Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 14:07

Ci-dessous, tiré du journal Le Magasin pittoresque de juillet 1856, un article sur Berzé-le- Châtel, village entre Mâcon et Tournus, patrie de mes ancêtres Charvet.

" De Mâcon à Charolles. Notes d'un voyageur.

...

Comme j'examinais les environs, j'aperçus les restes imposants d'un château fort du moyen âge, qui se dresse au-dessus et à droite de la route, et, prenant les devants, je gravis seul une longue côte, pour voir de près Berzé-le-Châtel. Jadis, dans les temps féodaux, ce repaire redoutable abritait les hommes d'armes toujours prêts, sous la conduite du seigneur, à fondre sur la contrée. Aujourd'hui, avec ses tours silencieuses, ses mâchecoulis ruinés et ses murs en terrasse, que recouvrent à moitié les festons de lierre, vous diriez le nid désert d'un oiseau de proie. On raconte toutes sortes de choses effrayantes sur ce château: l'imagination prolonge au loin sous les terres les souterrains de Berzé; on vous assurera même que le seigneur des lieux eut un jour la fantaisie d'enfermer dans un caveau, sans nourriture un homme et un boeuf, pour savoir lequel mourrait le premier. On ne sait pas quel fut le résultat; mais est-il certain que l'expérience fut faite?

En vérité, me disais-je en poursuivant ma route, cette masure menaçante est restée debout pour nous montrer combien Richelieu eut raison d'abattre les derniers boulevards de la féodalité. Je fus brusquement tiré de mes réflexions par un petit paysan qui me dit à trois reprises, car je ne le comprenais pas: - Avez-vous rencontré la première compagnie des gouris? - De quelle compagnie parlait-il? Les mouvemens de troupes étaient considérables cette année. Je lui fis, au hasard, une réponse insignifiante. Mon cocher, qui me rejoignit, m'expliqua en riant que les gouris sont des gorets, et qu'une bande de cochons venait en effet de passer sur la route. - Le petit bonhomme, ajouta-t-il, est quelque Lyonnais. - Comment le savez-vous? - Il se mit à rire de nouveau: - On appelle ici Lyonnais les enfants trouvés que l'hospice de Lyon envoie dans les campagnes, qu'on adopte, et qu'on emploie à conduire les oies, les chèvres, les vaches. "

Repost 0
Published by froidefond - dans SAONE-ET-LOIRE
commenter cet article
18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 23:01

Ci-dessous une recette tirée du Journal des demoiselles d'octobre 1876 (pour celles et ceux qui n'aiment pas que le fast-food...).

"Filet de mouton en chevreuil.

Dégraissez le filet et parez-le parfaitement. Faites-le mariner dans du vin rouge, avec épices, pendant au moins trois jours, sautez-le au beurre, ajoutez quelques cuillerées de la marinade passée au tamis, et servez avec une sauce à la poivrade."

Repost 0
Published by froidefond - dans GASTRONOMIE
commenter cet article
18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 22:59

Ci-dessous une recette tirée du Journal des demoiselles de juillet 1876.

"Compote de pêches au vin de Bordeaux.

Plongez les pêches dans l'eau bouillante, jusqu'à ce que la peau s'ôte facilement, ouvrez-les, ôtez-en le noyau et roulez-les dans du sucre en poudre; arrangez-les dans un bocal à large ouverture, un lit de pêches, un lit de sucre en poudre, quelques fraises et framboises par-ci par-là; laissez-les pendant une demi-heure; puis, versez au-dessus de bon vin de Bordeaux, jusqu'à ce que la pêche baigne, fermez le bocal; deux ou trois heures après, dressez les pêches dans un compotier et versez dessus tout ce que contient le bocal."

Repost 0
Published by froidefond - dans GASTRONOMIE
commenter cet article
18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 22:56

Ci-dessous une recette tirée du Journal des demoiselles de mars 1876.

" Morue à la crème.

Faites cuire à l'eau bouillante la morue dessalée, égouttez-la et coupez-la en filets. Mettez dans la casserole 200 grammes de beurre manié de farine, poivre et muscade; quand le beurre sera fondu et lié, ajoutez-y à peu près un demi-litre de crème et du persil haché; tournez la sauce pendant cinq minutes, ajoutez-y les filets de morue et servez."

