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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 22:14

Extrait de la revue La Nature, 1906.

 

" Contre l’absinthe.

La Ligue nationale contre l'Alcoolisme recueille des signatures en faveur d'une pétition tendant à défendre la fabrication et la vente de la liqueur d'absinthe.

On entend scientifiquement par ces mots un produit composé d'une série d'essences dont la principale est l'absinthe et qui comprend accessoirement l'anis, l'hysope, la mélisse, l'angélique, le fenouil, la badiane, la coriandre. Toutes ces essences sont diluées dans de l'alcool. La première est épileptogène, toutes les autres sont stupéfiantes.

Les effets de la consommation de cette liqueur ont été étudiés récemment avec soin en des conditions qui rendent le résultat particulièrement intéressant. C’est une grande maison de distillation d’huiles essentielles, la maison Pillet et d’Enfert de Paris, qui a pris l’initiative de cette nouvelle étude et en a fourni les matériaux.

Les recherches ont été effectuées au laboratoire de M. Dastre, professeur de physiologie à la Sorbonne, par son élève, le docteur Lalou, qui les a relatées dans son excellente thèse inaugurale. En voici le résumé:

Le Dr Lalou a expérimenté surtout sur le chien: il a fait absorber l’essence d’absinthe de Paris rectifiée à ces animaux par voie gastrique, échappant ainsi aux objections que l’on a adressées à l’emploi de la voie sous-cutanée, et il a constaté que l’on obtient constamment, pour ainsi dire, des hallucinations, d’effrayantes crises épileptiques, la stupeur et enfin le coma, avec des doses de 0,1 cm3 à 0,3 cm3 par kilogramme d’animal.

Il a constaté aussi qu’en prolongeant les expériences sur un même animal, il y avait diminution de la résistance organique et augmentation des crises et il a vu certains chiens arriver à l’attaque d’épilepsie sous l’influence de 0,5 cm3 et même 0,3 cm3 pour un animal de 11,100 kg.

Ces résultats sont saisissants et en parfaite harmonie avec l’étude clinique qui, depuis longtemps, a montré l’influence épileptogène de l’absinthe.

Des résultats obtenus par M. Lalou, et portant surtout sur l’intoxication aiguë, il est intéressant de rapprocher ceux qu’ont publié MM. G. Ballet et Faure, à la suite d’expériences poursuivies pendant plusieurs années à l’hôpital Saint-Antoine.

Ces auteurs ont fait absorber aux chiens l’absinthe ordinaire, mélangée à leurs aliments (5 cm3 environ d’absinthe par kilogramme d’animal et par jour), et ont observé les effets effrayants produits par ce poison sur la descendance des animaux: 5 couples de chiens mis en expérience pendant quatre années n’ont mis bas que 83 petits, chiffre inférieur certainement à la normale. Aucun des petits nés pendant que l’intoxication était régulière n’a survécu plus de quelques semaines. En outre les portées étaient rares et faibles. Lorsque l’intoxication devint irrégulière, les portées se rapprochèrent de la normale, mais la mortalité des individus qui les composaient resta très élevée. Enfin, lorsque l’intoxication fut supprimée, on observa encore des morts fréquentes et des arrêts de développement.

Les petits chiens que MM. G. Ballet et Faure ont vus succomber ont été pris de convulsions. Dans certaines portées, tous les individus succombaient, en quelques jours, avec des convulsions. Par conséquent, les convulsions, l’arrêt de développement, la mortalité exagérée, sont trois faits connexes, constamment observés dans la descendance des chiens intoxiqués par l’absinthe; comme d’ailleurs aussi par l’alcool.

L’observation quotidienne et la lecture des faits-divers viennent confirmer les résultats déjà si concluants par eux-mêmes de ces expériences. Le simple coup d’œil jeté sur la troisième page des journaux nous renseigne suffisamment sur les colères folles des absinthiques, sur les crimes qu’elles entraînent, sur le martyre qu’elles imposent à leurs femmes et à leurs enfants.

Aussi un mouvement universel de répulsion et de dégoût soulève-t-il en ce moment les peuples atteints ou simplement menacés par la terrible boisson.

La vaillante petite nation belge a donné le signal. Son Parlement vient de voter une loi prohibitive de toute fabrication et de toute vente d'absinthe. Les Belges buvaient peu d'absinthe, mais ils se sentaient menacés par leur situation de voisins immédiats de la France, et ils ont su prendre à temps une intelligente mesure de prévention.

En Suisse, l'opinion a été saisie par un crime particulièrement atroce. Un honnête cultivateur de Commugny, sous l'influence évidente de la "Fée verte", a tué à coups de fusil sa femme et ses deux fillettes, puis a tenté de se suicider. Revenu à lui, il ne se souvint plus de rien, et, le soir même de sa condamnation à la détention perpétuelle, il se pendit dans sa cellule.

Ce crime fut la cause déterminante d'un véritable soulèvement populaire et le pétitionnement contre l'absinthe prit chez nos voisins un développement tel que l'interdiction législative, dans un avenir prochain, n'est pas douteuse. Elle est réalisée par Vaud et Zug.

La France a d'excellentes raisons de ne pas rester en dehors de ce mouvement universel. Là où d'autres sont menacés, elle est atteinte, et il faut agir avant qu'elle le soit mortellement.

