Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 00:46

Sur une "tradition" méridionale: la tauromachie.

Les partisans de la tauromachie, la loi française elle-même font de la tradition "ininterrompue" un argument pour défendre et pérenniser un spectacle qui révolte de plus en plus de personnes.

C'est oublier que la tradition de la mise à mort n'est, dans le midi de la France, ni générale, ni ininterrompue.

A Avignon, étaient parfois organisés, au XVIII° siècle, des combats mettant en scène des taureaux; ainsi, en 1769, des hommes s affrontèrent, dans lenclos de Saint-Roch, à des « bœufs de Camargue » à la queue desquels étaient attachés des chats; ainsi, en 1771, dans la cour de lhôtel de Villeneuve (actuellement musée Calvet), des taureaux combattirent des dogues anglais; furent également exposés aux assauts de ces molosses un ours, un loup et un petit cheval prussien.

Les jeux taurins prirent leur essor au XIX° siècle; ils avaient lieu dans les quartiers de Bagatelle, de Champ-Fleury, du Blanchissage, dans les îles Piot et de la Barthelasse.

Se succédèrent périodes d interdiction, dautorisation, de tolérance. La course à la cocarde apparut sans doute vers 1830. Cest à la fin du XIX° siècle que les courses de taureaux prirent la forme qui est la leur aujourdhui.

En 1853, le ministre de l intérieur autorisa les courses au sud dune ligne reliant Bordeaux à Avignon.

La passion pour la tauromachie ne fit que croître; pour en montrer l importance, on notera que, par exemple, entre 1886 et 1890, une dizaine de corridas avaient lieu chaque année dans les arènes de Bagatelle.

Les mauvais traitements infligés aux taureaux ne laissèrent pas indifférente une partie de la population; ainsi, dans le numéro de septembre 1860 du Bulletin mensuel de la Société protectrice des animaux, trouve-t-on cette description, manifestement empreinte de réprobation, d une course donnée à la Barthelasse:

Dans un cirque en planches mal construit, pouvant contenir mille à douze cents personnes, sept ou huit cents spectateurs, peu de dames, mais des hommes, des jeunes gens, enfants de quatorze à quinze ans, applaudissaient lorsque je suis arrivé, une cinquantaine d individus armés de bâtons plus ou moins gros qui tapaient sur une pauvre petite génisse et un grand taureau vieux et efflanqué pour les faire courir; à chaque coup de bâton bien appliqué, la joie était générale venait la ferrade que tout le monde attendait et réclamait avec impatience On ma expliqué que lon plaçait un bouquet sur la tête du taureau et quune récompense était donnée à qui sen emparerait et le terrassait alors un homme monté sur un cheval et armé dune longue lance à deux pointes savançait près delle (la génisse) et la lui enfonçait dans le flanc trois ou quatre fois la même chose recommençait la bête faisait entendre des cris plaintifs

La Société protectrice des animaux ne fut pas seule à s'élever contre ces pratiques barbares; l'Église catholique le fit également. Dans un mandement adressé en 1865 aux fidèles de son diocèse, Monseigneur Plantier, évêque de Nîmes, écrivait notamment:

Qu'on ne dise pas que la foule se précipite aux Arènes pour contempler l'adresse, l'agilité, la force et le sang-froid des toréadors; les blessures ou les cris des taureaux ont plus de charme pour elle que toute l'habileté de leurs agresseurs. Si l'athlète surtout est meurtri, l'enthousiasme et le bonheur débordent. On frémit sans doute de voir souffrir; mais on s'enivre de cette torture. L'aspect d' une plaie entr'ouverte, la pourpre du sang qui coule exercent sur les yeux les plus irrésistibles des fascinations, et si vous examinez bien le moment où la foule tressaille avec le plus d'exaltation sur ces sièges séculaires, vous verriez que c'est ordinairement quand un coup plus sinistre que les autres vient d' épouvanter l' arène.

