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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 06:06

Extrait de la revue La Nature, 1906. 1° semestre.

" Automobile pour voyages dans le désert. Le major général Wingate, Sirdar d'Egypte, vient de se faire construire une automobile pour ses déplacements à travers les sables du désert égyptien. Le véhicule, qui a un moteur de 20 chevaux, a des roues entièrement enfermées entre deux joues de tôle, pour préserver du sable jante et rayons; il remorque une autre petite voiture portant un projecteur. Essayé sur le sable sec et mou, l'équipage marche à une allure de 4,8 kilomètres à l'heure environ; sur sable dur, la vitesse atteint 11 kilomètres. L'automobile comporte un tambour de treuil, puis un câble se terminant par une ancre qu'on peut enfoncer dans le sol, et elle a ainsi la possibilité de se haler pour sortir d'une mauvaise position. Toute la machinerie est enfermée sous une enveloppe métallique aussi étanche que possible qui la préserve du sable; c'est le moteur de la voiture qui actionne la petite dynamo fournissant le courant au projecteur."

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16 août 2013 5 16 /08 /août /2013 07:40
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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 20:08

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Ci-dessous, extraites de la revue Le Tour du monde de 1864 (premier semestre), quelques pages de :

Excursion au mont Sinaï, par deux voyageurs français. 1862. Texte inédit. Dessins inédits par M. H. Pottin d'après M. Bida.

Les deux voyageurs étaient MM. Alexandre Bida, peintre,  et Georges Hachette, qui succéda à son père, Louis, éditeur.

 

«  Avant de quitter le Caire pour faire l'excursion du mont Sinaï, nous passons un traité en bonne et due forme par-devant le chancelier du consulat, avec le Nubien Ali. Ali est noir comme un corbeau. Ce sera notre conducteur et notre fournisseur pendant les vingt jours que durera notre voyage.

Nos chameaux nous rejoindront à Suez; nous aimons mieux profiter jusque-là d'un autre moyen de locomotion. Il sera toujours assez tôt de monter sur cet incommode vaisseau du désert. En six heures nous franchirons, par le chemin de fer, tout l'espace monotone que nos bêtes mettraient trois jours à traverser.

Nous avons grand soin de nous munir d'une lettre d'introduction pour le supérieur du couvent du Sinaï. On peut toujours se procurer ce passe-port indispensable au couvent grec du Caire.

18 février 1861. Du Caire à Suez, la distance est de trente à quarante lieues. Nous arrivons à la gare du chemin de fer avant sept heures du matin. L'employé n'a pas de monnaie à nous rendre; où pourrions-nous en trouver? Nous ne voyons autour de nous que des figures froides et rogues; il s'en faut de peu que nous ne soyons obligés de retourner à l'hôtel.

J'entends deux voyageurs qui disputent sur le prix des places: ils veulent une remise; je ne suis pas sûr qu'ils ne l'aient pas obtenue. Nous ne demandons pas cette faveur, mais nous cédons à l'influence du mauvais exemple: nous nous emparons d'un wagon entier, nous y entassons tous nos bagages, et nous déclarons que nous ne laisserons entrer personne: c'est entendu.

Enfin nous partons. La machine a déjà fait en gémissant un demi-kilomètre. Mais voici un voyageur en retard. Il appelle, il crie, il est furieux. Le chef du train s'intimide et donne le signal d'arrêt. Le voyageur, apaisé, ralentit le pas, s'essuie le front, remercie de la main, arrive, cherche, choisit sa place, fait à l'aise ses petits arrangements, monte, et enfin a la bonté de donner l'avis qu'on peut repartir; si nous étions plus près de lui, nous lui témoignerions toute notre reconnaissance.

Nous parcourons une partie des terres de Gessen, où Joseph avait établi ses frères et ses troupeaux. Gessen est depuis longtemps ce qu'était Chanaan en l'année où les frères de Joseph parlaient ainsi au Pharaon: "ni hommes ni bêtes ne pourraient plus y vivre; le sable a tout envahi."

Il y a dix ans, j'ai fait la même route d'une façon moins ennuyeuse. On se servait alors de voitures de transit, sorte de caisses roulantes, solides et dures, attelées de quatre chevaux terribles qui les emportaient rapides comme le vent, au milieu du sable et des pierres jaillissant sous leurs pieds. On ne peut se faire aucune idée d'une course si désordonnée et si dangereuse, et toutefois je l'aimais mieux que ce convoi, chef-d'œuvre de la science et de l'industrie, qui n'a pas l'air d'être à sa place dans le désert et déroute l'imagination.

