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15 novembre 2016 2 15 /11 /novembre /2016 01:30

 

L’esclavage n’a pas été, loin de là, une pratique réservée aux Européens au préjudice des Noirs. De l’Antiquité gréco-romaine au monde d’aujourd’hui, il a été pratiqué par de très nombreux peuples. L’Organisation internationale du travail estime à 21 millions le nombre d’êtres humains asservis en 2014. Les barbaresques de Tripoli (Lybie), Tunis et Alger en tirèrent d’importants revenus jusqu’au XIX° siècle. On parle de plus en plus de l’esclavage au profit des musulmans, en Afrique, dans l’Empire ottoman, etc… Ce n’est que justice, mais le fait que les Occidentaux n’ont pas été les seuls esclavagistes ne saurait diminuer leur responsabilité à ce sujet, et celle, également, des rois ou chefs africains qui tiraient profit de ce commerce infâme.

Nombreux sont les textes racontant des anecdotes sur l’esclavage. Celles qui suivent sont tirées de : Education par l’histoire, ou école des jeunes gens... Paris. Haut Cœur et Gayet. 1824. J’ai conservé l’orthographe et la ponctuation originales. On ne s’étonnera donc pas de lire enfans pour enfants, présens pour présents, etc...

Jean-Louis Charvet

jlcharvet.over-blog.com

 

Texte 1.

«  Traits de reconnaissance du Chevalier de Pontis.

Le chevalier de Pontis, frère de celui qui nous a laissé des Mémoires sur sa vie, fut pris, en faisant ses caravanes, par un pirate qui le conduisit à Alger, et qui le vendit à un Turc plus généreux ou moins barbare que ses compatriotes. Après deux ans d’une servitude fort douce, il fait venir le chevalier : « Vous m’avez servi, lui dit-il, en homme d’honneur, et non en esclave ; et moi, je cesse d’être votre maître pour devenir votre ami. Soyez libre ; retournez dans votre patrie ; mais emportez du moins quelque gage de ma reconnaissance, et demandez-moi tout ce que vous désirez. » Le chevalier, pénétré d’estime pour cet homme généreux, ne voulut accepter que l’argent nécessaire pour son voyage, et il retourna à Marseille.

Quelques années après, se promenant sur le port de cette ville, il voit aborder un vaisseau étranger ; des soldats en sortent, et traînent après eux des esclaves musulmans. Le souvenir de sa servitude intéresse Pontis au sort de ces infortunés ; il s’approche et les examine. Quel fut son étonnement, lorsque parmi eux il reconnut son ancien maître ! il perce la foule des soldats, court à lui et l’embrasse avec des larmes de joie : « Si j’ai revu ma famille, lui dit-il, je le dois à vos bienfaits ; retournez au sein de la vôtre, et apprenez qu’une bonne action n’est jamais perdue, et qu’un Français n’est pas fait pour se laisser vaincre en générosité par un autre homme, de quelque nation qu’il puisse être. » Pontis demande à qui appartient l’esclave ; il s’informe du prix de sa rançon, et la paie à l’instant sans marchander ; ensuite il le conduit dans sa maison, le comble de caresses, et le renvoie chargé de présens. »

Texte 2.

«  Nicolas Compian.

Ce nom volerait de bouche en bouche, si celui qui le porte était né à Sparte, à Rome ; mais il était Français, et à peine les Français le connaissent-ils.

C’est vers la fin du dix-septième siècle que cet homme, digne de nos hommages, s’étant embarqué sur un navire marseillais pour aller en Egypte, eut le malheur d’être fait esclave par un corsaire de Tripoli. Ce corsaire, qui était sensible, parce qu’il n’avait pas toujours été riche, traitait son esclave avec humanité ; mais Compian n’en déplorait pas moins la perte d’un bien sans lequel les autres n’ont pas de prix, la liberté. Chaque jour le souvenir de sa patrie lui arrachait des larmes. Il y avait laissé une famille qu’il chérissait ; c’était pour elle qu’il allait chercher fortune en Egypte. Sa profonde tristesse toucha son maître, assez sensé pour savoir que la nature n’a point fait d’esclave. Un jour il l’appelle, et le traitant en ami malheureux, il lui dit : « Donne-moi ta parole d’honneur de revenir, et je te laisse aller à Marseille revoir ta famille et arranger tes affaires. » L’esclave ayant juré qu’il reviendrait, son maître ajouta : « Va donc ; que ton Dieu te conduise et te ramène en bonne santé. »

Compian part, il a des ailes ; sa patrie était encore bien loin, et il la voyait déjà. Enfin il se trouve dans les bras de ses parens, qui l’embrassent et qui pleurent, car la joie a aussi ses larmes. Deux mois s’écoulent au sein du bonheur. Mais il n’a pas perdu de vue l’engagement sacré. Victime muette, il se dérobe à la tendresse de ses frères, et avec la probité de Régulus, il court reprendre ses chaînes.

