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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 01:46

Vauvenargues, ou les plaisirs mystérieux.

 

 

Un coeur stoïque et tendre, et qui, maître de lui,

Insensible à ses maux, sentait tous ceux d'autrui.

Marmontel (Epître à M. de Voltaire).

 

 

Tout près de l'Hôtel de ville d'Aix en Provence, le long de la Halle aux grains, une petite rue porte le nom de Vauvenargues, en mémoire de Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues qui y naquit, le 6 août 1715, au numéro 26.

Cet honnête homme aurait pu devenir magistrat, courtisan (ou les deux...); il fut soldat, de l'âge de dix-huit ans à celui de vingt-huit; il combattit en Italie, en Bohème.

Il mourut à trente-deux ans.

Il ne connut, durant cette brève vie, ni la gloire, ni la richesse, ni, peut-être, le bonheur.

Mais il put, malgré les charges de son état, malgré les maladies qui l'accablèrent tant (en particulier, il eut les jambes gelées durant la retraite de Prague) , écrire de nombreux ouvrages, parmi lesquels:

- une Introduction à la connaissance de l'esprit humain;

- des Réflexions sur divers sujets;

- des Conseils à un jeune homme;

- des Essais sur quelques caractères;

- des Réflexions et maximes.

Il eut des amis de grande qualité, notamment:

- Jules François Paul Fauris, seigneur de Saint-Vincent, de Noyers et de Saint-Clément (1718-1798), conseiller, puis président à mortier du parlement de Provence;

- Jean Pierre François de Ripert, marquis de Monclar, procureur général près le même parlement;

- le marquis de Villevieille;

- La Boulie, d'une famille de magistrats;

- Marmontel;

- Voltaire.

Rien de moins romanesque que sa vie, du moins ce que l'on en connaît.

Peut-être n'aima-t-il d'amour qu'un seul être, Paul Hippolyte Emmanuel de Seytres; voici la courte notice biographique relative à ce personnage, contenue dans l'édition de 1874 des oeuvres de Vauvenargues:

Paul Hippolyte Emmanuel de Seytres, fils aîné de Joseph de Seytres, marquis de Caumont, académicien correspondant honoraire de l'Académie des inscriptions et belles-lettres de Paris et académicien de celle de Marseille, et d'Elisabeth de Donis, naquit le 13 août 1724. Il entra dans le régiment du Roi, et s'étant trouvé à l'invasion de la Bohème, il mourut à Prague au mois d'avril 1742. Il n'avait pas encore dix-huit ans, et il est peut-être sans exemple qu'à cet âge un jeune homme ait eu le bonheur d'acquérir un ami si digne de faire son éloge.

L'Éloge de Seytres est, en effet, avec les pages que Montaigne écrivit sur son ami La Boëtie, l'un des plus beaux textes sur l'amitié.

Mais celui pour qui l'amitié fut sans doute la passion dominante en connaissait bien les ressorts, et les limites. Voici ce qu'il en disait, dans son Introduction à la connaissance de l'esprit humain:

C'est l'insuffisance de notre être qui fait naître l'amitié, et c'est l'insuffisance de l'amitié même qui la fait périr.

Est-on seul? on sent sa misère, on sent qu'on a besoin d'appui; on cherche un fauteur de ses goûts, un compagnon de ses plaisirs et de ses peines; on veut un homme dont on puisse posséder le coeur et la pensée. Alors l'amitié paraît être ce qu'il y a de plus doux au monde. A-t-on ce qu'on a souhaité, on change bientôt de pensée.

Lorsqu'on voit de loin quelque bien, il fixe d'abord nos désirs; et lorsqu'on y parvient, on en sent le néant. Notre âme, dont il arrêtait la vue dans l'éloignement, ne saurait s'y reposer quand elle voit au delà: ainsi l'amitié, qui de loin bornait toutes nos prétentions, cesse de les borner de près; elle ne remplit pas le vide qu'elle avait promis de remplir; elle nous laisse des besoins qui nous distraient et nous portent vers d'autres biens.