Repost 0
Published by froidefond - dans GASTRONOMIE
commenter cet article
16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 20:07

Mahmoud II, sultan réformateur, et  la Turquie au début du XIX° siècle.

 

L’article ci-dessous, tiré de la revue La Mosaïque de 1837, a l’avantage de présenter la situation d’un pays et l’action de son dirigeant à une époque charnière pour l’Empire ottoman ; le conflit entre mœurs ancestrales et mœurs « occidentales » n’est pas terminé ; en témoigne, ces jous-ci, le projet de loi du gouvernement turc sur l’alcool (voir lien ci-dessous) :

 

http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/grande-consommation/actu/reuters-00520931-la-turquie-envisage-d-imposer-des-restrictions-sur-les-alcools-565996.php

 

Jean-Louis Charvet.

P.S. J’ai conservé l’orthographe de l’époque.

 

«  Mahmoud II.

La fin du siècle dernier et le commencement de celui-ci sembleraient avoir été des époques marquées fatalement pour l'accomplissement de grandes réformes sociales, car en même temps que la révolution française ouvrait une ère de modifications plus ou moins complètes pour tous les peuples de la chrétienté européenne, des pensées, des tentatives de changement agitaient aussi une nation dont on pouvait croire que l'immobilité, érigée en système politique et religieux, resterait imperturbablement la  même au milieu des commotions générales: l'utilité d'altérer les vieilles mœurs était reconnue à Constantinople même. La simultanéité de ces deux mouvemens de réforme est, au surplus, le seul rapport qu'on puisse signaler entre eux; absolument indépendants l'un de l'autre, opposés dans leur principe et dans leur but, ils n'offrirent, en outre, aucune analogie dans leurs procédés. La révolution s'opérait en France par le peuple, en dépit des résistances du gouvernement; en Turquie, c'était le gouvernement qui se faisait réformateur contre le vœu populaire: cette différence d'origine suffit pour faire comprendre combien les deux révolutions durent différer l'une de l'autre dans leur ensemble moral et dans leurs actes matériels d'exécution.

La réforme, qui, de proche en proche, devait toucher à tout, ne paraissait d'abord devoir porter en Turquie que sur les abus de l'organisation militaire, sur l'institution des janissaires. Les premières tentatives pour détruire cette milice et pour lui substituer des troupes mieux disciplinées amenèrent de terribles commotions; le sultan Sélim III y perdit le trône et la vie (1807 et 1808): son successeur, Mustapha IV, n'eut pas un meilleur sort, et le célèbre grand-vizir Mustapha Baîractar périt encore victime de ces mêmes projets d'innovation militaire. Attenter à l'existence des janissaires semblait, après ces funestes expériences, une entreprise de nature à faire hésiter le plus intrépide réformateur, et cependant leur destruction fut un des premiers projets que forma le cousin de Sélim III, le frère de Mustapha IV, le sultan Mahmoud II, qui avait été porté sur le trône impérial (1808) au milieu des séditions provoquées par l'essai des mêmes réformes. Mais si le sort de ses devanciers ne détourna pas Mahmoud de reprendre leur œuvre révolutionnaire, il l'engagea du moins à agir avec circonspection, et s'il déploya une haute énergie au moment de la crise, il ne montra pas moins d'habileté à la préparer. Dissimulant profondément ses vues, il renouvela son inscription dans une compagnie de janissaires et mit une grande exactitude à s'acquitter de ses devoirs de soldat et à toucher sa paie; il s'attacha également à gagner le corps puissant des Ulémas par sa condescendance et par sa dévotion, en même temps qu'il se faisait aimer et considérer de toute la nation, par sa sobriété, sa loyauté, son activité, sa modération et sa bienfaisance. Ses actes publics et politiques confirmaient l'impression avantageuse produite par ses qualités et par sa conduite privée.