Comme nous ne tenons pas infiniment à séjourner dans ces solitudes sans caractère, nous ne nous arrêtons à aucune des stations.

Arrivés à Suez, nous trouvons notre fidèle Ali, de plus en plus noir ce nous semble, et tout inquiet de n'avoir pas encore vu nos bédouins et nos chameaux. Il y a cependant quatre jours qu'ils sont partis du Caire.

Suez est une ville triste et laide; pas un seul arbre à trois lieues à la ronde; le désert commence à ses dernières maisons. Tout ce que l'on peut s'y procurer vient du Caire, jusqu'à l'eau douce qui en arrive chaque jour par les wagons. Autrefois, le pacha-gouverneur envoyait chercher l'eau par des dromadaires aux fontaines de Moïse, et il la vendait environ trois francs le seau à ses administrés: la concurrence du chemin de fer l'a contraint à renoncer à cette honnête industrie: un seau d'eau ne coûte plus que soixante-quinze centimes: on juge bien qu'à ce prix c'est encore un luxe d'en boire.

Nous attendons tout l'après-midi en flânant sur le quai: nous chassons quelques bécassines. De lourdes barques, pointues en avant, larges et hautes en arrière, contrastent dans le port avec les paquebots de l'Inde et de l'Australie, et divers navires du commerce.

Le soir, nos hommes arrivent. Nous couchons à l'hôtel anglais, un des hôtels les mieux bâtis, les plus propres et les mieux servis qu'on puisse rencontrer en quelque pays que ce soit. Le lendemain, la carte à payer tempère un peu notre satisfaction; mais nous avons été parfaitement hébergés; et, d'ailleurs, nous ne trouvons rien à répondre à cette observation du maître de l'hôtel: "Tout nous vient du Caire!"

19 février. Je vais dès quatre heures réveiller nos Bédouins; ces gens-là ont le sommeil bien dur: ils se tournent de droite à gauche, de gauche à droite; je vais de l'un à l'autre, je crie à leurs oreilles, comme dans le prologue de la Princesse d'Elide:

 

Holà! holà! debout, debout, debout,

Pour le départ, il faut préparer tout;

Holà! holà! debout, vite debout.

 

C'est en vain; je les pousse du poing, même un peu, je crois, du pied; rien n'y fait; c'est à recommencer sans fin. Ils sont à peine éveillés à six heures, et il est huit heures et demie quand ils se décident enfin à se mettre en route, avec les chameaux et les dromadaires. Ils auront trois lieues à faire pour contourner les lagunes: c'est un trajet peu intéressant; aussi les laissons-nous partir les premiers.

Vers onze heures nous traversons, en barque et en dix minutes, le petit bras du golfe où les Hébreux ont passé à pied sec.

L'eau est maintenant si basse que les chameaux en ont au plus jusqu'au ventre. C'est là que le Pharaon et son armée ont été engloutis.

On ne peut juger aujourd'hui de ce qu'était la mer Rouge en ces temps lointains. Elle s'étendait probablement jusqu'aux lacs amers: les sables du désert ont comblé le lit de la mer et refoulé les eaux.

Nous attendons nos gens à la Quarantaine. Il est midi quand nous montons sur nos dromadaires. Notre caravane se compose de huit chameaux, trois dromadaires, huit Bédouins, un cuisinier, et notre drogman Ali. Rien de plus modeste assurément: mais nous ne sommes que deux.

A trois heures nous atteignons les Fontaines de Moïse (Aïn-Mouça), dont nous cherchons et ne voyons aucune mention dans l'exode. Quelques petits jardins, enclos de barrières en palmier, avec une habitation en planches, forment dans ce lieu une espèce d'oasis où les bourgeois de Suez viennent se livrer au plaisir de la villégiature. Ce n'est ni Meudon, ni Auteuil, ni Richmond, mais il y a là de l'eau, et partant un peu de fraîcheur et d'ombrage. Je ne pense pas sans un profond sentiment de pitié que j'ai vu à Suez des gens qui ne savaient pas ce que c'est qu'un brin d'herbe, encore moins un arbre.

Première nuit passée sous la tente. Nous dormons à merveille, et d'autant mieux que cette petite course sur nos montures de désert nous a un peu fatigués.

20 février. Levé de très-bonne heure; mais nos Bédouins ont encore l'air de vouloir prolonger leur nuit jusqu'au milieu du jour. Comme ils n'ont ni l'idée ni la mesure du temps, ils ne connaissent que le présent et ne se hâtent jamais de rien faire.