Alors on se néglige, on devient difficile, on exige bientôt comme un tribut les complaisances qu'on avait d'abord reçues comme un don. C'est le caractère des hommes de s'approprier peu à peu jusqu'aux grâces dont ils jouissent; une longue possession les accoutume naturellement à regarder les choses qu'ils possèdent comme à eux; ainsi l'habitude les persuade qu'ils ont un droit naturel sur la volonté de leurs amis. Ils voudraient s'en former un titre pour les gouverner; lorsque ces prétentions sont réciproques, comme on le voit souvent, l'amour-propre s'irrite, et crie des deux côtés, produit de l'aigreur, des froideurs, et d'amères explications, etc.

On se trouve aussi quelquefois mutuellement des défauts qu'on s'était cachés; ou l'on tombe dans des passions qui dégoûtent de l'amitié, comme les maladies violentes dégoûtent des plus doux plaisirs.

Aussi les hommes extrêmes ne sont pas les plus capables d'une constante amitié. On ne la trouve nulle part si vive et si solide que dans les esprits timides et sérieux, dont l'âme modérée connaît la vertu: car elle soulage leur coeur oppressé sous le mystère et sous le poids du secret, détend leur esprit, l'élargit, les rend plus confiants et plus vifs, se mêle à leurs amusements, à leurs affaires et à leurs plaisirs mystérieux: c'est l'âme de toute leur vie.

Les jeunes gens sont aussi très-sensibles et très-confiants; mais la vivacité de leurs passions les distrait et les rend volages. La sensibilité et la confiance sont usées dans les vieillards; mais le besoin les rapproche, et la raison est leur lien; les uns aiment plus tendrement, les autres plus solidement.

Le devoir de l'amitié s'étend plus loin qu'on ne croit: nous suivons notre ami dans ses disgrâces; mais dans ses faiblesses nous l'abandonnons; c'est être plus faible que lui.

Quiconque se cache, obligé d'avouer les défauts des siens, fait voir sa bassesse. Etes-vous exempt de ces vices? déclarez-vous hautement; prenez sous votre protection la faiblesse des malheureux; vous ne risquez rien en cela: mais il n'y a que les grandes âmes qui osent se montrer ainsi. Les faibles se désavouent les uns les autres, et se sacrifient lâchement aux jugements souvent injustes du public, ils n'ont pas de quoi résister, etc.

Jean-Louis Charvet.

 

 

Ouvrages consultés.

- Oeuvres morales de Vauvenargues (précédées d'une notice sur Vauvenargues par Suard). Paris. E. Plon et compagnie, éditeurs. 1874.

- Maurice Paléologue. Vauvenargues. 2° édition. Hachette. Paris. 1909.

- Vauvenargues. Oeuvres choisies. Édition établie, préfacée et annotée par Michel Mohrt. Collection "Les Portiques". Le Club Français du Livre. 1957.

 

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 22:09

Ces jouets que nous sommes.

 

 

Fou d' échiquier géant, avançant, reculant de travers,

Ou pion sans espoir d'avancer à grands pas,

Ou cavalier servant de distantes maîtresses

Au chemin différent, parallèle;

Où est ta rencontre, où est ton repos?

 

Morceau de carton colorié,

Trouveras-tu ta place dans cet immense puzzle

Dont tu n'as pas le plan?

Tu cherches à t'accoler à qui te ressemble;

Mais n'est-ce pas le piège que l'on te tend?

 

Carte d'un jeu cruel dont tu ne sais les règles,

Désirée, attendue, jetée avec mépris.

Tu

Je

Il

Nous...

Conjuguons nos hasards

Jetons les dés

Battons les cartes...

 

Jean-Louis Charvet, Avignon, samedi 16 juin 2001.

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 22:05

Interrogations d'un poète.

 

 

Pourquoi poétiser?

Le monde est laid, pesant, obscur,

Les canons tonnent,

Le pauvre dans la rue tremble de froid,

Les canons tonnent,

Dans les parcs ombragés, de beaux adolescents achètent la mort lente

Et se gavent d'un lait

Empoisonné.

Pourquoi poétiser?

Il y a toujours des soleils couchants,

Des roses écloses,

Et tous ces braves gens qui d'un mot, d'un baiser,

Font de prose un sonnet.

Pourquoi poétiser?

Pour laisser, quelques siècles durant, une tache étoilée sur des livres jaunis?

Pour laisser, mais pour quelle durée, son nom en bonne compagnie,

Apollinaire, Saint John Perse, Valéry, mes semblables, mes frères?

Tromperie.

Tromperie de moi-même, frelaterie des mots,

Qu'ai-je écrit?

