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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 23:13

L'homme peut-il se passer de viande?

 

"Le jeûne et l'abstinence, disent les défenseurs de ces pratiques, rompent la monotonie du régime et préservent du dégoût et de la satiété. Opposera-t-on à cette doctrine que nous ne sommes pas faits pour vivre exclusivement de végétaux et qu'il peut être nuisible pour la santé d'imposer à notre estomac la privation d'aliments carnés? La science a répondu à cette objection: L'homme n'est point naturellement carnivore, a écrit Flourens. Il n'est pas non plus essentiellement herbivore. Par son estomac, par ses dents, par ses intestins, l'homme est, de sa nature, frugivore. Mais une fois qu'il a eu trouvé le feu, une fois qu'il a su amollir, attendrir, préparer les substances animales et végétales par la cuisine, il a pu se nourrir de tous les êtres vivants et réunir ensemble tous les régimes. L'homme a donc deux régimes: un régime primitif, instinctif, et par celui-là il est frugivore; et un régime artificiel, dû tout entier à son intelligence, et par celui-ci il est omnivore. L'idéal serait de se nourrir exclusivement de fruits; mais on peut se rapprocher de cet idéal et, dans ce but, réduire, sinon supprimer complètement l'usage de la viande.

C'est à ce régime que s'étaient résignés la plupart de ceux qui ont mérité, pour d'autres vertus, d'être béatifiés. Les exemples abondent de bienheureux et de saints qui, de bonne heure, ont renoncé à l'alimentation carnée. Presque tous les ordres religieux l'ont proscrite et ont adopté le maigre.

Ne sait-on pas, en outre, que depuis des temps immémoriaux, les Indiens vivent exclusivement de laitage, de légumes, de fruits et de riz, et doivent à ce régime une grande douceur de caractère?

Pendant longtemps les disciples de Mahomet se sont abstenus de viande et de vin et, malgré ces privations, ils n'en ont pas été moins redoutables aux peuples de la chrétienté. Devons-nous rappeler que les prêtres égyptiens s'abstenaient pareillement de manger la chair de quelque bête que ce fût?"

... J.-J. Rousseau, en maints endroits de ses œuvres, se prononce en faveur de l'alimentation maigre. Voltaire partageait sur ce point le sentiment de son adversaire: "Il paraît utile, écrit-il, qu'il y ait un temps où l'on égorge moins de bœufs, de veaux, d'agneaux et de volailles."

Quant à Diderot, il a dit, en peu de lignes, ce qu'il y avait à dire:

"Le Carême que pratiquent lres chrétiens, à l'entrée du printemps, écrit l'auteur du Neveu de Rameau, semble ne devoir être regardé comme une loi de privations agréables à Dieu, qu'autant qu'elle est une leçon de tempérance, un précepte médicinal, une abstinence salutaire, qui tend à préserver des maladies de la saison, qui dépendent principalement de la surabondance des humeurs."

Diderot lisait dans l'avenir, dans un avenir proche; la Révolution, après avoir supprimé toutes les pratiques religieuses, devait maintenir, sous une autre forme, l'institution du Carême: le Carême civique, destiné à remplacer celui de l'Eglise, avait surtout pour but de diminuer la consommation de la viande, devenue une denrée dont la rareté doublait le prix.

"La religion, s'écriera Vergniaud, dans un de ses élans oratoires, a bien ordonné un Carême pour honorer la Divinité. Pourquoi la politique n'oserait-elle pas d'un moyen semblable, dans l'intérêt de la Patrie, pour arrêter, pendant un temps, la consommation de veaux (sic)?" (Moniteur, 20 avril 1793).

Dans une séance ultérieure, un autre député, Thuriot, renchérissait sur la proposition de son collègue; il demandait, sans sourciller, "que les citoyens de la République observâssent une abstinence nationale pendant le mois d'août... afin que les bestiaux puissent grandir."  (Moniteur, 11 juin 1793). En conformité de ce vœu, la section de l'Homme Armé prenait, le 20 juin, un arrêté décrétant un Carême civique de six semaines; le lendemain, la section de Montmartre décidait de faire maigre pendant le même temps.

