'enthousiasme qu'excitait dans l'esprit de tous les spectateurs, cette grande représentation de la plus éclatante et de la plus utile des gloires de la France: l'industrie.

C.D."

 

 

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Published by froidefond - dans Métiers d'antan.
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