Son retour étonne le corsaire. Dans ce moment il disputait à la mort la plus belle et la plus fidèle des femmes : « Chrétien, lui dit-il, tu viens à propos, la mère de mes enfans est près d’expirer ; je suis dans la douleur ; prie, prie ton Dieu pour elle et pour moi ; car les prières d’un homme de bien doivent le toucher. » Compian tombe à genoux ; et, mêlant ses vœux à ceux du Musulman, il obtint du ciel la guérison de la belle Tripolitaine.

 

La convalescence d’une bonne mère est un jour de fête, et le signal de la joie devrait toujours être un bienfait : - « Ecoute-moi, dit le maître à son esclave, en lui serrant la main, ne nous affligeons plus, elle vit ; tu as partagé mes peines, que ne puis-je, en reconnaissance, t’associer à notre bonheur ! J’ai une fille qui pourrait m’acquitter, mais la religion... Ecoute, te dis-je ; ne m’interromps pas par des remerciemens, lorsque je n’ai encore rien fait. Il est un bien que tu désires, c’est la liberté ; je te la donne. Sois libre. Mais c’est peu pour moi. Un vaisseau chargé de grains t’attend au port ; pars, puisque la Providence veut que tu me quittes : ne va pas au moins les mains vides rejoindre tes parens ; soyez tous mes amis comme je suis le tien... » »

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 00:33

Je lis ces jours-ci avec beaucoup d'intérêt "Un capitaine de quinze ans" de Jules Verne. Ses considérations sur l'esclavage des Noirs sont particulièrement intéressantes. Pour les lire, cliquez sur le lien suivant:

 

http://fr.wikisource.org/wiki/Un_capitaine_de_quinze_ans/II/1

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13 août 2013 2 13 /08 /août /2013 04:52

On sait peu, ou on ne veut pas savoir, que les Blancs ne furent pas les seuls responsables de la traite des Noirs; l'extrait d'un article du journal Le Musée des familles, de février 1836, est éloquent sur ce sujet; comme tout texte, il mérite cependant discussion. Voir:   http://www.universalis.fr/encyclopedie/negrier/

 

" La traite des noirs.

... Ce fut vers les premières années du seizième siècle que les navires européens commencèrent à visiter les côtes d'Afrique, pour y chercher des renforts d'esclaves et les transporter dans les Antilles.

Les côtes d'Afrique étaient à cette époque dans l'état où elles sont encore, - à un peu plus de population et à un peu moins de civilisation près; chaque peuplade, divisée par banzas, par kraals, etc., était soumise à un damel ou roi qui avait sous son autorité des voadsiris, espèces de seigneurs suzerains, des lohavohlits, correspondant à nos anciens seigneurs de villages, et des ombias, ministres de la religion du pays. Ce fut à ces différens chefs que les recruteurs de noirs s'adressèrent. Pour les amener plus sûrement et plus facilement à l'action lâche et cruelle qu'ils leur proposaient, ils commencèrent par les corrompre en les prenant par le vice qui dessèche le mieux le coeur et qui se développe le plus promptement chez les sauvages, par la cupidité. Ils l'excitèrent en eux par l'appât de mille bagatelles étrangères dont l'ignorance des nègres faisait tout le prix. - Il faut se rappeler combien les Africains étaient barbares et combien l'éducation tourne vite au mal; pour se figurer avec quelle désolante rapidité les Européens firent germer tous leurs vices sur la nouvelle terre où ils venaient les semer. La promesse, menteuse, il est vrai, mais bien séduisante d'un pays magnifique et d'une vie douce et facile, n'avait pu entraîner aucun noir à quitter sa hutte misérable et son rivage aride. Et pour quelques vils morceaux de métal, la plupart accoururent se vendre ou vendre leurs frères. Les rois cédèrent leurs sujets, leurs gardes, leurs femmes pour des sabres et des fusils; ils se ruèrent les uns sur les autres afin de se voler leurs peuplades et de les livrer par troupeaux aux négriers; on vit des familles entières proposer leur liberté pour des colliers de grenats et de verroteries; le père garrottait son fils, le frère enlevait son frère, et ils allaient les échanger contre un pistolet ou un couteau, et le blanc s'applaudissait du marché!

