Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 23:22

Triomphe à Marseille en 1785 de la diva la Saint-Huberti.

MADAME-DE-SAINT-HUBERTI-001.jpg 

La gravure ci-dessus représente l’une des plus fameuses cantatrices de la fin du XVIII° siècle au sujet de laquelle j’écrirai sans doute quelque chose. En attendant, je donne ci-dessous un texte sur la réception extraordinaire que lui fit la ville de Marseille.

Jean-Louis Charvet.

« La Saint-Huberti, une des plus célèbres chanteuses d’opéra du siècle dernier, avait donné, en 1785, à Marseille, une série de représentations qui avaient enthousiasmé toute la ville.

La Didon de Piccini lui avait valu le plus éclatant des triomphes. L’attitude tragique de l’artiste, son jeu expressif, sa voix pathétique avaient produit sur les spectateurs une impression inoubliable. Aussi la population tout entière voulut-elle témoigner sa reconnaissance à cette reine du théâtre, par une fête comme Marseille n’en donna peut-être jamais aux rois de France.

Le 15 août, la Saint-Huberti, vêtue à la grecque, apparut, dans le port, sur une gondole aux armes de Marseille. Cette embarcation, superbement ornée, était manœuvrée par huit rameurs, vêtus également à la grecque, et suivie de deux cents chaloupes où se pressaient une foule de curieux qui acclamaient la cantatrice.

Celle-ci débarque au milieu de hourras et de vivats coupés par les bruyantes détonations de boîtes d’artillerie. Après un échange de compliments avec les autorités de la ville, elle remonte dans sa gondole, pour présider aux péripéties d’une joute émouvante. Le vainqueur vient déposer à ses pieds une couronne que cette reine du tournoi nautique s’empresse de lui rendre avec son plus gracieux sourire.

Ici, le programme de la fête subit un léger accroc. La municipalité avait voulu offrir à la Saint-Huberti le spectacle d’une grande pêche : mais les barques sont tellement pressées les unes contre les autres, qu’il est impossible de relever les immenses filets qui barraient une partie du port.

On revient donc à terre. L’explosion des boîtes d’artillerie annonce à la foule de nouveaux divertissements.

Couchée sur un divan à la turque qu’abrite des rayons du soleil couchant un magnifique dais aux armes de la ville, l’artiste voit s’enlacer autour d’elle, aux sons des tambourins et des galoubets, les mille replis d’une immense farandole, et chaque danseur s’incline en passant devant la reine de la fête.

Mais les derniers accents de cette musique champêtre se sont à peine éteints dans le murmure grandissant d’une foule nombreuse, que le maire de Marseille s’approche de la Saint-Huberti et lui tend respectueusement la main. Il la conduit, entre une double haie de pavillons brillamment illuminés, jusque sous un dôme de verdure, que les feux de Bengale éclairent de leurs flammes multicolores. De là, il la mène sous une vaste tente, dans une salle de spectacle, dont elle occupe, avec les notables de la ville, les premières places.

Sur la scène, se joue une pièce allégorique.

Les muses Polymnie, Euterpe, Melpomène et Thalie se disputent la palme. Apollon les met d’accord en leur présentant une divinité qui lles surpasse toutes : on devine sans peine quelle est cette déesse.

« Il faut la couronner, disent les Muses.

- Hélas ! réplique Apollon, elle a enlevé depuis longtemps toutes les couronnes. »

Mais le dieu se ravise, il détache le laurier qui orne son front et vient l’offrir à la dixième Muse, à la Saint-Huberti qui monte alors sur l’estrade et prend place entre Melpomène et Polymnie.

C’est l’heure du bal. De nombreux quadrilles, des menuets et des branles viennent apporter à la fête un nouvel élément de curiosité.

Cependant, une autre heure a sonné, heure non moins intéressante et non moins appréciée à Marseille que partout ailleurs, celle du souper.

Une table de soixante couverts est dressée dans une salle fermée, suivant la coutume du pays, par une grille de bois. Est-ce l’odeur des mets exquis servis aux convives, est-ce l’enthousiasme d’un dilettantisme de terroir qui surexcite la population avidement pressée contre cette fragile barrière ? Toujours est-il que la grille va s’effondrer sous l’énorme poussée de la foule, quand une idée géniale passe subitement par la tête d’un des invités : notre homme entonne un grand air de la Didon. Les masses s’arrêtent, n’osent bouger dans la crainte de perdre une mesure, puis, à la dernière note, reprennent en chœur le morceau.

A son tour, la Saint-Huberti se lève, et, pour remercier la ville de Marseille d’un accueil qui lui fait verser des larmes, elle chante des couplets en patois provençal.

L’enthousiasme dégénère alors en délire : la santé de la cantatrice est portée au milieu de formidables vivats, et les danses reprennent jusqu’au matin, au milieu de feux d’artifice dont les flots de la Méditerranée reflètent les fugitives clartés.

……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

Ce n’est pas sans raison qu’Apollon se plaignait de voir les couronnes accaparées par une seule artiste. La Saint-Huberti, quittant Marseille le lendemain, emportait plus de cent couronnes sur l’impériale de sa voiture. »  

 

Article de Paul d’Estrée, dans le Journal des voyages, deuxième tome de 1900, page 151.

Partager cet article

Repost 0
Published by froidefond - dans SPECTACLES
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de jlcharvet.over-blog.com
  • : Des poésies, des histoires, etc.....
  • Contact

Recherche