La route est monotone. A droite la mer Rouge, à gauche le Djébel-el-Tih, longue chaîne de montagnes qui traverse la presqu'île. Devant nous du sable à perte de vue. A peine quelques genêts sauvages. Ces plantes poussent ordinairement dans les oasis ou wadis, qui sont les lits où se réunissent les eaux pluviales. Par extension on donne ce nom aux vallées.

A quatre heures nous arrivons à Wadi-Sadr. Le lieu n'a rien de séduisant ni de pittoresque. On a peine à se figurer une pareille aridité. Cependant il faut que les chameaux n'en jugent pas de même, car ils se dispersent, aussitôt qu'ils sont déchargés, et paraissent brouter quelque chose d'invisible pour nous. C'est dans cette vallée que nous piquons notre tente et dînons.

La nuit venue, nous jouissons d'un spectacle magnifique qui nous fait oublier le peu de charme du paysage au grand jour. La lune est dans son plein et plane majestueusement au-dessus de nos têtes. Elle luit dans un ciel d'un bleu mat et d'une coloration profonde, inconnue à nos climats. On dirait qu'il a neigé autour de nous, tant la lumière, qui tombe du ciel, est éclatante sur le sable blanc. La ligne d'horizon s'enlève en vigueur sur un fond d'opale. Il nous semble que de pareilles nuits doivent être rares même en Orient. Malgré notre grande fatigue, nous restons longtemps à considérer ces effets merveilleux.

Vraiment notre système de locomotion est tout ce qu'on peut inventer de plus incommode: le pittoresue du chameau n'est bon qu'à voir. Les Arabes ajoutent encore au déplaisir de l'allure du chameau en fabriquant des selles qui pourraient passer pour de petits instruments de supplice. Il ne nous a pas fallu moins de quatre ou cinq jours pour inventer et composer un certain échafaudage de coussins, de matelas et de couvertures qui nous aide du moins à supporter les cahots de nos montures.

...

8, 9, 10 mars. Revenus à Suez par la route déjà suivie, c'est-à-dire par Wadi-Sadr et Aïn-Mouça, nous quittons nos chameaux avec un sentiment de satisfaction inexprimable. Nous sommes arrivés à temps pour éviter le kamsin qui souffle; s'il nous avait surpris dans les sables, nous aurions eu beaucoup à souffrir: nous étions déjà assez brûlés par le vent et le soleil du désert.

Il nous est impossible de jeter sans regret un dernier regard vers ces solitudes que noys ne reverrons plus et qui laisseront dans nos âmes une impression ineffaçable. Nous avons suivi, pour ainsi dire pas à pas, les Hébreux dans leur fuite jusqu'à la montagne sainte. Ces souvenirs bibliques joints à la majesté du paysage donnent à l'excursion au Sinaï une unité et une grandeur d'intérêt qu'on ne trouve pas toujours dans de plus longs voyages.

B. et G.H.”

 

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 05:48

Un voyage à Hébron (Palestine) en 1904.

Je suis grand amateur de journaux des siècles passés qui, plus que de savants ouvrages, me font pénétrer très concrètement dans le (les) monde(s) de mes ancêtres, mais aussi faire des voyages dans ma chambre. J’ai acheté récemment un volume contenant les numéros parus entre le 4 novembre 1903 et le 29 octobre 1904 de La veillée des chaumières. Dans ce bi-hebdomadaire illustré, on trouvait, outre des romans-feuilletons intitulés par exemple Clarisse de la Rue du Loup-Va-t-En, L’Héritage de Claire, Miss Lumière, sous la plume d’auteurs aux noms souvent aristocratiques (mais peut-être ne sont-ce que des pseudonymes) tels que M. d’Agon de La Contrie, Jeanne de Lias, M. du Campfranc, outre des recettes de cuisine, des contes, des articles scientifiques, etc., on trouvait, dis-je, des récits de voyage dont l’un a particulièrement attiré mon attention.

Un certain Lionel de Movet (pseudonyme de mademoiselle Marguerite de Malus) y racontait une excursion faite par huit Français, de Jérusalem à Hébron, ville très importante pour les fidèles des trois religions monothéistes puisque c’est sur son territoire qu’Adam aurait été créé( le 25 mars de l’an I du monde), et que serait mort Abraham.