Qu'on ne nous accuse pas d'exagérer: il existe encore plus d'un capitaine qui engraisse sa vieillesse, élève ses fils et dote ses filles avec l'argent qu'il a retiré de ces marchés d'or, comme il les appelle. L'Afrique devint un magasin d'hommes, et les noirs ne furent plus qu'une denrée comme le sucre ou le moka. Tout le monde connaît ces désignations inhumaines de bois d'ébène, de casimir noir et autres, dont le jargon maritime a plus d'une fois abusé, mais qu'il n'est pas inutile de rappeler pour donner une idée complète de ce qu'était la traite des noirs. Elle fut barbare surtout dans son origine; elle ne devint moins impitoyable qu'en devenant plus commune et plus facile. L'espèce d'éducation commerciale que les rois africains acquirent peu à peu au frottement des négriers, et la multiplication rapide de ceux-ci forcèrent de régulariser le commerce de la côte; mais tous les règlemens qui ne l'abolissaient pas ne servant qu'à le sanctionner, s'il perdit quelque chose de son atrocité dans la forme, il n'en resta pas moins atroce dans le fond; seulement il le fut devant la loi qui n'a jamais tort: admirable progrès sur lequel la conscience de l'Europe se reposa pendant plus de cent ans!

. P. CHEVALIER."

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 08:16

Article tiré du journal La Mosaïque de 1837.

" Saint Vincent de Paul.

... Se trouvant à Marseille, en 1605, pour recueillir un héritage, il s'embarqua pour revenir par mer à Narbonne; mais trois corsaires turcs, qui croisaient dans ces parages, attaquèrent le vaisseau que montait saint Vincent de Paul, et s'en emparèrent après une vive résistance. Ils enchaînèrent l'équipage et les passagers, bien que le plus grand nombre fût blessé, et firent voile pour la côte d'Afrique. Saint Vincent, blessé d'une flèche, dépouillé de ses vêtemens, et, comme il le rapporte lui-même, couvert seulement d'une paire de caleçon, d'un hoqueton de lin et d'un bonnet, fut promené dans les rues de Tunis, et offert en vente sur la place publique. "Nous ayant fait faire cinq ou six tours par la ville, dit-il, la chaîne au col, ils nous ramenèrent au bateau, afin que les marchands vinssent voir qui pouvait bien manger et qui non, et pour montrer que nos plaies n'étaient pas mortelles. Cela fait, ils nous ramenèrent à la place, où les marchands nous vinrent visiter, tout de même que l'on fait à l'achat d'un cheval ou d'un boeuf, nous faisant ouvrir la bouche pour voir nos dents, palpant nos côtes, sondant nos plaies, et nous faisant cheminer le pas, trotter ou courir, puis lever des fardeaux, et puis lutter, pour voir la force d'un chacun, et mille autres sortes de brutalités."

A près avoir passé par ces rudes et humiliantes épreuves, saint Vincent fut vendu à un pêcheur, qui fut bientôt obligé de s'en défaire, parce qu'il ne lui était bon à rien. Il passa au pouvoir d'un vieux médecin du pays, qui cherchait la pierre philosophale, et fut compris, à sa mort, dans son héritage. Le neveu du docteur arabe le vendit à un renégat de Nice en Savoie. Saint Vincent convertit une des femmes de ce renégat, qui convertit à son tour leur maître commun, et tous ensemble s'embarquant sur un petit esquif, arrivèrent, le 23 juin 1607, sur les côtes de France."

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16 juillet 2013 2 16 /07 /juillet /2013 20:39

Article tiré du Magasin pittoresque de 1833.

"  Traite des noirs. Un grand nombre de voix se sont élevées en Europe contre l'esclavage des noirs dans les colonies. Cela est juste et humain; mais il y a une difficulté qui n'est peut-être pas résolue.

Comment remplacer les noirs?

La France et l'Angleterre, rivales depuis bien des siècles, ont uni leur puissance pour empêcher cette vente de chair humaine; leurs navires parcourent les mers pour capturer les bâtimens négriers, dont le capitaine et l'équipage sont punis avec rigueur. Cela est encore bien; cependant si l'on veut cultiver les colonies, comment conserver les colonies sans acheter des nègres?

