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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 23:28

 

 

 

 

 

 

Extrait de l'article:

Les ports du Maroc. Leur commerce avec la France. Par A.-H. Dyé.

paru dans:

Bulletin de la Société de géographie commerciale. 1908.

 

 

" AGADIR. - La situation géographique de ce point est  complètement différente, et le port fermé d'Agadir, situé à une heure de marche au Nord de l'oued Soûs, est susceptible de prendre un jour une notable importance. Agadir n'est constituée aujourd'hui que par une citadelle, couronnant les derniers contreforts du Haut-Atlas, et dominant un misérable village de pêcheurs berbères (Founti). Fondé par les Portugais, ce port fut prospère jusqu'au XVIII° siècle, lorsqu'en 1776 il fut fermé par le sultan au moment de la création de Mogador, pour punir les rebelles du Soûs.

Depuis cette époque les caravanes de chameaux des laborieux Soûssi, et toutes celles vers l'oued Draa et le Sahara marocain, doivent atteindre la mer à Agadir, puis, regardant à peine ses plages frappées d'interdiction, remonter vers le Nord la route pénible et montagneuse qui mène en plusieurs étapes à Mogador. On voit combien cette voie de transit est coûteuse et anormale, tandis qu'il serait simple de charger sur les vaisseaux de mer grâce aux barcasses d'Agadir! Ce point est le débouché naturel du Soûs et du Sahara marocain, dont le commerce d'exportation et d'importation semble s'élever à 6 ou 8 millions par an. Si toutes les espérances que l'on fonde sur les richesses minières du Soûs et de l'Anti-Atlas sont quelque peu fondées, Agadir peut éventuellement prendre une très notable importance et grandir soudainement à l'exemple des ports du Sud tunisien.

La rade foraine d'Agadir, trop vantée par quelques auteurs, présente cependant des conditions nautiques plutôt favorables. D'une façon générale elle est orientée comme celle de Safi, ouverte aux vents de Sud-Ouest, protégée contre les brises de Nord et d'Est. Les fonds décroissent rapidement et très régulièrement. Si l'on crée un jour de toutes pièces un port artificiel à Agadir (car il n'existe rien qui puisse faire songer à un port naturel), les travaux maritimes auront beaucoup d'analogie avec ceux qui existeront avant quelques années à Safi.

Telle est la sitution d'Agadir: une bourgade misérable dans le présent, mais riche pour l'avenir d'espérances et de possibilités, qui tendront à détourner partiellement les courants commerciaux du port de Mogador.

Le cap Juby et les rivages sahariens.

Le mouillage du cap Juby est le point extrême du Sahara marocain qui soit occupé par un poste du makhzen. Il y avait là, il y a environ trente ans, un établissement fondé par des commerçants anglais qui essayèrent sans succès d'y créer une tête de ligne pour le départ des caravanes sahariennes. Ces établissements du cap Juby furent vendus au sultan du Maroc, qui donne l'investiture aux caïds des tribus voisines, et qui ravitaille le poste du makhzen à l'aide de petits vapeurs affrétés partant de Mogador.

Au point de vue commercial et maritime, tous les rivages de confins sahariens du Maroc, depuis Agadir jusqu'au cap Juby et jusqu'aux possessions espagnoles du Rio de Ouro, ne présentent aucun intérêt. Ce sont des pays pauvres où les productions locales sont à peu près nulles. Le mouvement des caravanes, jadis alimenté surtout par le trafic des esclaves, est aujourd'hui tari et coupé dans ses racines: 1° par l'abolition de la traite dans le pays des Noirs, au Sénégal et au Soudan; 2° par la facilité de ravitaillement de la Mauritanie nigérienne à l'aide des fleuves et des chemins de fer aboutissant à Saint-Louis et à Dakar.

Le Sahara marocain comprend les provinces de l'Oued-Nouon et des Tekna, les oasis de l'oued Draa et de la Saguiet-el-Hamra. Les baies de la côte furent visitées en 1883 par une commission hispano-marocaine, qui rechercha vainement les ruines de l'ancien port espagnol de Santa-Cruz de Mar Pequena. Deux petites baies sont à signaler, à peine propres au mouillage de très faibles bateaux: ce sont Sidi-Mohamed-ben-Abdallah et l'oued Assaka.