Un sonnet ou une çonnerie?

Réponds, lecteur, et à ton tour écris.

 

 

Jean-Louis Charvet, 18 novembre 1991.

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 02:05

 

 

 

Départs.

On croit laisser, derrière soi, la monotonie, la grisaille.

Les peines.

Son passé.

Ses soucis.

On a choisi un lieu, un pays merveilleux.

On part, pour quelques jours ou pour un mois.

On part seul, ou à deux.

Ou en groupe qui, peu à peu, de juxtaposition d'inconnus, deviendra famille, famille unie ou nœud de vipères. Avec ses boute-en-train, ses toujours mécontents, celui ou celle qui reste à part.

Comme à l'école.

On arrive désormais vite à l'Eldorado.

Sans préparation, sans transition.

Passant de la froidure à la canicule, de l'humidité à la sécheresse, d'un siècle à l'autre.

On s'émerveille, parfois de ce que l'on pourrait voir au coin de sa rue.

On cherche à comprendre.

On découvre des mets, des parfums, des couleurs.

On espère rencontrer, au coin d'une rue, ou même dans le désert, la belle étrangère, le bel étranger qui ensoleillera nos soirs d'hiver.

On photographie.

On se photographie.

On se fait photographier.

On gravit des collines dénudées, on monte des marches par centaines, parfois en les comptant, on descend dans des grottes.

Le soir, on se repose dans des hôtels de luxe. Au bord de la piscine, la lumière est faible, l'air doux, tout est calme.

On fait des rapprochements: cela me fait penser à, cela ressemble à...

On critique, ou on loue, exagérément.

On s'instruit, sur l'histoire, les mœurs et les arts.

On achète des petits objets, toujours bon marché.

On rentre chez soi.

On classe les photos, on les commente.

On les montre aux amis qui, toujours, ont vu plus beau, plus rare que ce que l'on a vu.

L'an prochain, on partira plus loin.

Entre temps, on voyage; dans ces mondes que l'on s'est construits: sa maison, son esprit, son jardin, son couple, sa famille.

Parfois dans le pays de Tendre, parfois dans un désert aride.

Sans guide; en trouverons-nous un, un jour?

 

 

Jean-Louis Charvet. Avril 1999.

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 01:53

 

 

Pâles hommes du nord, vous qui n'avez dans l'âme

Qu'un amour passager, frivole, abâtardi,

Oh! vous ne savez pas ce qu'est l'amour de flamme

Des enfants du midi!

 

Louise Colet, extrait du poème Gros et Léopold Robert (1840).

 

 

En 2010, on commémorera, peut-être, le bicentenaire de la naissance de Louise Colet. Les quelques lignes qui suivent en donneront, peut-être, l'idée aux autorités compétentes.

En 1811, Antoine Revoil, directeur des postes d'Aix, acheta une partie de l'hôtel de Lestang-Parade, 20 rue de l'Opéra, qui avait été la demeure, durant tout le XVIII° siècle de membres de la famille de Benault-Lubières, tous magistrats au Parlement d'Aix. C'est là que grandit Louise, la fille que son épouse, issue comme lui d'une famille noble, lui avait donnée, le 15 septembre 1810.

La famille maternelle de l'enfant ( les Le Blanc) possédait le château de Servanes à Mouriès. Dans ce domaine aux magnifiques jardins, Louise passa une partie de l'année durant son enfance, puis habita quelques années. Elle épousa à Mouriès, le 5 décembre 1834, un flûtiste, Hippolyte Colet. Seuls les parents du marié assistèrent à la célébration de cette union, qui avait été précédée d'incidents pour le moins regrettables. Le père de Louise était décédé le 11 juin 1826, sa mère le 4 avril 1834. Le couple s'installa très rapidement à Paris, le musicien ayant été nommé répétiteur au Conservatoire de la capitale.

Louise Colet commença sa carrière littéraire en publiant des poèmes dans divers journaux parisiens. Elle écrivit à Chateaubriand pour lui demander de préfacer un recueil de poésies auquel elle avait donné le titre de Fleurs du Midi. L’illustre poète lui répondit poliment, sans plus, mais cela n’empêcha pas Louise de placer les deux lettres du poète en exergue de son recueil, qu’elle publia en février 1836, et dont elle adressa un exemplaire à la duchesse d’Orléans. Le roi des Français (Louis-Philippe) souscrivit à plusieurs exemplaires du volume.