L'année suivante, le Comité de salut public s'émouvait à son tour: le 21 janvier 1794, Barère, au nom du Comité présidé par Saint-Just, présentait un rapport dans le sens du projet de Vergniaud, concluant à ce que "les patriotes s'imposassent volontairement les privations nécessaires... le Carême étant d'ailleurs une institution puisée dans la nature."

Docteur Cabanès. Mœurs intimes du passé. Troisième série. Albin Michel. Paris.

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 19:16

Manger de l’ours !

 Comme je l’indiquai dans un précédent article de ma rubrique gastronomique, je possède un exemplaire du  Livre de recettes culinaires offert par les Établissements Cabassu, rue Bonneterie (face les Halles), édité à Avignon dans les années 1930. On y trouve notamment cette mention étonnante (que je souligne) qui  suit la recette de la selle de chevreuil:

 

Le sanglier.

Ainsi que l'ours , se prépare de même, en prolongeant la marinade d'au moins deux jours. Le temps de rôtissage des viandes se rapporte à celui de la viande de bœuf.

 

Je trouve  dans le numéro du 17 mars 1888 de la revue La Nature un article sur les ours noirs d’Amérique dont j’extrais les lignes suivantes :

 

 La langue et les pieds du Baribal  sont encore très estimés, les jambons passent pour aussi savoureux que les jambons de Westphalie, et les filets peuvent être mangés frais ou boucanés; mais la graisse n'a pas bon goût et ne peut être employée que pour l'éclairage.

Bon appétit !

Jean-Louis Charvet.

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10 décembre 2012 1 10 /12 /décembre /2012 03:00

 

Un texte de Robespierre sur la mort d’Agricol Viala, né le 22 septembre 1780 à Avignon et mort le 6 juillet 1793 à Caumont-sur-Durance.

J’ai acheté récemment quelques brochures de l’époque de la Révolution française ; parmi elles, un rapport fait le 18 floréal de l’an II à la Convention nationale par Maximilien Robespierre « Sur les rapports des idées religieuses &  morales avec les principes républicains, & sur les fêtes nationales ».

J’en extrais les lignes suivantes, consacrées à Agricol Viala :

«  Par quelle fatalité ou par quelle ingratitude a-t-on laissé dans l'oubli un héros plus jeune encore et digne des hommages de la postérité ? Les Marseillais rebelles, rassemblés sur les bords de la Durance, se préparaient à passer cette rivière pour aller égorger les patriotes faibles et désarmés de ces malheureuses contrées ; une troupe peu nombreuse de républicains, réunis de l'autre côté, ne voyait d'autre ressource que de couper les câbles des pontons qui étaient au pouvoir de leurs ennemis : mais tenter une telle entreprise en présence des bataillons nombreux qui couvraient l'autre rive, et à la portée de leurs fusils, paraissait une entreprise chimérique aux plus hardis. Tout à coup un enfant de treize ans s'élance sur une hache; il vole au bord du fleuve, et frappe le câble de toute sa force. Plusieurs décharges de mousqueterie sont dirigées contre lui : il continue de frapper à coups redoublés; enfin, il est atteint d'un coup mortel; il s'écrie : « Je meurs, cela m'est égal; c'est pour la liberté. » Il tombe; il est mort !... Respectable enfant, que la patrie s'enorgueillisse de t'avoir donné le jour ! Avec quel orgueil la Grèce et Rome auraient honoré ta mémoire, si elles avaient produit un héros tel que toi !

Citoyens, portons en pompe ses cendres au temple de la gloire ; que la République en deuil les arrose de larmes amères ! Non, ne le pleurons pas; imitons-le, vengeons-le par la ruine de tous les ennemis de notre République. »

Le texte est suivi de la note suivante (orthographe de l’époque respectée) :

« Le nom de ce héros est Agricola Viala. Il faut apprendre ici à la république entière deux traits d’une nature bien différente.

Quand la mère du jeune Viala apprit la mort de son fils, sa douleur fut aussi profonde qu’elle étoit juste. Mais ; lui dit-on, il est mort pour la patrie ! Ah, c’est vrai, dit-elle, il est mort pour la patrie. Et ses larmes se sécherent.