Dans les dernières années la Saguiet-el-Hamra et le pays de Tarfaya, situés aux environs du cap Juby, sont devenus un foyer d'agitation religieuse et xénophobe sous l'influence du vieux marabout Mâ-el-Aïnin, qui allait chaque année à Fez et à Marrakech pour se ravitailler en armes, en munitions et en argent, destinés à combattre les troupes françaises du Sénégal. Tous ces Sahariens, vêtus de guinée bleue et généralement voilés comme les Touareg, sont désignés par les Marocains sous le nom d'"hommes bleus"; pour eux, la contrebande de guerre a remplacé la traite des esclaves noirs, et surtout celle des jeunes négresses qui sont vendues publiquement au Maroc dans les villes où il n'y a pas d'Européens. Les difficultés rencontrées par la France en Mauritanie depuis quelques années, la résistance des Maures dissidents qui a causé l'assassinat de M. Coppolani et les combats sanglants de Tidjikja sont en grande partie le résultat des prédications, des excitations et des apports d'armes effectués par le marabout Mâ-el-Aïnin et le chérif Moulaye Idris.

Aussi est-il devenu nécessaire, au point de vue politique, de surveiller ce qui se passe au cap de Juby. Il est à souhaiter que la France et l'Espagne s'entendent pour y arrêter efficacement la contrebande vers leurs possessions sahariennes."

 

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 07:31

Ci-dessous un article tiré du journal Le Magasin pittoresque de septembre 1856.

" Rabat.

Sur la côte occidentale du Maroc, il existe deux villes offrant un aspect analogue à ce que nous voyons, en France, à Bayonne et Saint-Esprit, deux villes jumelles séparées par un fleuve qui est leur port commun. Les deux cités dont nous parlons sont Salé et Rabat, plus correctement Slaa et R'bat, la première au nord, la seconde au sud du Bou-R'gaba, "le Père aux hirondelles", ainsi nommé des fourrés qui bordent son cours.

Salé est la ville des forbans, ou plutôt elle l'a été, car cette industrie improbe est bien déchue depuis les dernières leçons données par la marine française aux ports marocains à diverses reprises, et notamment en 1851, date du bombardement de Salé. Rabat a une spécialité moins dangereuse: c'est une place commerçante, industrieuse, avec des fabriques de cotonnades et entourée de cultures en bon état. Sa population est fort peu connue: M. Graberg de Hemso la porte à 28.000 âmes, dont 7.000 juifs, tandis qu'un voyageur en compte 60.000 (peut-être en y comprenant la ville voisine).

Bâtie sur le penchant d'une colline, Rabat est entourée d'une vieille enceinte spacieuse, munie de tours, et a pour défenses naturelles le fleuve et la mer. Le champ des tombeaux, compris dans cette enceinte entre les habitations et la mer, renferme une belle poudrière bâtie sur un monticule de médiocre élévation. Quant à la ville même, elle est sillonnée de rues tortueuses, et assez mal bâtie. La casbah (citadelle) la commande vers l'ouest, et quelques batteries défendent le mouillage, qui est fort médiocre.

Comme presque tous les ports marocains de l'Océan, le port de Rabat s'ensable d'une façon alarmante; il a 4 mètres au flux, 2 mètres seulement au reflux.

Rabat a été fondée, à la fin du douzième siècle, par le fameux Iacoub-al-Mansour (le Victorieux), qui l'appela R'bat El-F'tah, "le camp ou le couvent de la Victoire." En arabe, où les idées de guerre sont étroitement liées à celles de religion, le mot r'bat a les deux sens que nous venons de lui donner.

Le tombeau du Victorieux figure près de Rabat,  à Chella, ville qu'il avait choisie pour en faire sa capitale très-éphémère. On voit encore dans cette ville bien déchue la casbah, les murs et la mosquée d'Al-Mansour, joli monument où reposent ses cendres."

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19 février 2013 2 19 /02 /février /2013 00:04

Une  chasse à la panthère à Beni-Mellal (Maroc).