Voici le résumé des statistiques de la consommation:

 

En 1884, nous consommions    49.335 hectolitres.

En 1894,                                    125.078--------------

En 1904,                                    207.929--------------

 

Cette consommation énorme de 207.929 hectolitres est supérieure à la consommation du reste du monde.

C'est un triste record que nous détenons là. La Ligue nationale contre l'alcoolisme cherche bravement à lutter contre cette intoxication abominable. Elle demande à l'initiative individuelle un grand effort pour arracher notre pays au mal qui l'étreint et qui menace son existence.

Elle n'a pas trop de tous les concours; elle espère que celui des lecteurs de La Nature ne lui fera pas défaut.

F. RIEMAIN. "

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 20:24

Article tiré de la revue La Nature de 1879.

" Les buveurs d'opium en Angleterre.

Le docteur Moffat affirme que depuis que les établissements publics en Angleterre sont fermés de bonne heure, la consommation de l'opium et du laudanum a augmenté. Il serait intéressant de rechercher et d'établir dans quelle exacte proportion l'intempérance a diminué et l'usage de l'opium s'est accru. En 1874, le docteur Moffat commença à acquérir la conviction que la consommation d'opium était plus générale dans les classes ouvrières qu'on ne le supposait communément. Il entreprit de rechercher la vérité à cet égard. Le droguiste d'un certain village minier lui apprit que depuis la fermeture à 10 heures du soir des public-houses, ses ventes d'opium fort petites auparavant s'étaient élevées à deux quarts de gallon par semaine (2 litres 27 centilitres). De semblables rapports lui furent adressés par les pharmaciens de quelques autres villages miniers. Ce n'est pas seulement la consommation de l'opium et celle de l'hydrate de chloral qui ont augmenté. Beaucoup de soporifiques et de boissons alcooliques sont absorbés à la place de la bière, entre autres l'absinthe, l'eau de Cologne, la teinture de rhubarbe, la mixture d'opium et de chloroforme, la chlorodyne et les éthers. En Irlande, il s'est produit un grand accroissement dans la quantité d'éther sulfurique consommée à partir du moment où, dans ce pays, les établissements publics ont été fermés le dimanche."

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 21:38

Extrait d'un article du Journal des voyages, 17 juin 1900.

La veille du rahmadan.

... Il est neuf heures. Après la prière d'El Eucha, le calme est revenu. Fez repose dans une atmosphère lourde de soufre et de salpêtre. L'indigène des tribus, devenu citadin pour quelques heures, a déposé son lourd moukala boucheffar (fusil à pierre) et, les narines palpitantes, humant avec avidité cette odeur de poudre brûlée, il entrevoit, dans l'épaisse fumée du kif ou du haschich, des ghazzias passées ou à venir, ou encore le djehab (guerre sainte) contre le roumi (chrétien) détesté, réfractaire aux lois du Prophète.

Dans les cafés, les bains et les autres endroits publics, les adonnés au haschich coupent et préparent soigneusement le kif (chanvre sauvage) ou le madjoun. A côté, les intoxiqués se livrent à des actes similaires à la folie. J'en vis un qui, les yeux hagards, le front perlé de sueur et la face blême, se blotissait sous une banquette. Il croyait, le malheureux, voir s'ébouler sur lui les murs de la salle où il se trouvait! D'autres, sous le coup d'un complet abrutissement, gisaient ivres-morts sur les mosaïques du sol. Il en était de même des askaris (soldats) qui, réunis autour d'une tasse de thé verdâtre et épais, parfumé à l'absinthe sauvage, trempaient tour à tour leurs lèvres dans ce breuvage opaque et se passaient, à tour de rôle également, une pipe emplie de kif dont ils regardaient, avec un air bestial, s'élever en spirales l'épaisse fumée d'un gris bleuâtre qui se dégageait du minuscule récipient en terre rougeâtre, fixé à l'extrémité d'un bambou long et mince.

...

C. DELBREL, Chargé de mission.

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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 13:39

De quelques usages du cannabis.

Canabis (en français, chanvre).

Description. Il seroit superflu d’en donner une puis que cette plante est trop connuë.

Lieu. On le seme dans tous les bons fonds & la semence est meure en Septembre.

Propriétés. Sa semence consomme le sperme aux hommes, sa racine cuite en eau mollifie, & adoucit les jointures tertrées, appaise les inflammations, resout les enfleures, fait fondre les nœuds & duretez desdites jointures. La decoction de son herbe verte après l’avoir bien empreinte, fait sortir aussitôt les vers de terre, si on en jette dans leurs trous ; les pêcheurs en usent pour avoir des vers à toute heure pour pécher ; le suc ou la decoction mise dans le fondement des chevaux en fait sortir les vers. Les Empiriques asseurent que les feüilles coupées par menu, & frittes avec du sang de celuy qui saigne, & luy en faire manger, étanchera le sang de quel endroit qu’il sort.

Voici ci-dessus ce que j’ai lu dans l’Histoire des plantes de l’Europe… publiée à Lyon chez Nicolas Deville en 1716.

Je note, sans être des partisans de la dépénalisation de l’usage des parties stupéfiantes de cette plante, que l’auteur de cette notice ne parle d’aucun effet néfaste pour la santé. Je  ne recommande pas toutefois  à mes lecteurs de suivre ces prescriptions sans avis médical…

Jean-Louis Charvet.

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