La situation de l'empire ottoman était critique au moment où Mahmoud monta sur le trône. Une guerre malheureuse était engagée contre les Russes; un grand homme, Czerni-George, affranchissait la Servie du joug musulman; la Perse inquiétait les frontières en Asie; au midi, l'insurrection politique et religieuse des Wéchabites faisait d'alarmans progrès; enfin de toutes parts les gouverneurs des provinces se mettaient en hostilités sourdes ou en rébellion ouverte. Mahmoud achevait à peine de dénouer ces difficultés par sa fermeté et sa prudence, qu'il se vit menacer d'un danger plus grave. Le pacha de Janina, le féroce Ali-Tébélen, dont le pouvoir s'étendait sur l'Albanie, sur la Thessalie, sur la Macédoine et sur l'Epire, recourut aux armes pour défendre sa tête, que demandait la Porte, et conçut la grande pensée, pour se donner de formidables auxiliaires, de réveiller les Grecs et de les appeler à la liberté. Alors s'engagea (1820) cette terrible guerre, qui produisit, après huit années d'efforts, l'indépendance de la Grèce. Ayant toujours eu ainsi, depuis son avènement, quelque péril à conjurer, Mahmoud avait dû d'autant moins songer à exécuter ses projets de réforme, que ces événemens fâcheux produisaient continuellement quelque commotion dans la capitale, et que de f'réquens incendies révélaient l'état de fermentation et de mécontentement de la population musulmane. Mais, pour être obligé d'ajourner l'exécution de ses plans, l'empereur était bien loin de les abandonner; il s'y confirmait au contraire, et les mûrissait, et des indices annonçaient ses dispositions à s'écarter des habitudes musulmanes, pour se rapprocher des mœurs de l'Europe chrétienne: ainsi les puissances Barbaresques ne voyaient plus leurs brigandages sanctionnés par l'assentiment impérial, et la princesse de Galles recevait à Constantinople une hospitalité toute policée, au moment où les Anglais humiliaient le croissant sous les murs d'Alger.

La guerre contre les Grecs, qui, en réveillant le fanatisme des Turcs, et en nécessitant de grands efforts militaires, semblait devoir indéfiniment éloigner toute idée de réforme, hâta au contraire l'accomplissement des changemens que méditait l'empereur. Trop éclairé pour se laisser aveugler par l'orgueil musulman, Mahmoud avait reconnu, après quelques campagnes malheureuses, la supériorité des Grecs, et il était convaincu que l'organisation actuelle des armées turques était en grande partie la cause de leurs revers; il résolut donc d'exécuter au plus tôt une réforme militaire. De vagues rumeurs, qui se répandirent, engagèrent les janissaires à se révolter pour prévenir la crise qui menaçait leur existence; mais leur rébellion fut rigoureusement réprimée et ne servit qu'à déterminer le sultan à agir plus promptement. Nous avons déjà mis sous les yeux de nos lecteurs le tableau de cette importante révolution (voyez p. 190) qui s'opéra pendant un moment de sécurité extérieure que se ménagea la Porte en traitant avec la Russie à Ackermann (1826). Elle devint le signal, le point de départ d'un grand nombre d'autres réformes de diverse nature, et après avoir frappé un premier coup avec tant de vigueur, Mahmoud marcha résolument dans la carrière de novateur.

