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6 août 2013 2 06 /08 /août /2013 06:36

. Publié dans la Revue comtadine d'avril 1927.

 

Pour le sixième centenaire de Pétrarque.

Sur le parvis de Sainte-Claire.

 

Ce jour que l'amour fit éclore

Rend son charme médiéval

Au plus beau lys de notre flore,

Aux plus doux yeux de notre val.

 

Il suffit que Pétrarque passe

Devant Laure, un matin d'été,

Pour fixer cette aube en l'espace

Et ce nom dans l'éternité.

 

Le miracle se renouvelle.

Comme la sève en nos jardins,

Cet amour divin se révèle,

Chaque avril, aux cœurs comtadins.

 

Par sentiment, flamme recluse,

Fleur au souffle immatériel,

Qu'on ne respire qu'à Vaucluse,

Qui tient de la terre et du ciel.

 

Aujourd'hui, nos filles moins vaines

De leur chimérique idéal,

Pour des idylles plus humaines

Descendent de leur piédestal.

 

Laure de Nove s'est mêlée

A la vie âpre du terroir;

Et l'on aime sa grâce ailée,

A la banque comme à l'ouvroir.

 

Parfois, prise de nostalgie,

L'oisive d'autrefois qui coud

Dans le songe se réfugie,

Cesse de coudre tout-à-coup.

 

Elle rêve de la Fontaine

Qui l'abreuvait de ses flots bleus,

Et de la Rencontre lointaine

Sur le porche miraculeux.

 

Et la légende séculaire

Qu'exalte un suranné refrain

Berce son âme populaire;

Puis, l'aiguille reprend son train.

 

La vieille église disparue,

Sous la pioche et les temps vainqueurs,

Ne la cherchez pas dans la rue:

Elle se dresse dans les cœurs.

 

Non, Sainte Claire n'est pas morte?

Et qu'importe un autre parvis,

Si la même foi nous transporte,

Et si les amants sont ravis!

 

De la grande aube renaissante

Maintenons en nous le décor;

A la Fontaine jaillissante

Quelle âme ne s'abreuve encor?

 

François, le laurier vert aux tempes,

Et la Muse au front virginal,

S'éternisent dans les estampes

Et les images d'Epinal!

 

Et depuis lors, à la sortie

De l'office, le cœur battant,

Dans l'amoureuse pressentie

C'est toujours Laure qu'on attend.

 

 

 

Paul Manivet. Avignon, 10 Mars 1927.

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 07:41

Poème paru dans les Annales politiques et littéraires du 14 juin 1896.

 

LA SOURCE.

 

O source, enfant, j'aimais ton onde et ton mystère,

Dans tes flancs où le ciel nocturne étincelait,

Que de fois j'ai rempli d'étoiles mon filet,

Marguerites d'argent du jardin planétaire.

 

Le soir, dans le vieux parc que nul bruit ne troublait,

Je venais m'incliner sur ton bord solitaire;

Et, dans l'apaisement des rumeurs de la terre,

Ta voix mélancolique et bonne me parlait.

 

Penché sur ton cristal que ton âme soulève,

Je souriais, ou bien, souffrant d'un mauvais rêve,

Je mêlais à tes eaux fraternelles mes pleurs.

 

Et sensible à ma joie et douce à mes alarmes,

Miroir compatissant à mes jeunes douleurs,

Tu rendais mon sourire et tu gardais mes larmes.

 

PAUL MANIVET.

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17 août 2010 2 17 /08 /août /2010 20:31

DRAME.

 

A HENRI YVAREN

 

Par un beau clair de lune, un certain soir d'automne,

Pour retourner chez moi, je pris le boulevard.

Près de la sorgue bleue, au murmure bavard,

J'entends un cri. La nuit le moindre bruit étonne.

 

 

On accourt vers le bord de l'eau d'où le cri part.

J'interroge. On me dit: - C'est le père Bonbonne!

Il voulait s'assurer si l'eau sans vin est bonne. -

Au malheur de l'ivrogne on prenait peu de part.

 

 

Je m'approchai. Je vis comme une forme humaine

Se débattre, tandis qu'un chien perdait haleine

A ramener son maître vainement.

 

 

Puis l'ivrogne et le chien disparurent. Ce drame

M'émut; et je rentrai mélancoliquement

 Me demandant lequel des deux avait une âme.

 

 

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19 mai 2010 3 19 /05 /mai /2010 22:57

Rien ne manque au bonheur du pacha tout-puissant;

Mon nom est craint partout où flotte le croissant.

Tout un peuple, à mes pieds soumis, courbe la tête,

Ombre même d'Allah, je suis fils du prophète.

Qui le croirait? Malgré mes khans bariolés,

Malgré mes fiers spahis, aux turbans étoilés,

Malgré mes bataillons aux armures splendides,

Cavalerie, émirs, beys aux coursiers rapides,

Malgré mes grands harems, malgré mes arsenaux,

Mes flottes, mes canons, mes villes, mes châteaux,

Mes femmes, aux yeux noirs, toutes filles de Grèce,

Belles, et bondissant d'amour sous ma caresse,

Je suis plus malheureux et plus abandonné

Que l'esclave aux travaux incessants condamné.

Lui, du moins, aime; il est aimé de sa compagne.

Cet amour simple et vrai, le bonheur l'accompagne.

Tandis que les plaisirs n'engendrent que l'ennui.

Oh! je n'avais jamais souffert comme aujourd'hui.

Et l'on me croit heureux! Et l'on me porte envie!

Parce que, sur mes pas, une foule asservie

Se prosterne humblement en s'écriant: Allah!

Parce que, tous les soirs, cinq cents femmes sont là,

A ma porte, seins nus, se consumant d'ivresse!

N'enviez pas mon sort, ô rêveuse jeunesse!

Plus heureux que moi, vous qui cueillîtes l'amour

Sur des lèvres d'enfant, un doux soir d'un beau jour,

Oh! plaignez-moi plutôt, car mon âme maudite

N'a jamais frémi sous la caresse interdite.

Oh! l'aveu virginal d'une âme de vingt ans!

Le baiser qu'on surprend, sous les bois, au printemps!

Le serment ébauché qu'une caresse achève!

Et la fleur que l'on garde! et les riens dont on rêve...

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