L’autre fait, c’est que les Marseillois rebelles ayant passé la Durance, eurent la lâcheté d’insulter aux restes du jeune héros, et jeterent son corps dans les flots. »

Certains prétendent que le jeune Viala aurait montré ses fesses aux Marseillais. Je crois qu’il existe toujours une controverse sur ceci.

Pour qui voudrait découvrir l’intégralité du texte de Robespierre, que je commenterai ultérieurement, voici un lien utile :

http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/eglise-etat/robespierre__18-floreal-anII.asp

Jean-Louis Charvet.

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 23:32

Les coureurs ( peichs) du Grand Turc.

Le Grand Turc (c’est ainsi qu’on appelait autrefois l’empereur ottoman) disposait de 80 à 100 coureurs chargés de porter rapidement ses messages à leurs destinataires ; très souvent d’origine persane, ils divertissaient en outre Sa Hautesse par leurs cabrioles, sauts et gambades ; galopant toujours nu-pieds, ils avaient des cals tellement importants qu’on les ferrait comme les chevaux ; ils avaient dans la bouche des petites balles d’argent creuses et percées de trous qu’ils mordillaient, tels les chevaux leur mors ; des clochettes et grelots attachés à leur ceinture et à leurs jarretières signalaient leur approche ; la gravure ci-dessous, exécutée au XV° siècle, montre quel était leur costume.

Jean-Louis Charvet.

Source : Guillaume Depping. Merveilles de la force et de l’adresse. Bibliothèque des merveilles. Hachette. Paris. 1886.  

coureur-du-Grand-Turc-001.jpg

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8 décembre 2012 6 08 /12 /décembre /2012 18:14

Un  « passage de la Ligne » au XIX° siècle.

J’ai acheté aujourd’hui, entre autres livres, l’un de ces petits ouvrages cartonnés que l’on offrait autrefois aux meilleurs élèves, lors des distributions des prix ; ouvrages de morale, d’histoire, ou récits de voyages ; il est intitulé « Le petit matelot ou voyage dans l’Océanie » (auteur : E.-H. de Mirval) et doit dater de la deuxième moitié du XIX° siècle. J’en tire la description du passage de la Ligne ; c’est à peu près ce que je connus sur le porte-hélicoptères Jeanne d’Arc, où je servis comme matelot en 1976-1977. Mais, jusqu’à une époque que je ne saurais préciser, la Ligne était le tropique du Cancer, et non, comme de nos jours,  l’Equateur, que je franchis entre Amérique du Sud et Polynésie.

Jean-Louis Charvet.

«…  Une autre scène, dont je fus un des acteurs principaux, vint peu de jours après, faire diversion à mes travaux de marin. Nous étions loin, bien loin en mer, peut-être à plusieurs milliers de lieues de votre baie de Cancale ; enfin nous venions de passer la Ligne du Tropique ; et nos matelots se préparaient à la bizarre et grotesque cérémonie qu’on appelle le baptême de la Ligne, baptême que l’on administre à ceux qui ne l’ont pas encore reçu, c’est-à-dire qui font ce passage en mer pour la première fois. Or, je me trouvais dans ce cas-là.

J’aurais bien pu m’affranchir de cette cérémonie en donnant quelque argent à l’équipage, ainsi que le firent plusieurs de nos passagers. Mais je savais, par ouï-dire, que cette farce ne laissait pas d’être fort amusante, j’aurais donc été bien fâché de m’y soustraire.

D’abord mes camarades mirent sur le tillac du vaisseau des bailles (moitiés de tonneaux en forme de baquets) pleins d’eau à tribord et à babord ; puis ils se rangèrent en haie près de ces bailles, et un seau d’eau à la main. Le maître-valet parut alors au pied du grand mât, ayant le visage barbouillé et quantité de garcettes (petites cordes) sur le corps, suivi de quelques matelots équipés de même. Il tenait entre les mains quelque livre de marine pour imiter le missel. Les choses ainsi disposées, on me fit mettre à genoux devant le maître-valet, qui, me faisant poser les mains sur le livre, me fit jurer d’exercer les mêmes choses qu’on allait exercer sur moi toutes les fois que l’occasion de baptiser quelqu’un se présenterait. Après cela on m’ordonna de me lever et de marcher vers l’avant du bateau entre les bailles, où des gens de l’équipage m’attendaient avec des seaux pleins d’eau qu’ils me versèrent sur le corps. Ce fut de cette manière que je reçus le baptême du Tropique ; ainsi ondoyé, je pouvais en toute sûreté me lancer dans l’hémisphère austral.