La ville, alors sous domination ottomane, se nommait El-Khalil (cité de l’Ami de Dieu). Ayant tout d’abord déjeuné dans le cimetière, à la mode turque, assis sur un tapis d’Orient, puis traversé le quartier moderne, où se trouvait un hôtel dont le propriétaire parlait anglais, le groupe pénétra dans la ville ancienne, semblant dater de l’époque des patriarches, aux maisons ornées d’inscriptions et de sculptures mutilées par le temps,  non sans crainte, à cause de la réputation de fanatisme de ses habitants. D’après M. de Movet, en effet, Hébron était alors peuplée de 8.000 habitants, dont un millier de juifs polonais ou espagnols et aucun chrétien ; et la mosquée abritant les tombeaux d’Abraham, d’Isaac, de Rébecca, de Jacob était interdite d’accès tant aux juifs qu’aux chrétiens. Cette mosquée occuperait l’emplacement du monument construit par Salomon.

Le groupe visita ensuite les bazars ; mais, alors qu’aujourd’hui on s’extasie sur les senteurs exotiques qu’on y trouve, les voyageurs de 1904 parlaient d’effluves indéfinissables, voire asphyxiantes ! Seuls les beaux fruits de la région, melons, figues, raisins dorés trouvaient grâce à leurs yeux. L’industrie principale de la ville était la production d’objets en verre : bracelets, pendants d’oreilles, colliers pour les femmes mais aussi pour les chevaux, qu’ils protégeaient, croyait-on, des maléfices.

Une autre production locale, sans doute à l’usage de ceux qu’on n’appelait pas encore des touristes, est décrite par Lionel de Movet dans les termes suivants : « Mais voici des pipes en terre, les célèbres pipes faites avec l’argile du champ Damascène, souvenir peu banal à rapporter à ses amis de France ! Pensez donc ! Ces pipes sont composées avec le limon employé jadis par le Créateur pour composer le premier homme, ce limon que le grand sculpteur anima de son souffle divin ! ».

La visite se termina au chêne sous lequel Abraham aurait eu sa célèbre vision.

Pour clore sa relation, l’auteur sacrifia à un exercice habituel à l’époque (mais peut-être aussi à la nôtre), la description des femmes du pays, drapées dans leurs amples vêtements et portant sur la tête de grandes amphores ; femmes voilées, suivant une tradition ancestrale que l’auteur rapporte ainsi qu’il suit : « Nos ciceroni nous donnent une explication bien amusante à ce sujet. Il paraît que si un autre homme que le mari d’une femme arabe voyait ses dents (mettez le sourire, je suppose) de celle-ci, l’infortunée serait condamnée dans l’autre monde (au paradis de Mahomet, bien entendu) à avoir le même mari que sur la terre, et il faut croire que la perspective (qui n’a rien de bien flatteur pour les maris musulmans) est peu riante car jamais une femme, en ces contrées, ne soulève son voile devant un étranger excepté, cependant, le jour où l’on se rend en procession au mont Hébo, la montagne de Moïse, ainsi qu’il me semble l’avoir lu quelque part. »

J’ai voulu savoir à quoi ressemblaient ces lieux et ai consulté deux guides récents. Hébron est vingt fois plus peuplée qu’en 1904. Depuis cette date, et jusqu’à nos jours, la ville et sa région ont été endeuillées par de nombreux massacres. La ville est divisée en deux parties, l’une sous contrôle palestinien, l’autre sous contrôle juif. Le tombeau des patriarches est  divisé en deux zones, l’une pour les juifs, l’autre pour les musulmans. La vieille ville est toujours assez délabrée, les fabriques d’objets en verre sont toujours là. J’ignore si l’on peut encore trouver des pipes fabriquées avec la terre dont fut modelé nôtre ancêtre commun, Adam.

Jean-Louis Charvet.

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25 septembre 2010 6 25 /09 /septembre /2010 23:50

Extrait de mon journal de voyage au Danemark.

 

 Veddelev, Roskilde, Danemark, 10 août 1996.

Chez l habitant, une dame âgée, dans une maison dominant un fjord.

Cet endroit est extrêmement paisible.

L hôtesse, une de ces old ladies des romans dAgatha Christie.

La maison, calme, bien entretenue, au jardin parfait dans sa simplicité, dans lequel on peut imaginer que se déroule, au choix, un drame affreux ou une vie paisible.

Donnant sur la mer, de gauche à droite en la regardant, la salle à manger, une chambre occupée par un couple de canadiens anglophones; puis ma chambre, ou plus exactement un bureau dans lequel se trouve un divan assez étroit; dans la bibliothèque, de nombreux livres en danois, anglais et autres langues; des classeurs sur lesquels sont apposées des inscriptions décrivant leur contenu, notamment celle-ci: « mes articles »; la dame est-elle écrivain ou était-ce son mari, dont elle a dit ce matin qu il était professeur? Je le tue dailleurs sans preuve, il a pu tout aussi bien aller chercher des cigarettes, mais cela métonnerait; enfin, une chambre occupée par un couple de quinquagénaires allemands.