Le spectacle qu'a offert la Turquie depuis la destruction des janissaires est d'un vif intérêt. En annulant cette force désordonnée, l'empereur n'avait rien à lui substituer immédiatement, et les bons effets que pouvait produire la nouvelle organisation militaire devaient longtemps encore se faire attendre. Ces circonstances et des événemens funestes mirent la Porte dans une situation presque désespérée. L'intervention des puissances européennes décida la question grecque contre la Porte, et le combat de Navarin couronna par un immense désastre cette guerre si féconde pour elle en malheurs: et ce ne fut pas tout, cette journée fatale engendra une autre guerre; après deux ans d'efforts héroïques contre les Russes, la Turquie fut contrainte à crier merci. A peine cet immense péril était-il conjuré au nord, qu'un nouvel orage s'avança de l'orient; les armes égyptiennes menacèrent Constantinople même, et le sultan, pour résister à un vassal rebelle, n'eut d'autre ressource que d'appeler à son aide comme alliés les Russes que tout à l'heure encore il combattait comme ennemis. Les passions populaires ne pouvaient pas manquer de s'émouvoir au spectacle de tant de malheurs, de tant d'humiliations, et en présence des misères que tant d'ébranlemens entraînaient après eux: le courroux musulman se manifesta par des révoltes dans les provinces, par des complots dans Constantinople, et la voix du peuple, à l'instigation des croyans scrupuleux, proclamait de toutes parts que ces calamités étaient un châtiment du Ciel qu'irritaient les atteintes portées aux antiques mœurs musulmanes. Dans une pareille situation, dans un pays où le fatal cordon est toujours suspendu sur la tête impériale, le sultan eût reculé, que certes on n'aurait pas pu l'accuser de pusillanimité; mais loin de là, redoublant de persévérance et d'énergie à mesure que les périls grandissaient, que les difficultés croissaient, Mahmoud, depuis l'instant où il en a jeté le sort, a toujours marché de réforme en réforme, et sa main hardie s'est portée sur tout, dirigée presque toujours par un esprit de haute civilisation. La confiscation a été abolie; des ordonnances sages ont été rendues pour arriver à une meilleure administration de la justice, pour prévenir les abus de pouvoir et les exactions; des lazarets ont été établis en dépit du fatalisme, une sorte de loi de conscription régulière a été promulguée, et une presse impériale enfin a publié un Moniteur périodique écrit en turc et en français. A côté de ces innovations capitales se sont placées d'autres réformes qui, bien que moindres en apparence, étaient cependant aussi difficiles à opérer et dont les conséquences sont peut-être plus décisives. Plus de deux mille cabarets se sont ouverts à Constantinople, le muphti consulté ayant déclaré que l'abstinence du vin n'était pas de précepte, mais seulement de conseil. Une révolution complète a bouleversé les modes des hommes; les pelisses, les larges culottes, les chaussures orientales ont disparu, pour faire place à des sortes de redingotes, à des pantalons, à des bottes à l'européenne; le turban lui-même, le turban si caractéristique, a été proscrit et remplacé par une calotte écarlate, surmontée d'une touffe de soie bleue, et la barbe patriarcale s'est façonnée à la française. Toutes ces réformes de tout ordre, commandées par le sultan, sont sanctionnées de son exemple; vêtu lui-même suivant les modes qu'il prescrit, il affecte dans ses habitudes publiques et privées de se rapprocher des coutumes de l'Europe chrétienne et de se montrer tributaire de ses arts, de son goût, de son industrie qu'il s'efforce de transplanter sur le sol musulman. Mais ce fut en appliquant dans toute sa pureté la justice sommaire des Turcs et sa sévérité expéditive, que l'empereur brisa les résistances. Une proclamation répandue au moment des premières mesures réformatrices avertit le public qu'il était défendu de s'occuper des matières politiques, que des espions des deux sexes devaient s'insinuer partout, et que sur leur rapport les hommes et les femmes en contravention seraient, les premiers, étranglés, et les secondes enfermées dans un sac et jetées dans le Bosphore: de fréquentes exécutions prouvèrent que l'avis n'était pas simplement comminatoire.

Nonobstant la barbarie de ces moyens d'exécution, cette impulsion puissante donnée, malgré lui et malgré les circonstances, au peuple turc vers la civilisation des nations d'Occident, dénote dans celui qui en est le principe et l'auteur une grande force d'âme, une intelligence supérieure et un caractère peu commun. Mahmoud II mérite, en effet, une place parmi les souverains illustres, quoique des pensées puériles viennent se mêler aux graves considérations qui l'ont déterminé à prendre le rôle de réformateur. Plus inquiet du jugement que l'Europe peut porter sur lui que de l'opinion de l'Orient, il recherche avec une condescendance outrée les suffrages des Francs, et c'est avec un engouement excessif et maladroit qu'il les recommande à ses courtisans comme les seuls modèles à imiter s'ils veulent devenir des hommes. C'est aussi avec une futilité minutieuse qu'il se préoccupe des plus minimes détails de ses réformes, tellement qu'il a paru à quelques voyageurs chercher avant tout à produire de l'effet par ses imitations des hommes et des choses de l'Occident. Mais ce jugement est superficiel, car ces faiblesses se retrouvent dans la plupart des princes réformateurs. Il ne serait pas plus équitable d'attribuer à l'empereur les malheurs qui ont accablé la Porte pendant son règne; les événemens étaient hors de sa puissance, et si on analyse sa conduite politique, on trouvera de la dignité et du courage dans sa résistance, de l'habileté dans ses actes, quand il lui a fallu plier.