Une mascarade fort bouffonne se joignit à la cérémonie. C’étaient le bonhomme La Ligne et sa vénérable épouse, traînés sur un affût qu’on avait transformé en charriot. Le pauvre vieillard, afin de se garantir de la chaleur du soleil, avait douze peaux de mouton sur le corps, une perruque de chanvre sur la tête,  et au-dessus un  beau diadème aux lames d’argent ; son épouse, aussi grotesquement accoutrée, montrait des mains écaillées comme la peau d’un rhinocéros. C’étaient les deux plus anciens matelots de l’équipage. D’autres personnages allégoriques se groupaient autour d’eux ; l’un, en chapeau à panaches, habit brodé et vieilles épaulettes de colonel, représentait l’Europe ; puis venaient l’Asie, l’Afrique et l’Amérique, avec des bandeaux de taffetas jaune, surmonté de plumes de canard, bronzées ou noires toutes les trois, grâce à une décoction combinée de suie ou de goudron.

Quelques mousses me succédèrent pour la cérémonie du baptême ; on se contenta de les mettre sur un panier entouré de bailles pleines d’eau, où tout l’équipage vint puiser pour les baptiser. Mais on gardait, comme le bouquet de la fête, quelques passagers qui n’avaient pas voulu accommoder l’affaire pour quelques pièces d’argent, et l’on s’apprêtait à les baptiser en conséquence ; heureusement ils se ravisèrent,  et consentirent à payer leur passeport pour l’autre hémisphère.

Mais ce n’est pas tout encore. A peine même eûmes-nous tous payé notre tribut, qu’un signal fut donné, et qu’à l’instant eut lieu une aspersion horizontale et perpendiculaire. Trente seaux tenus en réserve dans les hunes tombèrent en cataracte sur le pont : tout fut inondé, passagers, officiers, matelots, mousses. L’eau fendait l’air dans toutes les directions : de l’avant vers l’arrière, c’était un véritable déluge ; et vous pourriez difficilement vous faire une idée du désordre et de la confusion qui résultaient de cette saturnale aquatique. On voyait épars çà et là sur le pont, la défroque du bonhomme la Ligne et celle de son épouse ; ici les peaux de mouton, là la barbe ; plus loin la perruque, ailleurs le diadème.

Quelle étrange et vexatoire que soit le baptême du Tropique administré de cette manière, il s’en faut de beaucoup qu’il soit aussi désagréable que chez beaucoup d’autres nations, où l’on avait  coutume de baptiser un homme en le plongeant subitement dans la mer.

Je vais vous dire maintenant, mes bons amis, ce que l’on croit de l’origine de cet usage. Il paraît qu’il vient de ce que tous les pays qui se trouvent sous la Ligne ayant été longtemps considérés comme inhabitables, les premiers qui furent assez audacieux pour y pénétrer tirèrent de cette circonstance une allusion à l’entrée dans un nouveau monde, et, procédant comme les chrétiens à l’égard de leurs enfants, imaginèrent de consacrer leur prise de possession par une cérémonie à laquelle ils appliquèrent les formes et le nom du premier sacrement de notre Eglise. Nous autres matelots, nous sommes bien ignorants et bien grossiers, surtout quand nous avons pris du rhum et de l’eau-de-vie outre mesure. Mais je puis vous assurer qu’aucun de mes camarades n’a l’intention de ridiculiser les cérémonies de l’Eglise. Non, ils suivent tout machinalement le règlement imposé par l’usage ; ils ne voient dans ce baptême qu’une occasion de s’amuser quelques heures ; ce qui est bien pardonnable à une si grande distance de la terre. Il serait, ce me semble, bien désirable qu’on ne se laissât pas ainsi aller à faire la parodie des choses saintes. Mais sur mer comme sur terre, l’usage est un tyran qui n’entend point raison. »     

Ci-dessous, un détail de mon certicat de baptême, délivré le 5 décembre 1976: PASSAGE LIGNE 1976 001      JEAN LOUIS CHARVET MATELOT

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 20:13

Joseph Talon, de Saint-Saturnin-lès-Apt, « industriel » de la truffe.