Dans la bibliothèque, « Pierre et Jean », roman de Maupassant que j ai commencé à lire hier soir. La préface est très intéressante, consacrée à lart du roman. Maupassant y rapporte ce conseil que lui avait donné Flaubert: fixer son attention sur un objet, un paysage, une personne et en faire une description minutieuse, afin que lobjet, la personne ne ressemble à aucun, à aucune autre. Je devrais mappliquer à suivre ce conseil car, si jobserve, tout le jour durant, ce qui mentoure, je ne prends que rarement le temps den faire une description exacte.

Comment rendre en particulier le paysage que je contemple? Certes, il faudrait mettre en parallèle, c est bien le terme qui convient, toutes les horizontales qui le composent: celle dabord du dallage que protège un auvent, celle de la pelouse, traversée par une diagonale, de gauche à droite, qui conduit à un petit escalier, invisible dici, descendant vers la mer; celle de la petite haie qui clôt le jardin, symboliquement, et fait plutôt office de muret; lhorizontale ensuite de la mer qui, curieusement, alors que le vent est fort et constant, nest pas agitée de vagues mais juste caressée dun frémissement qui la revêt décailles de poisson; celle de lîle ou de la presquîle, légèrement ondulée, recouverte de bois, au milieu de ce tableau que je contemple; et enfin, de part et dautre de cette île, la côte dans le lointain qui alterne champs de blé non coupé, descendant jusquà la mer, et bosquets.

Ce que l on ne voit pas dici, cest le bord de la mer, noir, avec de minuscules plages de quelques mètres, faites de coquillages blancs et de débris de coquilles de moules; la vase est parsemée de cailloux noirâtres, principalement des silex.

Quelques petits bateaux donnent l échelle. Hier soir, il y avait quelque animation, mais fort sage: un homme âgé remettait à neuf son bateau, un autre déplaçait le sien, marchant à vingt mètres du rivage dans à peine dix centimètres deau; deux ou trois planches à voile coloraient vivement ce fond un peu terne; et, plus tard, on vit passer un canoë, avec quatre hommes à bord; et deux adolescents, au bord du ponton de bois, commencèrent à lutter quelque peu, avant de se jeter à leau et nager.

Juste à l instant, un homme, debout dans une barque, la fait glisser avec une perche, comme Charon sur le Styx, ombre chinoise sur une mer et un ciel qui, ce soir, sont gris-bleu, le soleil étant, lui, d un blanc à peine coloré de jaune.

Pas d autre bruit ce soir que le vent dans les feuilles et le cri des mouettes.

Odense, Danemark, 13 août 1996.

Dans le parc, près de la gare, au bord d'une pièce d'eau rectangulaire, au centre un îlot porte deux saules pleureurs; des canards; un détail montre le sens pratique des danois: il y a sur les bords de la pièce d'eau des petites passerelles de bois permettant aux canards d'aborder plus facilement sur le gazon.

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 00:41

Voyage en Italie.

Mai 1994.

 

Dans le compartiment (italien) de mon train, quatre reproductions de dessins anciens. Le dessin de Carrache: trois baigneuses ou baigneurs dans un bois, Cézanne, Locardi.

Dehors, dans le ciel, des morceaux d'arc-en-ciel rectangulaires sur fond gris, soleil blanc, nuages gris foncé.

 

Ventimiglia. Arrêt 1 h. Farinata 4000 lires.

 

Le lundi au soir. Vin BARBERA rouge (frizzante 11,5%. Tata-Tata, le snack où je dîne; très propre, carreaux grisés, miroirs dorés très oblongs sur tous les murs donnent de l'importance à ce local situé au bord d'une route bruyante le patron ? petit gros 30 ans ? belle moustache sur corps enveloppé, le pizzaïole maigre 23 ans? assassin qui tuera un jour le patron pour récupérer le fonds. La fille - qui- ramasse- les -miettes, sorte de cette actrice américaine dont je ne me rappelle plus le nom, ah oui! Barbara Streisand, connasse magnifique par l'émotion qu'elle dégage. A mon entrée, 2 hommes seuls, 1 (déjà parti), genre Aiglon rouquin, petit doigt en l'air en buvant, trépignant du popotin en sortant, l'autre devant moi, macho, normal, 35 ou 40 ans, lisant le journal, blouson rouge, pourquoi est-il là? et un couple entre deux âges, plus près du troisième, lui tout gris, cheveux, lunettes, pull, elle, évidemment noir et or, les couleurs du faux luxe, Marseille. Puis un trio, un couple et un veuf? espèce rare, d'âge archicanonique très bien comme il faut dans leur simplicité. Et l'écriture automatique, malgré tout contrôlée, s'arrête avec l'expresso que le patron appelle caffé.

