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Des poésies, des histoires, etc.....

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Les feux de la Saint-Jean : mauvais temps pour les chats.

Les feux de la Saint-Jean : mauvais temps pour les chats.

 

Le 24 juin est fêté saint Jean-Baptiste, qui annonça la venue du Christ et le baptisa ; dans l’ancien temps, cette fête était accompagnée d’importantes réjouissances. Le texte ci-dessous, tiré de la revue La Mosaïque de 1837,  les décrit.

Jean-Louis Charvet.

 

«  Le feu de la Saint-Jean.

La joyeuse Saint-Jean, que fêtaient l'Italie, l'Espagne, la France, etc., se célébrait à Paris avec le plus grand appareil; l'usage voulait que les rois eux-mêmes y intervinssent, lorsqu'ils se trouvaient dans la capitale, pour y remplir les premiers rôles, pour y faire, en quelque sorte, l'office de grands prêtres du feu. Des témoignages authentiques constatent que, de Louis XI à Louis XIV, tous les princes qui occupèrent le trône s'acquittèrent de cette charge et mirent le feu au bûcher de la Saint-Jean, qu'on élevait sur la place de Grève ou de l'Hôtel-de-Ville. Il existe encore un curieux procès-verbal des formalités avec lesquelles il fut procédé à la célébration de la Saint-Jean à Paris, sous le règne du roi Charles IX, en l'année qui suivit la Saint-Barthélémy, en 1573.

On avait dressé sur la place de Grève un mât d'une soixantaine de pieds de hauteur, tout le long duquel étaient fixées plusieurs pièces de bois transversales. Ce mât s'élevait du centre de dix voies de bois disposées en bûcher et d'un vaste amas de paille, et les morceaux de bois mis en travers supportaient cinq cents bourrées et deux cents cotrets. Une quantité considérable de pièces d'artifice, telles que fusées, pétards, lances à feu et bombes, avait été, en outre, distribuée au milieu de tous ces combustibles, que décoraient des bouquets, des guirlandes et des couronnes. Mais le morceau capital de cet édifice destiné aux flammes, la pièce sur laquelle se portait de prédilection l'intérêt public, c'était un grand sac de toile attaché au sommet du mât, et dans lequel étaient renfermés vingt-quatre chats, condamnés à être brûlés vifs, pour la plus grande joie des spectateurs. Le privilège de fournir ces chats, dévoués annuellement au feu de la Saint-Jean, était, à cette époque, exercé par Lucas Pommereux, l'un des commissaires des quais de la ville, et lui rapportait, par an, trente et quelques sous parisis. Lucas Pommereux s'avisa, pour donner, est-il dit au rapport, plus grand plaisir à Sa Majesté, de joindre un renard vivant aux vingt-quatre victimes, et les Parisiens s'étaient fort réjouis de cette heureuse innovation. Aussi la foule était-elle si abondante et si tumultueuse que trois cents archers, arbaletriers et arquebusiers avaient fort à faire pour la contenir. Les magistrats de la ville, en costume d'apparat et portant chacun à la main une grosse torche de cire jaune, entouraient le bûcher, pendant que des orchestres, placés sur des estrades mêlaient des fanfares aux clameurs de la multitude et aux miaulemens des chats, qui criaient du fond de leur sac, comme s'ils eussent deviné leur sort. Enfin Charles IX arriva, environné de toute sa cour, et le prévôt des marchands s'avançant à sa rencontre, lui plaça entre les mains une torche faite de cire blanche et ornée d'une poignée de velours rouge. Le roi ayant mis le feu au bûcher, en un instant la flamme atteignit le sommet du mât, se répandit sur tous ses rameaux, et bientôt tout l'échafaudage s'écroula, en faisant jaillir dans les airs des milliers d'étincelles: chats et renard avaient vécu, non sans signaler leurs derniers momens par d'horribles hurlemens. Charles IX et les seigneurs et dames de la cour entrèrent alors dans l'hôtel-de-ville, où les attendait une collation, dont le narrateur a consigné minutieusement le menu. Il y avait, entre autres friandises, des dragées musquées, des confitures, des cornichons, quatre grandes tartes, des massepains, sur lesquels étaient figurées les armoiries royales, en sucre brûlé; des crèmes, des fruits et deux livres et demie de sucre en poudre. Pendant le festin royal, la foule parisienne, à laquelle la bride était alors lâchée, se précipita sur le bûcher encore fumant, pour en enlever les débris qui, portés en sachets ou suspendus au foyer domestique, devaient, d'après la croyance populaire, éloigner la foudre, prévenir les maladies contagieuses, combattre les sortilèges, et procurer aussi, dans l'année, de bons mariages aux jeunes filles.

Telle ou peu s'en faut se célébrait la Saint-Jean sous les prédécesseurs de Charles IX, et jusque sous Louis XI, qu'une ancienne gravure, dont la nôtre est imitée, représente en grand appareil à la cérémonie du feu, sur la place de Grève.

Cette bizarre cérémonie, sur laquelle le supplice des chats jette une teinte de barbarie, se soutint long-temps sans déchoir. Henri IV, Louis XIII, se soumirent encore à l'usage; Louis XIV lui-même alluma une fois le feu de la Saint-Jean, en 1648; mais il n'avait alors que dix ans, et l'on peut croire qu'il y eut de sa part plus de désir de s'amuser que de condescendance pour la coutume; dans la suite du moins il s'abstint de faire brûler des chats: la fête, dépouillée de la présence royale, perdit toute sa splendeur, dit un historien, et devint très-simple: les prévôts des marchands, les échevins et leur suite allaient, sans savoir pourquoi, mettre le feu à un amas de fagots et se retiraient après cet exploit. Aujourd'hui ceux qui voudraient rechercher encore à Paris des traces du feu de la Saint-Jean n'en pourraient plus retrouver le souvenir que dans quelques feus de paille, allumés par des enfans; mais dans les provinces, où les usages populaires résistent mieux à l'influence des temps, les feux de la Saint-Jean brillent encore annuellement de leur primitif éclat. Dans la Bretagne surtout, parmi ces populations sauvages à la longue et vivace mémoire, la fête de la Saint-Jean n'a rien perdu de ses joies et de ses solennités, et même dans quelques parties bien retirées du Morbihan et du Finistère, le clergé remplit encore le rôle que les rois remplissaient à Paris, et les paysans recueillent encore les cendres qui sont réputées porter bonheur. »

 

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