Mahmoud II, à peine âgé de cinquante-deux ans, est fils de l'empereur Abdul-Hamid mort en 1789; son esprit est cultivé, il parle et écrit avec éloquence, mais son extérieur est peu distingué, et l'uniforme semi-européen qu'il a adopté lui a fait perdre les avantages qu'il devait au costume oriental; cependant ses manières sont affables et dignes, et quelquefois imposantes, malgré ses traits vulgaires et sa taille épaisse. »

 

Repost 0
Published by froidefond - dans TURQUERIES
commenter cet article
16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 00:27

Ci-dessous, lien vers le site internet (en construction) de l'Académie de Vaucluse:

 

http://www.academiedevaucluse.fr/

Repost 0
Published by froidefond
commenter cet article
11 mai 2013 6 11 /05 /mai /2013 00:46

L'article suivant, tiré de la revue Le Magasin pittoresque de septembre 1861 ne parle pas, en dépit de son titre, que des bergers de Kabylie, mais donne d'intéressants renseignements sur l'origine et les moeurs des Kabyles.

Jean-Louis Charvet.

" Les bergers de Kabylie.

"Mon tableau (nous écrit M. Fromentin) n'a pas pour but de représenter un détail caractéristique des mœurs de la Kabylie, pas plus qu'il ne reproduit un endroit déterminé. En montrant un berger qui remonte au lever du jour dans les hauts pâturages, suivant les habitudes matinales des gens de la montagne, j'ai voulu rendre une impression d'heure, de solitude et de lieux élevés, exprimer un certain accord de recueillement et de grandeur entre le site et les allures solitaires de l'homme. Rien de plus."

Mettons à profit toutefois ce tableau, l'un des meilleurs de la dernière exposition, pour noter ici quelques détails sur les mœurs pastorales de la Kabylie.

Remarquons d'abord que la Kabylie n'a point de bergers dans le sens européen du mot. Le Kabyle qui possède des troupeaux mène paître ses bêtes ou les fait mener par un membre de sa famille, à pied ou à cheval. Les bons endroits pour paître sont clairsemés dans l'Atlas; quelquefois, il faut aller loin les trouver dans les monts abrupts, arides, escarpés en précipices. Avant de partir, le Kabyle prépare des provisions: il fait griller à la poêle du blé qu'il réduit en farine entre deux pierres ou bien à la meule de ménage, et met la farine dans un sac en peau de chèvre ou de mouton tannée, teinte en rouge; la couleur du sang est chère aux enfants du Prophète. Quand l'absence doit durer, à cette farine, ou rouîna, il mêle des dattes pétries, et, contre la soif, du beurre. Un sac de moyenne grandeur, en sautoir sur le dos, contient la nourriture de vingt-quatre journées. Des pains ronds et plats, assez semblables à nos galettes, remplacent quelquefois la rouîna. Des dattes et de l'orge grillée, jetées négligemment dans le capuchon du burnous, suffisent au pasteur qui n'a pas à s'éloigner beaucoup. Il n'emporte pas même de chenna, de sac en peau non tannée, goudronné à l'intérieur et sur les coutures, avec les poils en dedans, fermé par une ouverture à patte et renfermant de l'eau de source. La plupart du temps il va pieds nus. Dans la saison des chaleurs torrides (juin, juillet, août), il porte une chaussure appelée torbaga, qui consiste en une semelle de peau de bœuf ou de chameau fixée au pied par cinq ou six ficelles. Pour l'hiver, il y ajoute des bandelettes de vieux burnous enroulées à mi-jambe jusqu'au genou, et ficelées de la même façon.