1° dîner à Piacenza.

Qu'il est bon! un autre e il conto!

La serveuse, je ne l'avais pas remarqué, a une toque et un gilet assortis, écossais brillant et une jupe noire. Pas plus chic tu meurs! Et c'est chic.

Du riz dans le sel.

A la place du macho, parti il y a dix minutes, vient de s'asseoir un grand jeune, genre contrôleur SNCF le visage aquilin et doux à la fois.

Addition 18.000 lires. Je vais m'en aller.

 

20 mai 1994. Grande statue de vierge dorée: TORTONA.

 

21 mai 1994.

- Les Français à Pavie (revue TICINUM 1939 XVII). Musée de Pavie MISC 8 1051. Article de G. FRANCHI en fait seulement sur la réouverture de l'Université (22 octobre 1796) qui aurait été fermée le 28 avril. Textes de proclamations, description de la cérémonie de réouverture.

- S.P. II 195. Il castello Visconteo di Pavia 1/ 1360-1920. Memorie e immagini. 1991. Reproduction de 7 gravures de la ville et du château de Pavie à l'époque napoléonienne. Le château servait d'arsenal. En particulier plan du château par le général de division LACOMBE.

- Pavia Ambiente Storia Cultura. Comune di Pavia. Istituto geografico de Agostini. S.P. I. 79. Les troupes françaises entrent dans Pavie le 13 mai 1796. Désordres le 23 mai; les paysans obligent la garnison française à se réfugier au château. Mais la révolte est noyée dans le sang. La République Cisalpine est fondée en 1797, Pavie devient chef-lieu du département du Ticino, puis sous-préfecture du département dell' Olono sous la république italienne et le royaume d'Italie qui suivirent (1802-1805); entre temps, occupation des Russes du général Suverow durant la contre-offensive anti-française.

En mai 1805, allant se faire couronner à Milan, Napoléon s'arrête à Pavie et assiste à une leçon à l'université.

14H. A la terrasse du café à côté du restaurant où je déjeune (vin blanc LUGANA 92 blanc assez bon), le patron (?) passe régulièrement en frappant le sol avec une tige en fer pour chasser les pigeons qui, pourtant, ne sont pas si nombreux.

A la bibliothèque du château, tout à l'heure, trois grandes salles de bibliothèques et une salle de photothèque, après que j'aie demandé aux bibliothécaires s'ils avaient des livres ou documents sur Pavie durant "l'occupation française", une bibliothécaire m'a apporté successivement les trois livres que je mentionne plus haut, et ce très aimablement.

Ceci pour aller contre la première image que j'ai vue de Pavie en y arrivant: celle d'un homme, jeune, qui, sur un ponton du Ticino, baissait son short pour montrer ses fesses aux passagers du train dans lequel j'étais.

J'écris d'une pizzeria sur une grande place rectangulaire (au-dessous il y a un marché alimentaire couvert). Très peu de voitures dans cette ville, beaucoup de vélos montés parfois par des hommes, jeunes ou vieux, en costume. J'ai bien choisi ma ville, universitaire et noble, bien située. La place fait un grand rectangle, est pavée principalement de petits galets, avec, de ci de là, des lignes de pavés plus gros.

Pour moi l'Italie est toute entière là, sur cette place, une civilisation urbaine dans laquelle vivent des citoyens. La lecture du journal à laquelle je m'astreins, bien que je ne connaisse pas bien l'italien, me le confirme. Hier, par exemple, sur le journal local, figurait la fin de la liste du dernier contingent des jeunes de Pavie; après chaque nom, sa date de naissance et son affectation. Ainsi, de même qu'à travers les notices nécrologiques, très détaillées et pleines d'enseignements, chaque citoyen est-il en mesure de participer, comme dans un petit village, à la vie locale, par la connaissance approfondie qu'il en a. Les faits divers sont aussi décrits avec un luxe de précisions qu'on ne trouve pas en France.

Sur la place que je vois est peut-être passé François I°, capturé aux alentours par les Espagnols en 1525.

L'histoire de la ville, d'après ce que j'en ai appris depuis hier soir, est d'une grande complexité; soumise aux Espagnols, aux Autrichiens, aux Français, voyant même des troupes russes l'occuper durant les guerres napoléoniennes, combien de bâtards a-t-elle élevés, naturalisés par la suite, car l'annuaire du téléphone ne porte presque que des noms italiens?