Et l évêque tenait ensuite les propos suivants, que l'on qualifierait peut-être aujourd'hui de misogynes:

Elles

(les femmes) savourent avec une sorte de volupté fébrile les émotions excitées en elles par les incidents plus ou moins sinistres dont elles sont les témoins, elles agitent les bras, elles poussent des cris aux instants solennels avec une fougue, des élans, et, si j'ose le dire, des convulsions qui révèlent quelles fumées le sang répandu fait monter à leur tête; et c'est bien à elles qu' il appartient de démontrer que les amphithéâtres excitent l'intérêt jusqu'à la fureur. Ces reproches sont sévères, mais il fallait bien venger l

humanité, la science et la religion outragées par ces scènes de carnage.

Monseigneur Plantier ne faisait que mettre en pratique les instructions que le pape Pie IX lui avait adressées en 1858:

... Ne cessez point de persuader au pouvoir civil que les jeux du cirque sont en complet désaccord avec les sentiments d'humanité bien connus de la nation française.

...

Le pape Pie V, dans son encyclique De salute gregis (1567), avait déjà condamné les courses de taureaux:

Considérant que ces spectacles où taureaux et bêtes sauvages sont poursuivis au cirque ou sur la place publique sont contraires à la piété et à la charité chrétienne, et désireux d’abolir ces sanglants et honteux spectacles dignes des démons et non des hommes (…) à tous et chacun des prince chrétiens, revêtus de n’importe quelle dignité, aussi bien ecclésiastique que profane (…) Nous défendons et interdisons, en vertu de la présente Constitution à jamais valable, sous peine d’excommunication encourue ipso facto, de permettre qu’aient lieu (…) des spectacles de ce genre où on donne la chasse à des taureaux et à d’autres bêtes sauvages.

Nous interdisons également aux soldats et autres personnes de se mesurer à pied ou à cheval,dans ce genre de spectacle, avec des taureaux et des bêtes sauvages. Si quelqu’un vient à y trouver la mort, que la sépulture ecclésiastique lui soit refusée. Nous interdisons également, sous peine d’excommunication, aux clercs aussi bien réguliers que séculiers (…) d’assister à ces spectacles (…) Nous ordonnons à tous les princes (…) d’observer strictement toutes les clauses prescrites ci-dessus (…) nous ordonnons à tous nos vénérables frères archevêques et évêques , de publier suffisamment en leurs diocèses respectifs la présente lettre et de faire observer lesdites prescriptions… »

Les instructions de l'Église visaient à protéger l'animal, mais surtout la dignité de l'homme, que, selon elle, l'assistance à de tels spectacles ne pouvait qu'avilir.

Il ne m'a pas semblé inutile de les rappeler.

En effet, il n'y a pas si longtemps, les 26 janvier 1986 et 25 janvier 1987, furent organisées à Avignon deux corridas portugaises; M. Thomas, président de la Société protectrice des animaux vauclusienne, a eu l'obligeance de m'adresser copie du jugement qui fut rendu à cette occasion par le tribunal correctionnel d'Avignon, le 2 mars 1989: le tribunal condamna M. X à 5000 francs d'amende pour complicité d'actes de cruauté envers un animal domestique ou assimilé, et à verser 8000 francs à la Société protectrice des animaux vauclusiennes, et un franc à chacune des associations suivantes: l' Oeuvre d'assistance aux bêtes d'abattoir, la Ligue française des droits de l'animal, la Société nationale pour la défense des animaux et l'Assistance aux animaux; M. X fit appel de ce jugement qui fut confirmé par la Cour d'appel de Nîmes par arrêt du 17 octobre 1999 (M. X s'était désisté de son appel).

Les juges avignonnais motivèrent leur jugement en établissant que d'une part la corrida portugaise constitue des actes de cruauté de par l'emploi des instruments utilisés, d'autre part qu'il n'existait pas à Avignon une tradition tauromachique ininterrompue.

Jean-Louis Charvet.

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by froidefond - dans ANIMAUX
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de jlcharvet.over-blog.com
  • : Des poésies, des histoires, etc.....
  • Contact

Recherche