Au hasard de mes lectures, je découvris les renseignements suivants, dans l’article intitulé « Au pays des truffes », d’Henri Coupin, paru dans la revue « Le Monde Moderne », numéro de mars 1901 :

« L’an X de la République française, savoir en 1802, suivant quelques-uns, seulement vers 1808 ou 1810, suivant d’autres, Joseph Talon, fils de Pierre, de Saint-Saturnin-les-Apt, sema des glands dans une parcelle rocailleuse de terre avoisinant sa maison. Quelques années plus tard, il récoltait des truffes sous ses petits chênes : le rusé paysan avait reconnu la valeur de sa découverte, qu’il résolut d’exploiter secrètement, en la dissimulant. Ayant acheté des terres sans valeur, de son entourage, il y fit des peuplements avec les glands qu’il récoltait, en se cachant, sur tous les chênes ayant truffière à leur pied, et bientôt, il put faire d’abondantes récoltes de truffes. Mais le fils de Pierre avait un cousin, Joseph Talon, fils d’Antoine, non moins madré, qui surprit son secret, acheta aussi des rocailles à bon marché, planta des glands et eut beaucoup de truffes ; ce que firent dès lors tous ses voisins. Bientôt on ne comptait plus les truffières ainsi obtenues dans les départements de Vaucluse et des Basses-Alpes. »

Une information de plus sur le mode de vie d’une partie de ma famille maternelle, à St Saturnin.

Pour les amateurs de généalogie, je signale que l’on trouve cette personne dans le précieux site de Robert Rey sur GENEANET.

Jean-Louis Charvet.

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 09:39
Modeste contribution à la paix des ménages (par la cuisine).
Du volume de l’Encyclopédie populaire illustrée consacré à la cuisine (Paris 1899), j’extrais les lignes suivantes de l’article « Art culinaire en France » :
« … Combien il y a de jeunes femmes qui n’ont pas eu les moindres notions culinaires avant leur mariage ? Le nombre en est grand, et grand est leur embarras lorsqu’elles sont mises ...
tout à coup en face de la préparation des repas de leur ménage. Elles apprennent tant bien que mal l’apprêt et la cuisson d’un pot-au-feu, d’un bifteck, d’une côtelette, et c’est tout. L’estomac se fatigue des aliments trop souvent répétés et mal cuisinés, puis vient l’inappétence, le dégoût, la dyspepsie, l’indigestion, tous inconvénients nuisibles à la santé. Tandis que la variété des mets conserve l’appétit et évite les indispositions.
… Si un homme, habitué à la mauvaise cuisine, trouve un bon repas ailleurs, il y retourne, et petit à petit, sans préméditation, mais par besoin de l’estomac, il délaisse son intérieur. De là des plaintes de la femme et la bisbille entre les époux. A qui la faute, sinon à la femme qui n’a pas su s’acquitter convenablement de la tâche qui lui incombe ? »
De tels propos, aussi anciens sans doute que l’institution des belles-mères, sont toujours tenus de nos jours. Il conviendrait sans doute de les moderniser, le partage des tâches ménagères étant (légèrement) différent de ce qu’il était il y a 113 ans. On peut aujourd’hui inviter les hommes à soigner leur conjoint(e) « aux petits oignons » pour le (la) conserver fidèle.
A l’approche des fêtes de fin d’année, j’offre à mes lecteurs la recette du foie gras aux truffes, tirée du même ouvrage :
« Le foie d’oie est moins délicat que le foie de canard, mais il a un précieux avantage : il fond moins à la cuisson. Ce délicat morceau est des plus difficiles à cuire, et provoque des lamentations homériques quand, le moment venu de le servir, on constate avec une réelle stupéfaction qu’il a fondu. Afin d’éviter ce désagrément, il faut choisir le foie un peu fort, de 600 à 800 gr., blanc, pas trop sec, le doigt laissant l’empreinte d’une cupule au toucher. Pour le cuire, on doit l’envelopper de bardes de lard minces, ou de crépinette de porc frais ; le ficeler et le poser dans une casserole où il entre un peu juste ; le recouvrir de saindoux vierge, si on ne possède de la graisse d’oie ; ajouter un bouquet garni, quelques grains de poivre et les pelures de 100 gr. De truffes fraîches. Cuire au four doux et au bain-marie pendant une heure et demie.
Cuisson de la truffe. 2 décil. de bon jus, 1 de madère, un peu de cognac, sel et poivre. Ajouter la truffe escalopée en lames ou entière, clore hermétiquement et cuire dix minutes.
La sauce. Fondre 30 gr. de beurre, y mêler 20 gr. de farine, roussir un peu, mouiller avec la cuisson des truffes et remuer une minute.
Service. Enlever les bardes du foie avec soin afin de ne pas le blesser ; le poser sur un plat rond, arroser avec le quart de la sauce, servir le reste en saucière.
Le foie se découpe à la cuiller. »
J’espère que cette invitation à essayer cette recette ne provoquera aucune scène de ménage, due à la maladresse de l’exécutant (e), ou à un débat sur le sort des volatiles qui nous procurent tant de délices ; en ce qui concerne ce dernier point, j’invite mes lecteurs à consulter, pour débuter leurs réflexions, le site Internet suivant :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Controverses_sur_le_gavage_des_oies_et_des_canards
Jean-Louis Charvet.
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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 13:54

