Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 19:40

A propos de la réception de Simone Veil à l'Académie française.

 

Si j'étais professeur d'histoire, ou de français, ou de philosophie, ou d'éducation civique (à supposer que cette discipline existe encore), je poserais à mes élèves les questions suivantes:

- à quoi sert l'Académie française?

- citez cinq académiciens;

- qui était Pierre Messmer?

- qui est Simone Veil?

- pourquoi ces deux politiciens ont-ils été élus dans une institution dont le rôle est de rédiger un dictionnaire et de veiller au respect de la langue française?

 

Redoutant des réponses peu satisfaisantes, je les inviterais à consulter avec moi le site Internet de celle que l'on appelle avec un peu de condescendance la vieille dame du quai de Conti, et à lire les discours prononcés le 18 mars dernier, lors de la réception de Simone Veil, au fauteuil de Racine, occupé avant elle par Pierre Messmer.

Ils verraient comment Simone Veil, après avoir évoqué la disparition de ses parents durant l'Holocauste perpétré par les nazis, après avoir souligné le "compagnonnage entre l’esprit des lettres et l’esprit des lois" qui caractérise aussi bien l'esprit français que celui de l'Académie, retraça la vie et l'oeuvre de Pierre Messmer, officier, membre de la France libre, député, ministre, premier ministre, et finit son discours par cette citation de Victor Hugo qui pourrait surprendre de la part d'une femme qui aurait tant de raisons d'en vouloir à notre voisine d'outre-Rhin: "La France et l’Allemagne sont essentiellement l’Europe. L’Allemagne est le cœur, la France est la tête. Le sentiment et la pensée, c’est tout l’homme civilisé. Il y a entre les deux peuples connexion intime, consanguinité incontestable. Ils sortent des mêmes sources ; ils ont lutté ensemble contre les Romains ; ils sont frères dans le passé, frères dans le présent, frères dans l’avenir."

Ils découvriraient la vie de Simone Veil brossée avec talent et sensibilité par Jean d'Ormesson: celle d'une enfant élevée à Nice au sein d'une famille juive laïque, déportée à l'âge de 17 ans, orpheline peu après, étudiante en droit et en sciences politiques, magistrat, ministre à plusieurs reprises, présidente du Parlement européen, membre du Conseil constitutionnel. Une vie faite d'après Jean d'Ormesson aussi bien de tradition que de modernité. Une vie, bref, que l'on ne peut réduire, caricaturalement, à son rôle de premier plan dans l'adoption par le Parlement du projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse.

Je ferais ensuite réfléchir mes élèves sur le sens, l'utilité de cette institution dont Paul Valéry a dit: "L’Académie est composée des plus habiles des hommes sans talent et des plus naïfs des hommes de talent."; sur les raisons pour lesquelles on y admit le maréchal Pétain, plusieurs années avant qu'il ne devienne chef de l'État français, le maréchal Lyautey, ou le président Giscard d'Estaing; sur les raisons pour lesquelles elle n'admit que bien tard des femmes en son sein.

Je leur apprendrais que les académiciens travaillent à la rédaction d'un dictionnaire qui en est à sa neuvième édition, incomplète puisque le dernier fascicule paru, en novembre 2009, se termine au mot "poursuivant ";

Je tâcherais de les convaincre de l'utilité de rassembler dans une même compagnie non seulement des hommes de lettres, mais aussi des personnes ayant exercé d'importantes fonctions politiques, militaires, religieuses, en un temps où l'art oratoire revêtait encore une certaine importance.

Je leur montrerais la nécessité de bien maîtriser sa langue pour le magistrat, pour le législateur, pour l'écrivain, mais aussi pour le citoyen ordinaire, afin que ce dernier échappe aux approximations, aux exagérations, aux caricatures de ceux qui, volontairement ou non, peuvent les tromper par des mots qui, en eux-mêmes, portent la violence, l'erreur ou la perversion.

Je leur demanderais ce qu'est une "catastrophe humanitaire", ridicule expression employée journellement; à quoi sert de féminiser certains mots pour en obtenir d'aussi laids que procureure, auteure, etc.

Enfin, je leur dirais combien je trouve touchant que des octogénaires, réunis au sein d'un panthéon pour vivants, après une vie de labeur, consacrent un peu de temps à enrichir notre culture dans son élément essentiel, notre langue.

 

Je ne leur montrerais qu'une photo: celle de l'épée d'académicien de Simone Veil, ornée, si l'on peut dire, de son numéro de déportée et des flammes de l'Holocauste, et de la devise de la République: Liberté, égalité, fraternité.

Jean-Louis Charvet.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by jlcharvet.over-blog.com - dans PETITES BIOGRAPHIES.
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de jlcharvet.over-blog.com
  • : Des poésies, des histoires, etc.....
  • Contact

Recherche