Sa houlette est un bâton (okkas), arme défensive contre les vipères, les scorpions et les chiens féroces de la montagne. Lorsqu'il amène son cheval aux pâturages, il ajoute aux provisions une part d'orge et de viande pour son compagnon, qu'il aime plus que lui-même. Les Kabyles, race primitive de l'Algérie, ancêtres des Arabes par les Berbères, présentent de singulières analogies avec les anciens Germains et les tribus franques. De même que nos Saliens et nos Ripuaires, ils se divisent en fractions de tribus, réunies entre elles par un lien fédératif. Les dignités et les pouvoirs publics se confèrent en assemblée générale; les élections ont lieu à la fin de l'été, à la mosquée, au marché ou bien au cimetière. Des compensations pécuniaires sont établies pour tous les délits. L'injure verbale se paye un bacita (2fr. 50); un soufflet, deux bacitas; une blessure, cinq bacitas; l'action de coucher en joue sans tirer, vingt bacitas; coup de feu et blessure, cent bacitas. La seule compensation du meurtre est la vendetta. Quand il n'y a pas d'homme dans la famille, la femme kabyle va chercher un vengeur dans une tribu voisine, à prix d'argent, et elle mendie pour payer sa dette. Quand la guerre sainte est prêchée dans la montagne, le Kabyle quitte son troupeau, et le berger devient l'intrépide combattant que nos soldats ont récemment admiré: il ne croit jamais pouvoir demander quartier sans déshonneur."

Repost 0
Published by froidefond - dans ALGERIE
commenter cet article
9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 22:50

Les juifs en Algérie. Cet article, tiré du Magasin pittoresque de mai 1871, se prolonge par l'évocation des fiançailles juives.

" Les juifs sont nombreux en Algérie et ils l'ont été de tout temps. Leur religion fut introduite dans ce pays par des émigrants qui, après avoir quitté la Palestine, formèrent d'abord des tribus indépendantes en Arabie, dans l'Hedjaz et l'Yémen, et de là passèrent en Afrique. La plus grande partie des Berbers la professaient au moment de l'invasion musulmane. A l'époque de la conquête française, les Israélites formaient un quart de la population d'Alger, les quatre cinquièmes de celle d'Oran. Le recensement qui fut fait en 1844 de la population des territoires civils constata la présence de 14.694 juifs. Il faut y ajouter ceux qui habitent les territoires administrés militairement dans les villages administrés militairement, tant du Tell que du Sahara: ils sont en bien plus grand nombre.

Quand les Français sont arrivés en Algérie, les juifs ont été les premiers médiateurs entre eux et les indigènes, parmi lesquels ils avaient obtenu depuis longtemps droit de cité, malgré la répugnance que les musulmans leur ont toujours témoignée. Ils sont partout restés interprètes, grâce à la remarquable faculté qu'ils ont d'apprendre toutes les langues, faculté en rapport avec leur merveilleuse aptitude commerciale qui a fait d'eux partout, après comme avant la conquête, les principaux agents de tous les genres de commerce et d'industrie. Depuis la vente des menus objets usuels dans l'échoppe en plein vent jusqu'aux grandes fournitures de l'administration française, il ne se fait guère d'affaire où quelqu'un d'eux ne soit mêlé. Beaucoup sont artisans de divers métiers dans de pauvres boutiques; quelques-uns se livrent au jardinage ou à l'agriculture, tantôt labourant pour leur propre compte, tantôt cultivant de compte à demi pour les Arabes des tribus.

Sous la domination des deys d'Alger, ils n'étaient point inquiétés dans la pratique de leur religion; ils jouissaient même d'une certaine liberté protégée par les lois; on ne pouvait réduire aucun d'eux en esclavage; mais cette protection ne les mettait pas à l'abri des plus indignes traitements, contre lesquels il ne leur était même pas permis de se défendre, car ils ne pouvaient porter aucune arme, pas même un bâton; il leur était interdit de monter à cheval, de porter des vêtements qui ne fussent pas noirs ou blancs. Ils payaient une taxe par tête et un double impôt sur toutes les marchandises qu'ils importaient; et s'il survenait quelque désordre, par exemple aux changements de règne, presque toujours causés par la violence, ils ne manquaient pas d'être les premiers pillés.

L'administration française leur a apporté un régime plus doux: elle leur a reconnu le droit de cité. Un conseiller israélite figure à côté du conseiller musulman et des conseillers européens dans toutes les municipalités algériennes: aussi n'en voit-on pas beaucoup, comme autrefois, émigrer en emportant d'Alger leur fortune toujours menacée. Dans l'intérieur de l'Algérie, ils se sont de tout temps mêlés plus facilement qu'à Alger même aux tribus arabes, dont ils ont adopté les usages, la manière de vivre, avec la souplesse qui caractérise leur race; et ils ont été assez aisément admis par la plupart de ces tribus. Il faut en excepter les Kabyles du versant nord du Jurjura, qui les ont toujours repoussés, parce qu'ils voient en eux des rivaux dans les industries de l'orfèvrerie et du colportage, auxquelles ils sont adonnés.