« Moyen d’avoir de beaux Enfans.

L’influence de l’imagination des mères sur les enfans qu’elles portent dans leur sein, est une opinion de tous les temps & de tous les lieux, sans qu’on puisse encore prononcer si elle est vraie & jusqu’à quel point elle est vraie. On ne peut pas douter qu’il n’y ait des faits dont on peut conclure cette influence ; mais il y en a encore plus qui démontrent qu’elle n’est pas générale ni même commune. Reste à penser que les observations frappantes qui paroissent indiquer l’influence de l’imagination des mères sur le fœtus, sont des événements fortuits comme deux feuilles, deux animaux, deux hommes qui se ressemblent. Cependant voici un fait publié par un Médecin favorable à l’influence de l’imagination ; il connoît une famille dont les enfans sont des modèles de beauté, quoique leurs père & mère ne soient rien moins que beaux ; la mère, ajoute-t-il, avoit passé la plupart du temps de sa grossesse dans un appartement orné de très beaux portraits, & ayant fixé souvent les yeux sur celui qui lui avoit été indiqué pour chaque enfant, leur ressemblance avec ces portraits fut frappante. »

J’ai extrait le texte ci-dessus du tome I de 1786 de la Bibliothèque physico-économique publiée à Paris.

Jean-Louis Charvet.

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 23:45

Psychothérapies efficaces…

« Convulsions que savoit se procurer une jeune Fille, & qui en occasionnèrent d’involontaires à ses Compagnes, avec l’indication d’un remède assez sûr en pareil cas.

Une jeune Fille, Pensionnaire au Couvent de l’Abbaye de Saint-Julien, s’ennuyoit de la retraite ; & pour forcer ses parens à la retirer, feignit des convulsions qu’elle eut l’art de rendre si naturelles en apparence, qu’on les crut naturelles. La plupart de ses compagnes, frappées de ces agitations, tombèrent réellement en convulsions. L’alarme étoit générale : l’application d’un remède qui ne fut pas tiré de nos Pharmacies, opéra une guérison complette.

Le père de la Pensionnaire, qui étoit un artisan riche & plein de bon sens, mais un peu brutal, sollicita & obtint la permission d’entrer près de sa fille : il avoit, disoit-il, un remède qui la guériroit sûrement, & il tint parole.

Ce remède étoit un nerf de bœuf : il en régala la malade sans être arrêté par ses cris. Les convulsions n’eurent pas de retour, & la crainte du même remède opéra la guérison de toutes les autres convulsionnaires.