Notre poétesse continua à publier poèmes, récits, chroniques, et, en 1837, obtint une pension de 400 francs du ministère de l’Instruction.

En 1839, elle reçut le prix de l’Académie française (le sujet du concours était "Le musée de Versailles" , et le nombre de concurrents était de 59).

C’est cette année-là que débuta sa liaison avec Victor Cousin, qui fut nommé le 1° mars 1840 ministre de l'instruction publique.

En novembre 1839, Hippolyte Colet obtint un poste de professeur supplémentaire d’harmonie au Conservatoire.

Le couple Colet n'avait pas d'enfant. Lorsqu'il fut connu que Louise était enceinte, le journaliste Alphonse Karr écrivit un article contenant notamment ces lignes:

"Mlle Revoil, après une union de plusieurs années avec Monsieur Colet, a vu enfin le ciel bénir son mariage; elle est près de mettre au monde autre chose qu'un alexandrin. Quand le vénérable ministre de l'Instruction publique a appris cette circonstance, il a compris ses devoirs envers la littérature. Il a fait pour Madame Colet ce qu'il fera sans doute pour toute autre femme de lettres à son tour. Il l'a entourée de soins et d'attentions; il ne permet pas qu'elle sorte autrement que dans sa voiture..."

M. Colet songea à tuer le diffamateur. Mais il fut devancé par son épouse. Louise Colet raconta ainsi qu'il suit l'acte qu'elle commit le 16 juillet 1840:

"La maison que j'habitais était voisine de celle de cet homme. Je m'y rendis résolue. Je le trouvai sur la porte, en manche de chemise. Je ne lui dis que ces mots: J'ai à vous parler. - Il m'engagea à entrer chez lui et comme il se penchait vers la loge de son portier, je le frappai dans les reins. Quelques gouttes de sang jaillirent. Le couteau avait glissé."

Il n'y eut ni plainte, ni poursuite à l'encontre de Louise. Alphonse Karr plaça le couteau dans une vitrine avec l'inscription suivante:

Donné à Alphonse Karr

par Madame Louise Colet.....

dans le dos.

Henriette Colet naquit deux mois après, en août 1840. Louise eut ultérieurement deux autres enfants, des garçons, qui moururent en bas âge.

Elle continua à écrire, jusqu'à sa mort, qui survint en 1876 (elle avait 65 ans).

Elle narra l'enfance des hommes célèbres, l'histoire de femmes victimes des hommes, entre autres:

- la marquise de Ganges (dont l'assassinat par ses beaux-frères a été relaté par madame Froidefon dans le numéro du 12 septembre 2009 du Courrier d'Aix);

- madame d'Entrecasteaux, tuée par son mari, magistrat aixois (voir mon article paru le 12 janvier 2008 également dans le même  journal);

- Charlotte Corday, guillotinée pour avoir libéré la France du sinistre Marat;

- Madame Roland.

Quatre de ses poèmes furent couronnés par l'Académie française entre 1839 et 1854: Le Musée de Versailles, Le Monument de Molière, La Colonie de Mettray, L'Acropole d'Athènes.

Plusieurs de ses romans (Une histoire de soldat, Lui) furent inspirés par sa vie sentimentale, qui fut riche puisqu'elle eut de nombreux amants, dont trois des plus grands écrivains du XIX° siècle, Gustave Flaubert, Alfred de Musset, Alfred de Vigny.

En juin 1846, Gustave Flaubert (1821-1880) la rencontra dans l'atelier du sculpteur Pradier à Paris; leur liaison commença dès le mois suivant, pour se terminer en 1855, mais fut interrompue par de longues périodes de séparation. Quand j'écris séparation, n'allez pas croire que les amants vécurent ensemble: Flaubert ne cohabita qu'avec une femme, sa mère. Dès les premières semaines de leur liaison, il exposait à nu son caractère à Louise dans des lettres dont l'extrait ci-dessous donne le ton:

"Depuis que nous nous sommes dit que nous nous aimions tu te demandes d'où vient ma réserve à ajouter "pour toujours". Pourquoi? C'est que je devine l'avenir, moi. C'est que sans cesse l'antithèse se dresse devant mes yeux. Je n'ai jamais vu un enfant sans penser qu'il deviendra vieillard ni un berceau sans songer à une tombe. La contemplation d'une femme nue me fait rêver à son squelette. C'est ce qui fait que les spectacles joyeux me rendent triste et que les spectacles tristes m'affectent peu."