La race juive, en Algérie, est généralement pure: le teint, chez les femmes surtout, est resté blanc; le nez est aquilin, les cheveux et la barbe noirs, l'œil presque toujours d'une grande beauté; cependant, comme en d'autres pays, à côté de ce type, il en existe un autre d'une remarquable vulgarité d'expression.

La plupart des juifs établis dans les tribus portent le même costume que les indigènes, à de légères différences près. Les hommes remplacent le kheit, ou corde en poil de chameau qui entoure la calotte de drap noir ou rouge, ou de velours vert, servant de coiffure, par un mouchoir ou un turban noir, et les femmes évitent de se tatouer le visage, comme les indigènes, par respect pour la loi mosaïque, qui leur interdit ce genre d'ornement. Dans les grandes villes, quelques Israélites ont commencé à revêtir le costume français; mais eux qui ont opéré cette transformation sont encore en petit nombre. Presque tous portent l'ancien costume, qui se compose pour les hommes de plusieurs vestes et gilets de drap gris ou noir, d'un large pantalon qui s'attache autour des reins au moyen d'une ceinture ordinairement bleue. Les femmes ne sont pas, comme celles des Arabes, sévèrement voilées; elles vont partout le visage découvert. Elles portent sur la tête le sarmal, coiffure conique assez élevée, comme le hennin français du quinzième siècle ou comme le bonnet des Cauchoises. Cette coiffure riche est communément remplacée par un foulard mis en fanchon, dont la pointe retombe sur le cou. Les jeunes filles tressent leurs cheveux en longues queues, auxquelles elles attachent des rubans de couleur vive; elles portent sur le sommet de la tête de petites calottes en velours vert, ornées d'une houppe et de liserés d'or formant les côtes de cette espèce de bonnet grec. Les robes sont amples, sans ceinture et sans manches, ou garnies de manches très-courtes, qui laissent passer celles de la chemise, quelquefois rattachées derrière le dos."

Repost 0
Published by froidefond - dans ALGERIE
commenter cet article
9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 02:27

Une « Marseillaise » bachique.

Au hasard de mes lectures, j’ai découvert qu’il existait une version bachique de la Marseillaise, datant de 1793, écrite par Montaiglon et Sedaine (neveu du futur dramaturge), et intitulée la Marseillaise de la Courtille. A l’heure où le nationalisme, le militarisme ne sont plus guère de mode, je pense que ses paroles (reproduites ci-dessous) devraient remplacer celles que l’on chante (trop peu) de nos jours, sans en comprendre le sens.

Jean-Louis Charvet.

Refrain:

A table, citoyens,
Videz tous les flacons,
Buvez, mangez, qu'un vin bien pur
Humecte vos poumons !

- 1 -

Allons enfants de la Courtille,
Le jour de boire est arrivé,
C'est pour nous que le boudin grille,
C'est pour nous qu'on l'a conservé (bis)
Ne vois-tu pas dans la cuisine
Rôtir des Dindons et Gigots!
Ma foi, nous serions bien nigauds
Si nous leur faisions triste mine.

- 2 -

Décoiffons chacun sept bouteilles
Et ne laissons rien sur les plats.
D'amour faisons les sept merveilles,
Au milieu des plus doux ébats (bis).
Pour nous français ah, quel outrage,
S'il falloit rester en chemin
Que Bacchus par son jus divin
Élève encore notre courage

- 3 -

Tremblez Lapins, tremblez Volailles,
Ou bien prenez votre parti!
Ne tremblez que dans nos entrailles,
Pour apaiser notre appétit. (bis)
Tout est d'accord pour vous détruire,
Chasseurs et gloutons tour-à-tour,
Peut être viendra-t-il un jour
Où c'est vous qui nous ferez cuire.

- 4 -

Quoi des cuisines étrangères,
Viendraient gâter le gout français !
Leurs sauces fades ou légères
Aurait le veto sur nos mets (bis)
Dans nos festins quelle déroute !
Combien nous aurions à souffrir !
Nous ne pourrions plus nous nourrir
Que de fromage, ou de choucroute.

