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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 19:50

Le texte qui suit est intéressant car il brosse un portrait élogieux d'un homme qui devait combattre la France encore deux ans. Jean-Louis Charvet.

Clausolles. L'Algérie pittoresque ou histoire de la régence d'Alger... Toulouse. Imprimerie de J.-B. Paya, éditeur. 1845.

 Tome II.

P 154 et s.

" Abd-el-Kader.

... Abd-el-Kader est d'une taille médiocre; il a peu d'embonpoint; ses traits sont nobles et délicats; ses yeux sont beaux, et pleins d'expression; sa barbe est rare et noire. Son port, ses gestes, son regard incessamment tourné vers le ciel, tout indique en lui un apôtre, un homme profondément ascétique. Il parle peu, et regarde rarement les gens avec lesquels il confère. Ses mains, qui sont belles, ne quittent jamais un chapelet; il ne porte aux doigts ni diamans, ni bijoux, et n'a aucun signe de luxe extérieur. Il porte la tête un peu penchée sur l'épaule gauche; ses manières sont affectueuses et pleines de politesse et de dignité; il se livre rarement à la colère, et reste toujours maître de lui; toute sa personne est séduisante; il est difficile de le connaître sans l'aimer.

Abd-el-Kader est d'une grande bravoure; cependant son esprit est plus organisateur que militaire. Quoique son âme soit fortement trempée, dans les circonstances pénibles où il s'est souvent trouvé, il a eu quelques momens d'abattement. Ses mœurs sont pures, mais rigides; il n'a qu'une femme, qu'il aime tendrement. Sa famille se compose d'une fille de dix ans, et d'un fils qui lui est né peu de jours avant l'entrée des Français à Mascara. Lorsqu'il était dans cette ville, il habitait, avec sa famille, une assez belle maison, mais qui n'était point le palais. Il y vivait sans gardes et en simple particulier. Chaque jour, d'assez bonne heure, il se rendait au siège du Beylick, pour y vaquer aux soins de l'administration, et y donner ses audiences. Le soir, il rentrait dans sa maison, où il redevenait homme privé.

Abd-el-Kader est toujours vêtu très simplement; son costume est celui d'un pur arabe, sans aucune espèce d'ornement ni de marque de dignité; il ne déploie quelque luxe que pour les armes et les chevaux. Il a eu pendant quelque temps un bernous dont les glands étaient d'or; il les coupa, voici à quelle occasion. Un de ses beaux-frères, qu'il avait nommé Kaïd d'une puissante tribu, afficha dans cette position un faste qui fit murmurer. Il le manda, et après lui avoir reproché sa conduite, il ajouta: "Prenez exemple sur moi; je suis plus riche et plus puissant que vous, voyez cependant comme je suis vêtu; je ne veux pas même conserver ces misérables glands d'or que vous voyez à mon bernous." Et aussitôt il les coupa. Depuis cette époque, il n'a plus porté sur lui le moindre filet d'or ou d'argent.

Abd-el-Kader aime beaucoup l'étude, à laquelle il consacre le peu de momens que lui laisse sa vie agitée; il a une petite bibliothèque qui le suit dans toutes ses courses. Lorsqu'il est en expédition, son existence est beaucoup plus royale qu'en ville. Il habite alors une tente superbe, fort commode et bien distribuée. On y a pratiqué un petit réduit fort élégant, où il travaille. Voici quel est au camp l'emploi de son temps, lorsque la journée n'est pas prise par des opérations militaires. En arrivant dans sa tente, après la marche du jour, il ne garde qu'un domestique près de lui, et consacre quelques minutes à des soins de propreté. Il fait ensuite venir des secrétaires et successivement ses principaux officiers, et travaille avec eux jusqu'à quatre heures; il se présente alors à l'entrée de sa tente, et fait lui-même la prière publique; il prêche ensuite pendant une demi-heure, en ayant soin de choisir un texte religieux, qui l'amène naturellement à mettre en circulation les idées qu'il lui convient de répandre sur la guerre et la politique. Du reste, personne n'est obligé d'assister à ses sermons.

Il dicte avec une facilité extraordinaire, et recourt assez fréquemment à des citations pour appuyer ses réponses. Il a auprès de lui un khodja, ou écrivain, qui ne le quitte jamais. Un conseil composé de quatre chefs arabes, et assisté de ce khodja et d'un trésorier, se réunit de temps en temps pour délibérer sur les affaires importantes. Tous les jours, matin et soir, et à tour de rôle, un des membres se rend chez Abd-el-Kader, pour travailler avec lui. Dans sa correspondance avec les gouverneurs français, il a constamment fait preuve de tact, et, plus d'une fois, on a pu remarquer avec quelle adresse il cherchait à échapper à un engagement décisif.

Abd-el-Kader n'a jamais voulu venir à Oran, quelques instances que les généraux qui y commandaient aient faites pour l'y attirer. Il se serait cru diminué devant les Arabes, s'il était entré en contact avec des chrétiens. De tous les officiers qui ont eu le commandement de la province, le général Bugeaud est le seul qui ait pu le voir avant la convention de la Tafna.

Il mange seul, et fait peu de représentation. Contre l'usage des Arabes, il ne prise et ne fume jamais. Sobre dans ses repas, austère dans ses mœurs, il affecte la pauvreté; il n'oublie point que la dévotion a été le piédestal de sa fortune, et, fils reconnaissant, il n'a garde de renier sa mère. Vénéré de tous, à son approche les populations s'agenouillent et font éclater des transports de joie.

... Abd-el-Kader se plaît à entendre parler des actes du gouvernement de Napoléon; et ce qu'il admire le plus en lui, ce n'est pas ses triomphes militaires, mais bien l'ordre qu'au sortir d'un bouleversement général il a su faire régner dans ses Etats."

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Published by froidefond - dans ALGERIE
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