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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 05:48

Un voyage à Hébron (Palestine) en 1904.

Je suis grand amateur de journaux des siècles passés qui, plus que de savants ouvrages, me font pénétrer très concrètement dans le (les) monde(s) de mes ancêtres, mais aussi faire des voyages dans ma chambre. J’ai acheté récemment un volume contenant les numéros parus entre le 4 novembre 1903 et le 29 octobre 1904 de La veillée des chaumières. Dans ce bi-hebdomadaire illustré, on trouvait, outre des romans-feuilletons intitulés par exemple Clarisse de la Rue du Loup-Va-t-En, L’Héritage de Claire, Miss Lumière, sous la plume d’auteurs aux noms souvent aristocratiques (mais peut-être ne sont-ce que des pseudonymes) tels que M. d’Agon de La Contrie, Jeanne de Lias, M. du Campfranc, outre des recettes de cuisine, des contes, des articles scientifiques, etc., on trouvait, dis-je, des récits de voyage dont l’un a particulièrement attiré mon attention.

Un certain Lionel de Movet (pseudonyme de mademoiselle Marguerite de Malus) y racontait une excursion faite par huit Français, de Jérusalem à Hébron, ville très importante pour les fidèles des trois religions monothéistes puisque c’est sur son territoire qu’Adam aurait été créé( le 25 mars de l’an I du monde), et que serait mort Abraham.

La ville, alors sous domination ottomane, se nommait El-Khalil (cité de l’Ami de Dieu). Ayant tout d’abord déjeuné dans le cimetière, à la mode turque, assis sur un tapis d’Orient, puis traversé le quartier moderne, où se trouvait un hôtel dont le propriétaire parlait anglais, le groupe pénétra dans la ville ancienne, semblant dater de l’époque des patriarches, aux maisons ornées d’inscriptions et de sculptures mutilées par le temps,  non sans crainte, à cause de la réputation de fanatisme de ses habitants. D’après M. de Movet, en effet, Hébron était alors peuplée de 8.000 habitants, dont un millier de juifs polonais ou espagnols et aucun chrétien ; et la mosquée abritant les tombeaux d’Abraham, d’Isaac, de Rébecca, de Jacob était interdite d’accès tant aux juifs qu’aux chrétiens. Cette mosquée occuperait l’emplacement du monument construit par Salomon.

Le groupe visita ensuite les bazars ; mais, alors qu’aujourd’hui on s’extasie sur les senteurs exotiques qu’on y trouve, les voyageurs de 1904 parlaient d’effluves indéfinissables, voire asphyxiantes ! Seuls les beaux fruits de la région, melons, figues, raisins dorés trouvaient grâce à leurs yeux. L’industrie principale de la ville était la production d’objets en verre : bracelets, pendants d’oreilles, colliers pour les femmes mais aussi pour les chevaux, qu’ils protégeaient, croyait-on, des maléfices.

Une autre production locale, sans doute à l’usage de ceux qu’on n’appelait pas encore des touristes, est décrite par Lionel de Movet dans les termes suivants : « Mais voici des pipes en terre, les célèbres pipes faites avec l’argile du champ Damascène, souvenir peu banal à rapporter à ses amis de France ! Pensez donc ! Ces pipes sont composées avec le limon employé jadis par le Créateur pour composer le premier homme, ce limon que le grand sculpteur anima de son souffle divin ! ».

La visite se termina au chêne sous lequel Abraham aurait eu sa célèbre vision.

Pour clore sa relation, l’auteur sacrifia à un exercice habituel à l’époque (mais peut-être aussi à la nôtre), la description des femmes du pays, drapées dans leurs amples vêtements et portant sur la tête de grandes amphores ; femmes voilées, suivant une tradition ancestrale que l’auteur rapporte ainsi qu’il suit : « Nos ciceroni nous donnent une explication bien amusante à ce sujet. Il paraît que si un autre homme que le mari d’une femme arabe voyait ses dents (mettez le sourire, je suppose) de celle-ci, l’infortunée serait condamnée dans l’autre monde (au paradis de Mahomet, bien entendu) à avoir le même mari que sur la terre, et il faut croire que la perspective (qui n’a rien de bien flatteur pour les maris musulmans) est peu riante car jamais une femme, en ces contrées, ne soulève son voile devant un étranger excepté, cependant, le jour où l’on se rend en procession au mont Hébo, la montagne de Moïse, ainsi qu’il me semble l’avoir lu quelque part. »

J’ai voulu savoir à quoi ressemblaient ces lieux et ai consulté deux guides récents. Hébron est vingt fois plus peuplée qu’en 1904. Depuis cette date, et jusqu’à nos jours, la ville et sa région ont été endeuillées par de nombreux massacres. La ville est divisée en deux parties, l’une sous contrôle palestinien, l’autre sous contrôle juif. Le tombeau des patriarches est  divisé en deux zones, l’une pour les juifs, l’autre pour les musulmans. La vieille ville est toujours assez délabrée, les fabriques d’objets en verre sont toujours là. J’ignore si l’on peut encore trouver des pipes fabriquées avec la terre dont fut modelé nôtre ancêtre commun, Adam.

Jean-Louis Charvet.

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Published by froidefond - dans Voyages d'autrefois.
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