L'une des peines que Louise ressentit le plus douloureusement fut le voyage que Flaubert fit en Égypte, en Terre sainte et en Turquie avec son ami intime Maxime du Camp, sans la prévenir de son départ, alors qu'elle rêvait depuis longtemps d'un tel voyage.

C'est en juin 1852 que commença la brève liaison, quelques mois, de Louise Colet avec Alfred de Musset; le poète avait le même âge que Louise: 42 ans. Le 4 septembre, Louise écrivait au sujet de son nouvel amant:

"Chose étrange. Cet homme, quand je ne le vois pas, exerce sur moi une fascination de pensée qui tient du vertige; je suis, pour ainsi dire, amoureuse de son génie. Aussitôt que je le vois, le dégoût et presque le mépris me gagnent."

Dégoût, mépris causés, à ce qu'elle dit, par le penchant de Musset pour l'alcool, sa grossièreté, alors qu'à d'autres moments il peut être "charmant de bonté, de distinction et d'esprit". Dès le 28 juin, elle saute d'une voiture dans laquelle elle était avec lui, et se blesse légèrement.

De 1854 à 1857, Louise Colet eut une liaison avec Alfred de Vigny, liaison qui fut, sans doute, l'une des raisons de sa rupture définitive avec Flaubert.

Quant à son couple, il n'avait été dissous que par le décès d'Hippolyte Colet, en 1851. Les époux avaient, non sans mal, trouvé un arrangement, en résidant séparément, comme elle l'écrivit à son cousin Honoré Clair, avocat à Arles, dans les lignes qui suivent, datées du 15 février 1849:

"J'ai passé un triste été, j'ai été fort malade après mes couches, et suis allée m'établir à Passy pour essayer de remettre ma santé. C'est à cette époque que j'ai pris une détermination dont vous avez peut-être entendu parler quoiqu'elle ait fait peu de bruit. Depuis longtemps la vie en communion avec M. Colet était devenue intolérable à cause des bizarreries de son caractère que sa maladie, qui a duré plusieurs années, avait encore augmentées. Cependant tant qu'il a été gravement atteint, je n'ai pas voulu prendre un parti. Mais sa santé étant beaucoup meilleure depuis un an, je me suis décidée. Il s'y est d'abord très vivement opposé et j'ai dû rester plusieurs mois sans le voir. Mais maintenant tout est calmé. Je suis établie rue de Sèvres, 21, vis-à-vis le couvent de l'Abbaye-aux-Bois, où j'ai mis ma fille en pension. Je la vois chaque jour et je la laisserai jusqu'à sa première communion. Je vois M. Colet chaque semaine avec les enfants, et nous vivons de bonne amitié, ce qui vaut mieux que des orages intérieurs qui me rendaient tout travail impossible. Tous mes amis me sont restés et m'ont approuvée. Je vois presque chaque jour Mme Récamier et chaque jour aussi chez elle M. Ampère qui me parle bien souvent de vous."

Dans son journal intime (les Mémentos, conservés comme une grande partie de la correspondance de Louise à la médiathèque Ceccano d'Avignon), elle décrira les sentiments tendres que, malgré tout, elle nourrissait pour son mari.

Vers la fin de sa vie, en novembre 1869, Louise Colet se rendit en Égypte pour couvrir pour le journal Le Siècle l'inauguration du canal de Suez. Quelques années plus tard, dans Les Pays lumineux, publiés après sa mort, elle écrivait des lignes étranges sur une vision qu'elle avait eue, ou, peut-être, qu'elle aurait aimé avoir, de Flaubert en spectre.

Quelques années plus tôt, dans son journal, à la date du 31 mai 1851, elle avait écrit:

"Il est des soirs de printemps où je voudrais embrasser d'une seule étreinte tous ceux que j'ai aimés, car pour tous mon amour fut vrai, et s'ils l'avaient voulu, il n'eût jamais cessé. C'était toujours le même amour s'attachant à un fantôme qui m'échappait toujours."

On peut lire une partie de la correspondance et des oeuvres poétiques de Louise dans l'édition de la Pléiade de la correspondance de Flaubert.

Jean-Louis Charvet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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