Ma prochaine visite, tout à l'heure, le cimetière. Ces lieux, d'ordinaire, donnent assez fidèlement une description de la ville dont ils accueillent, pour longtemps, les citoyens.

Y trouverai-je des français de l'époque napoléonienne?

 

Rien de français dans ce cimetière construit en 1879, monumental, entouré de galeries voûtées abritant les tombeaux des familles les plus riches; parmi eux, deux portant, pourquoi?, des décors égyptiens, l'un avec même des inscriptions en hiéroglyphes. Beaucoup de photos, un certain nombre datant de la fin du XIX° siècle. A l'entrée, un gardien me demande, hélas, de ne pas prendre de photos.

 

Archivio di Stato, via CARDANO près S. Teodoro.

 

Crespelle agli spinacche, crêpes aux épinards XXX (entre crêpe et omelette fourrée aux épinards et à la brousse; farine de maïs?).

Dîner dans sorte de snack, nom plus loin, pizza au mètre marqué à l'extérieur. Ambiance familiale, tous âges confondus. Musique disco lancinante mais, ce soir, ça passe, grâce à un vin en pichet de la maison, blanc, un peu pétillant; servent en salle deux hommes, sans doute le père et le fils, vu leur chevelure identique, blonde, bouclée comme la laine des moutons. Au bar une jeune femme et un jeune homme. Dehors, quatre jeunes, dont 3 à queue de cheval.

 

21H15. Homélie du cardinal (?) archevêque de Pavie au Dôme. Messe de la veille de Pentecôte (samedi soir); deux petites hystériques n'arrêtent pas de parler et de rire. Elles sont rejointes par deux petits garçons d'environ 13 ans, ce qui augmente leur excitation. Elles sortent, heureusement, avec eux. Plus tard, ils reviennent, accompagnés d'un gamin, sans doute tzigane, qui faisait la manche tout à l'heure aux terrasses; le prêtre qui surveille l'entrée les fait sortir.

Voghera. Fête de Saint BEUVON?. Jour de la Pentecôte. J'y ai été attiré par un article du journal local, la Provincia Pavese, qui annonçait cette messe. San Bovo naquit au X° siècle à Noyers sur Jabron, village de Haute Provence, et mourut à Voghera en retournant d'un pèlerinage à Rome en 986. Depuis 1986, une délégation de son village natal participe à sa fête. La cérémonie était fort belle, animée par une chorale, très professionnelle, dirigée avec exactitude et comptant une très belle basse qui chanta un ou deux airs en soliste.

 

Archives de Pavie. 700 fasc. 2. Prigioneri francesi et cisalpini 1799 maggio, giugno, fasc. 3, notamment rixes entre étudiants et soldats français.

 

" Pavia cisalpina e napoleonica 1796/1814. Saggi et notizie da documenti inediti". Gianfranco E. de Paoli. Pavia. 1974.

 

Armée d'Italie.

N° 700. Le 1° pluviôse an VII, le général Laporte, chef de bataillon commandant la place aux citoyens composant la municipalité de Pavie les informe d'avoir égard à l'avenir à tout ce qui sera signé du citoyen BOUCHARD, son secrétaire, comme de lui.

 

Le 26 nivôse an VII, le commissaire du pouvoir exécutif près le département d'Olono à la municipalité de Pavie: on recherche Carlo GAURIGNON, français.

 

Le 25 nivôse an VII, circulaire sur les émigrés français expulsés du Piémont qui pourraient se réfugier en République Cisalpine.

 

A la noble administration de la ville et province de Pavie. Commission

Comme le prisonnier de guerre Girard, chef de l'Etat-major de la garnison d'Ancône, s'est adressé à la Commission des échanges pour la prier de s'intéresser à ce qu'il puisse récupérer les chevaux et équipages que son domestique lui a volés ce matin;

Comme nous nous adressons à cet effet aux commandants militaires de ces environs, nous prions la noble administration de la ville et province de Pavie de vouloir bien employer tous les moyens qui sont en son pouvoir pour découvrir les traces du voleur, pour le faire arrêter et traduire ainsi que les chevaux au lieu de détention ici à Pavie et d'en donner avis à la susdite commission.

Nous avons l'honneur de joindre ici le signalement de l'homme et celui des chevaux.

Pavie le 14 décembre 1799. Soussigné le baron de LEGIFFELD? Lieutenant-colonel.

Signalement. Bastien, âgé d'environ 28 ans, taille 5 pieds 1 pouce environ, piqué de la petite vérole, nez écrasé, teint bigarré et brun, vêtu en pantalon, drap bleu, chapeau rond, avec une jument bayë, courte queue, tête brusquée, marquée au front d'une tache blanche, sellée à la hussarde, un petit cheval hongrois à tout crin, sellé d'une selle de velours cramoisy.