Or, si les planteurs peuvent acheter des nègres, ne faut-il pas que des particuliers en aillent chercher à la côte d'Afrique?

Il y a une contradiction manifeste de la part des généreux antagonistes de la traite.

Aussi, qu'en résulte-t-il? C'est que des êtres à face humaine, qui dans les flancs de leurs navire recélaient cette marchandise prohibée, des êtres blancs comme nous, se trouvant chassés, poussés à bout, traqués par quelque navire croiseur, se débarrassent de leur cargaison en la jetant par-dessus bord.

Malheureusement, en un jour on ne change pas ce que les siècles ont fait. Aussi doit-on s'attendre à voir renouveler des horreurs pareilles à celles qu'exprime la gravure.

Peut-être pourrait-on concilier les intérêts des planteurs et les devoirs que nous impose l'humanité, par quelque mesure analogue à celle-ci:

Une grande compagnie, anglaise ou française, libre, ou mieux encore, déléguée par les deux gouvernemens réunis, et fondée comme se sont autrefois fondées les compagnies commerciales des Indes, après avoir effectué les calculs convenables, se chargerait elle-même, légalement et avec privilège, de pourvoir les colonies d'une quantité suffisante de nègres pour équilibrer les besoins annuels.

Dans ce but, elle nouerait avec les populations de la côte, qui vendent leurs prisonniers et leurs condamnés, des relations légales, à l'aide desquelles elle pourrait plus tard  leur inculquer la civilisation européenne.

Les nègres achetés seraient considérés comme des soldats enrégimentés, appartenant à la compagnie, qui les louerait aux colons selon certaines règles.

Nos soldats qui tombent au sortne sont-ils pas, sous un certain point de vue, tellement esclaves qu'on les fusille s'ils désertent, ou s'ils rendent à leur lieutenant la pousséequ'ils en ont reçue?

Les nègres pourraient suivre diverses voies dans la vie. Les uns demeurant toujours enrôlés, comme les vieux soldats, auraient l'avantage d'être sous une dépendance gouvernementale, et non sous le caprice des particuliers. D'autres suivraient les routes qui leur seraient ouvertes pour conquérir leur liberté. D'autres pourraient faire retour dans leur patrie, et deviendraient des centres de civilisation  chacun dans leur tribu.

Ceux qui travailleraient sur les habitationssubiraient une surveillance protectrice; et comme il serait défendu d'acheter des nègres, la traitecesserait.

Les colonies deviendraient ainsi des ateliers universels, des écoles d'enseignement général, où les noires populations africaines, qui se traitent entre elles avec plus de barbarie que les colons ne traitent leurs esclaves (car on a peut-être exagéré ou du moins trop généralisé la cruauté des maîtres) passeraient toutes alors, et successivement, pour apprendre à conquérir leur place, et à mériter un grade dans l'échelle civilisée de la grande famille humaine."

à l'époque ne faisaient le service militaire que les jeunes gens qui tiraient un "mauvais numéro".

poussée: On dit figurément & populairement, Donner la poussée à quelqu'un, pour dire, Poursuivre vivement quelqu'un, lui faire grand'peur, le tourmenter. Les Sergens lui ont donné la poussée. (Dictionnaire de l'Académie française, édition de 1762.)

habitations: exploitations agricoles coloniales.

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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 00:58

Extrait d'un article paru dans le journal Le Voleur du 20 juillet 1888. Lire aussi sur le "traitement" des différentes formes d'esclavage dans la politique de "mémoire" actuelle:

 

  http://www.lexpress.fr/actualite/societe/encore-aujourd-hui_482221.html

 

" La croisade noire.

Lors de son dernier voyage à Rome - il n'y a pas plus d'un mois - le cardinal Lavigerie a eu avec Léon XIII plusieurs entretiens d'un caractère particulier d'intérêt et de gravité.

L'ardent et saint apôtre ayant exposé minutieusement au saint-père à quelles pratiques "scélérates" se livre l'esclavagisme dans l'Afrique intérieure, au centre même des missions des Pères Blancs, le pape lui a donné les instructions et les pouvoirs les plus larges pour extirper le mal qui mine cet infortuné pays et qui menace de le dépeupler.