N.B. On trouvera le remède un peu violent, mais aux grands maux les grands remèdes. L’efficacité de celui-ci peut en faire tolérer l’usage, d’autant mieux qu’on ne doit pas être dans le cas de l’employer deux fois pour le même sujet. M. Boerhaave a réussi à faire cesser les convulsions des Orphelines à Harlem, en effrayant ces jeunes filles, par la crainte d’être tenaillées aux bras avec des tenailles qu’on entretenoit rouges dans un brasier qui étoit dans leur salle. J’ai vu ces convulsions cesser chez une jeune personne par la crainte d’être mise au Couvent. Au reste, ces moyens valent infiniment pour prévenir le retour de ces accidens, & conserver les mœurs, que de faire regarder entre deux yeux, de faire frotter, tâter, manier par un jeune magnétiseur. »

J’ai tiré ce texte du premier tome de la Bibliothèque physico-économique, paru à Paris en 1786, dont l’un des rédacteurs était Parmentier, l’ « inventeur » de la pomme de terre.

Jean-Louis Charvet.

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 10:04

Fais-moi l’amour ou je divorce ?

 

Avec Jean Louis CHARVET, magistrat honoraire.

 

 La 77ème  soirée du café Forum aura lieu le Mercredi 14 novembre  2012 à 20H30.

 

« Au rendez-vous », 5 rue des teinturiers, à Avignon.

Entrée libre. Consommation : 4euros.

 

 

 

cafeforum.wordpress.com

 

“Madame, will you take the matrimonial position ?”.  Conscients de leurs obligations maritales et mûs par les nécessités de la nature, les puritains anglo-saxons connaissaient la formule magique  pour ne pas perdre la face.  Leur aversion pour le plaisir, fut-il sexuel, ne leur avait pas fait oublier que les hommes sont des mammifères sexués qui ont besoin des deux sexes pour assurer la pérennité de l’espèce.

 

Dans la sphère publique il est facilement possible de tricher, de donner le change, de passer pour un autre que soi même. La vérité se révèle dans l’intime. Psychologiquement exposé et physiquement nu, le regard de l’autre vous est un miroir, qui parfois glace. Le désir peut errer et ne pas se poser là où il devrait, là où serait sa légitimité. Notre temps a considérablement élargi la part du légitime. Il est possible d’aimer aussi bien d’amour hétéro qu’homo, d’aimer avec une différence d’âge certaine, d’aimer de couleur différente, d’aimer de rang social différent sans qu’il soit illégitime d’aimer. L’illégitime et l’illégal sont réservés à l’inceste, à la pédophilie et à la zoophilie. Manifestement  en dehors de ces restrictions tout est permis. Nul ne sera condamné.

 

Mais à contrario, ne pas aimer d’amour physique est parfois répréhensible.  Ainsi, en 2011, la cour d’appel d’Aix en Provence condamna à tort exclusif un homme au divorce et à verser 10.000€ de dommages et intérêts à son ex-épouse au motif qu’il ne lui a pas assez fait l’amour durant leur vingt et un ans de mariage. Il faut donc comprendre que dans le modèle officiel, la sexualité matrimoniale prend la forme d’un devoir. Les conjoints se doivent non seulement fidélité mais aussi sont débiteurs l’un à l’égard de l’autre d’un service en nature. D’ailleurs, le tribunal de Saintes a établi en 1992, que la moyenne relevée en général dans les couples français est d’un rapport par semaine. On peut donc en conclure que l’inflation sexuelle est aussi condamnée.

 

Aspirer au mariage serait ce donc accepter que notre vie sexuelle soit soumise à une régulation législative ? Que cache l’institution du mariage pour que la société par le truchement de la loi soit aussi intrusive dans les alcôves ? Quels liens la loi de la république entretient-elle avec le droit canon dans la législation du mariage ? Le mariage est-il à comprendre comme la reconnaissance publique d’un amour avec ses obligations légales  intimes ? Ou bien le mariage est-il  l’institution cadre de la procréation codifiée par la loi pour ne pas perdre le fil de l’hérédité ?

 

 

  François FAURE 

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