 

Mai 1799. Joseph MICHEL, français, habitant Pavie depuis plus de 2 ans, marchand de vin, souhaite continuer à habiter à Pavie et supplie la municipalité de lui accorder la "carte di sicurezza".

 

Pietro COLOMBETTI atteste héberger dans sa maison sa fille Thérèse, mariée à un français, François LALOUBIR, employé comme vivandier dans l'armée française, déterminé à s'établir dans cette cité de Pavie, ne voulant pas que sa femme abandonne sa patrie. Pietro Colombetti, paroisse de St Gervais et St Protais, nella corrada delli angioli, N° 120. 3 mai 1799.

 

Certificat d'hébergement donné par Pietro GALLIANI? , boucher, à Girolamo SORQUET, français, boucher depuis l'entrée des français à St Joseph. 3 mai 1799.

 

Les nommés JULLIEN de Pertis en Provence et Pierre HUTRE (?) d'Aups en Provence, tous deux émigrés français au couvent de Ste Croix, vous supplient, messieurs, de vouloir bien leur accorder la grâce de sortir accompagnés de M. HERBE? ou de tout autre qu'il vous plaira pour nous munir des habillements nécessaires à l'usage de ce pays.

 

30 avril 1799. De JOSSERAND, fils aîné, à la commune de Pavie:

J'ai l'honneur de vous faire aujourd'hui ma déclaration pour ne pas compromettre personne que je suis encore dans votre ville plein de confiance de vos fidèles sujets et de reconnaissance. Je suis de Toulon émigré français faisant profession de foi à la religion chrétienne plein d'amour pour mon Roi et regrettant sa perte, mes biens, ma fortune dilapidée, errant pour me soustraire à la persécution, cherchant un généreux délibérateur ou la mort. Votre très humble et soumis.

 

Armée d'Italie.

Egalité. Liberté.

Agence militaire.

Pavie le ..., l'an 4 de la République française une et indivisible.

Le préposé de surveillance de la province de Pavie aux officiers municipaux de Pavie.

J'ai reçu, citoyens, votre lettre au sujet des cloches et je l'ai fait parvenir tout de suite aux commissaires du gouvernement; mais quelque desire que j'eus de voir réussir les différents objets de vos demandes, je n'augure pas que cette derniere aye le succès que vous voudriez. Je crois que les raisons qui ont décidé le gouvernement français à cette mesure ne leur permettront pas de la révoquer; et quelque soit votre zèle pour le bon ordre, quelque soit même la sagesse de la presqu'unanimité des citoyens de cette commune, on ne peut abandonner les règles de la prudence, en confiant à nos communs ennemis des armes dont ils pourraient abuser, pour attirer de nouveaux malheurs sur votre ville.

Je sais que l'intention du gouvernement français et de ses agents n'est point de troubler les opinions religieuses et de gêner le culte qui vous plaît mais, citoyens, vous êtes trop éclairés pour confondre la religion avec ses accessoires. Les cloches ne sont guère ...?... ,un ornement; attaché d'abord par nécessité et ensuite par luxe et dont on peut aisément se passer en trouvant d'autres moyens de ralliement pour les assemblées chrétiennes. L'Église a subsisté plusieurs siècles sans cloches. Les mahométans, aussi religieux que nous, n'en usent pas. Les catholiques français qui exercent leur religion s'en passent et leur office ne s'en fait pas moins. L'essentiel de cette religion que Dieu nous adonnée est qu'on s'aime entre frères et qu'on conserve cette union, ce désintéressement, ce respect pour le gouvernement qui seuls maintiennent la société et honorent l'être suprême. C'est par là que cette religion est vraiment divine, tout ce qui n'est pas cela n'est que l'ouvrage des hommes et peut être retranché sans abus; souvent même ce retranchement est nécessaire, pour conserver le vrai esprit de la religion qui est l'ordre public.

Au reste, cette suppression des cloches n'empêchera point le peuple de continuer librement et tranquillement ses exercices de piété et si quelque esprit pernicieux venait à lui donner des inquiétudes à ce sujet, je ne doute pas que vous n'emploieriez toute l'influence méritée que vous avez sur luy pour la dissiper en l'éclairant par vos proclamations.

Salut et fraternité.

Signé A.F? BAUVINAY.Non datée, mais du 1° complémentaire de l'an IV ou du 30 fructidor.

 

Jean-Louis Charvet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by froidefond - dans Voyages d'autrefois.
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