- 5 -

Amis, dans vos projets bachiques,
Sachez ne pas trop vous presser,
Épargnez ces poulets étiques,
Laissez-les du moins s'engraisser. (bis)
Mais ces chapons d'aristocrates,
Chanoines de la basse-cour,
Qu'ils nous engraissent à leur tour
Et n'en laissons rien que les pattes.

- 6 -

Amour sacré de la bombance,
Vient élargir notre estomac,
Quand on pense à panser sa panse
Faut-il consulter l’almanach. (bis)
Du plaisir de manger et boire
Nous te devons l’invention ;
Sauves-nous de l’indigestion
Pour que rien ne manque à ta gloire.

Repost 0
Published by froidefond - dans HISTOIRE
commenter cet article
9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 01:25

Inauguration de la statue de M. le baron de Ladoucette à Gap (Hautes-Alpes). Danses du Bacchu-bér, exécutées par des paysans du Pont-de-Cervières.

 

Le 23 septembre 1866 eut lieu à Gap, chef-lieu du département des Hautes-Alpes, l'inauguration de la statue de M. de Ladoucette, ancien préfet de ce département; il avait été nommé à ce poste en 1802, ^l'âge de 29 ans, et fit beaucoup de bien dans ce département, comme en témoignent les lignes suivantes, extraites du numéro du 20 octobre 1866 de l'Illustration:

" En quelques années, l'aspect du pays était complètement changé. Il l'avait trouvé dans un état pitoyable, et son activité intelligente l'avait régénéré. Des routes étaient tracées, des écoles instituées, des canaux creusés, des torrents encaissés; la première idée du reboisement des montagnes était émise; la création de nombreux bureaux de bienfaisance, d'hôpitaux, de maisons de refuge, de musées, donnait satisfaction à toutes les exigences, et, dans bien des circonstances, les premières dépenses de toutes ces créations bienfaisantes étaient supportées par le préfet lui-même."

Le lendemain de l'inauguration eut lieu un défilé dans lequel figurait un char de Bacchus; l'Illustration donna une description détaillée des danses qui furent exécutées à cette occasion:

"... Arrêtons-nous au char de Bacchus, qui mérite une mention toute particulière. L'escorte du char était formée par un groupe de jeunes gens et de quelques jeunes filles. Toute cette jeunesse villageoise était venue du Pont-de-Cervières, village situé à l'extrémité du département, pour danser les figures traditionnelles du Bacchu-bér, dans originale qui ne s'est conservée que dans ce hameau.

D'où vient cette danse? Les uns lui attribuent une origine romaine; d'autres la font remonter aux Grecs et lui donnent le nom de pyrrhique. Mais quelle que soit son antiquité, il est certain que les douze figures du Bacchu-bér qui ne se représentent que le jour de la fête patronale, ont un caractère à part qui les distingue complètement de nos danses modernes.

Cette pyrrhique exige onze danseurs, qui exécutent leurs figures au chant d'un groupe de femmes qui placent au milieu d'elles la plus âgée.

Ces danseurs ont la tête ceinte d'un bandeau doré et portent autour des reins une large ceinture rouge, une chemise blanche et un pantalon blanc. Ils sont armés d'épées larges et courtes, et décrivent douze figures d’un caractère différent. La onzième figure, qu’on appelle les carrés, représentée par notre gravure, montre tout ce qu’il y a de caractéristique et d’expressif dans cette danse antique, qui se transmet d’âge en âge dans ce coin retiré du pays. »

Pour en savoir plus sur cette danse, cliquer sur le lien suivant :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Bacchu-ber

 

Ladoucette, né à Nancy en 1772,  fut élevé à la dignité de baron en 1809. Il fut député de l’arrondissement de Briey entre 1834 et 1848.  Il mourut le 19 mars  1848 à Paris. Il écrivit notamment des poèmes, des livres d’histoire. Il fut l’un des fondateurs de la Société d’études des Hautes-Alpes.

Jean-Louis Charvet.

Repost 0
Published by froidefond - dans Hautes-Alpes
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de jlcharvet.over-blog.com
  • : Des poésies, des histoires, etc.....
  • Contact

Recherche