Comme je l’ai plusieurs fois écrit sur ce blog, j’affectionne particulièrement la lecture des journaux d’autrefois, dans lesquels on trouve des renseignements sur la vie de nos ancêtres, renseignements  souvent ignorés de l’histoire officielle. Ma dernière acquisition, deux volumes, datés de 1929 et 1930 du Chasseur Français. Cette revue ne publiait pas que des articles relatifs à la chasse, loin de là. J’en extrais l’article suivant, paru dans le numéro de janvier 1929, sur une chasse à la panthère au Maroc ; il y est fait allusion aux Chleuhs, ces bandits qui se livraient notamment à l’enlèvement d’Européens pour obtenir une rançon.

Jean-Louis Charvet.

 

«  La chasse à la panthère au Maroc.

Beni-Mellal est situé aux pieds des Monts-Atlas, dans une des plus belles régions du Maroc ; les environs en sont boisés, les rivières et les sources sont nombreuses et le gibier y abonde. On y trouve en quantité le perdreau rouge, la bécasse, la bécassine, la caille sédentaire, le lièvre, etc. En été les palombes, les tourterelles et les pigeons y pullulent ; le sanglier, le renard, le chacal s’y rencontrent également fréquemment. La panthère se tient de préférence dans la montagne encore peuplée de Chleuhs (Berbères insoumis) demi-sauvages avec lesquels elle est en bonne compagnie. Ces Chleuhs, réduits de par leur faute à la misère, se livrent au brigandage, tendant des embuscades aux imprudents Européens qui s’éloignent des villages, ils les enlèvent, les emmènent sous la menace dans leurs montagnes et demandent ensuite de fortes rançons pour les rendre. On se souvient encore du retentissant enlèvement de MM. Maillet et Steeg et de deux dames. Il serait à souhaiter que ces bandits tombassent sur des chasseurs qu’un doublé de Chleuhs n’effrayerait pas. Tout dernièrement accompagné d’un de mes amis, enragé chasseur comme moi, et qui, le cas échéant, descendrait un Chleuh avec le même flegme qu’il descendrait un sanglier, j’étais parti avec mes chiens faire un tour de chasse dans la Deroua, à environ 4 kilomètres du lieu de l’enlèvement des 4 Européens précités ; les lentisques y sont là très épais et les perdreaux y abondent ; nous chassions au plomb n° 7 et l’endroit étant réputé peu sûr nous ne nous éloignions pas plus d’une cinquantaine de mètres l’un de l’autre, conservant toujours à portée de la main 2 cartouches à chevrotines en cas de besoin. Nous chassions depuis un moment quand soudainement nos chiens viennent en courant se réfugier dans nos jambes, apeurés, enflant le dos, le poil dressé tout le long de l’épine dorsale. Mon ami s’arrête aussi et bascule son fusil et précipitamment change ses cartouches de 7 pour des chevrotines. J’en fais immédiatement autant, persuadé que nous nous trouvions en face d’une bande de Chleuhs, et, je me garde bien de me rapprocher de mon ami trouvant plus prudent de conserver notre écartement de façon à pouvoir nous défendre. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire mon ami met en joue, tire et me crie : « ça y est ! ça y est ! « . Je lui crie aussitôt à mon tour : « Attention, méfiez-vous, ce « Salopard » n’est certainement pas seul ». Tout joyeux mon ami me répond : « Mais il n’est pas question de « Salopard » c’est une panthère que je viens de tuer ».

M’approchant, je vois effectivement, couchée sur le flanc et bien morte,  une jeune panthère. Réquisitionner quelques indigènes des douars les plus proches, hisser la bête dans l’auto et rentrer fut l’affaire de quelques instants, trop heureux de ce magistral coup de fusil pour insister davantage.

La bête faisait exactement 2m25 du nez à l’extrémité de la queue et semblait âgée de 6 à 8 mois.

J’ai tué pour mon compte passablement de panthères quand j’étais en Perse, mais elles sont loin d’être aussi grandes et  belles que la panthère marocaine.

Quant à mon ami, nouvellement installé à Beni-Mellal, c’est sa première panthère : je ne saurais mieux faire que de lui en souhaiter maintenant une seconde.

Dr E. J. AZZOPARDY, Beni-Mellal, ancien abonné du Chasseur Français. »

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