En effet, sur une étendue égale au territoire de la France, l'esclavagisme, éludant les traités internationaux qui ont aboli la traite, dont les côtes, surveillées par les vaisseaux européens, sont heureusement délivrées, l'a reportée et l'exerce de la façon la plus sauvage à l'intérieur des terres. Quatre à cinq cent mille têtes de... bétail humain sont, tous les ans, arrachées au pays: rien qu'enfants et femmes! Car, ayant expérimenté que les nègres adultes ne sont plus d'un trafic avantageux sur terre, parce qu'ils parviennent toujours à s'évader et à regagner leurs contrées natales, les esclavagistes se sont arrêtés au parti de se débarrasser tout d'abord des hommes, en les exterminant impitoyablement; et cela s'accomplit dans la proportion de cinq environ par groupe de famille: de telle sorte que c'est deux millions d'individus qui disparaissent annuellement de l'Afrique équatoriale, et que, avant cinquante ans, il n'y aura plus personne dans ces riches et populeuses contrées.

Car c'est en grand que les esclavagistes exercent leur odieuse industrie, au moyen de véritables chasses à l'homme, comme, dans une région infestée d'animaux nuisibles, on fait la chasse aux bêtes. Ils sont façonnés à ce genre de... sport, où c'est leurs semblables qu'ils traquent, par des métis de nègres et de musulmans, dont la férocité est proverbiale dans toute l'Afrique. "Dieu a fait les blancs", disent les indigènes; "Dieu a fait les noirs;" mais ajoutent-ils avec terreur, "c'est le diable qui a fait les métis!"

Ceux-ci, le jour de la traite venu, se jettent, à la tête de musulmans nègres, armés de fusils de précision, sur le pays; ils tombent à l'improviste sur les villages qu'ils saccagent et incendient, massacrant les hommes, avant tout; et, quand les enfants et les femmes sont ainsi sans défense, ils les capturent, les enchaînent quatre par quatre, la cangue au cou, et ils les emmènents pour les vendre.

Dire quels parcours lamentables, pleins de mauvais traitements et où la peur de pire les aiguillonne, suivent ces "chaînes de forçats" serait raconter des scènes palpitantes de calvaire.

Si les femmes, exténuées par la marche, épuisées par les privations (on ne leur donne, pour toute nourriture, qu'une poignée de pilau par jour) s'arrêtent et tombent, incapables d'avancer davantage, on les tue. D'un coup de sabre, on leur détache la tête du tronc, qui va rouler par terre, et la marche recommence, l'enfant se plaçant sous le trou béant et dégouttant du sang de la victime... Parfois, quand ces exécutions sommaires ne parviennent pas à stimuler le troupeau surmené, le métis fait un exemple: "Tu ne veux plus marcher? -Je ne peux plus! Je resterai là! -Soit, tu resteras là! " Et du revers de son sabre, il lui détache un bras. "Oui", reprend-il avec rage, "tu resteras là" et il lui coupe la jambe. "A présent, reste là!" Mais souvent, pour forcer les autres à recouvrer un reste de vigueur, il prend les restes pantelants et il les jette au loin, en criant: "C'est de la chair fraîche, ça attirera les fauves, et ceux qui n'auront pu marcher, les bêtes les dévoreront!" Et alors le convoi, plein d'effroi, force l'étape.

... Edouard de SUTIL.3

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25 juin 2013 2 25 /06 /juin /2013 05:58

Esclaves et boucaniers à Saint Domingue.

Le texte qui suit (orthographe et ponctuation de l’époque respectées)  est tiré de l’Abrégé de Histoire générale des voyages, tome XV, publié à Paris en 1780. Il reprend ce que dit le Père Labat, lors de son voyage, au début du XVIII° siècle, à Saint Domingue, alors en partie française.

« Le P. Labat compte treize lieues de l’Estere au Cul-de-sac, & se plaint des chemins, qu’il trouva fort incommodes, mais qu’il était aisé, dit-il, de rendre moins difficiles. A l’occasion des Nègres Marrons, ou fugitifs, qui s’étaient réfugiés au nombre de six à sept cens, dans un canton de l’isle, nommé la Montagne noire, il nous apprend que l’usage de cette Colonie, est de marquer les Nègres, lorsqu’on les achete. On se sert, pour cette opération, d’une lame d’argent très-mince, qui forme leur chiffre. Elle est soutenue par un petit manche : & comme le chiffre, ou les lettres, pourraient se trouver les mêmes dans plusieurs habitations, on observe d’appliquer la lame en divers endroits du corps, ce qui s’appelle étamper un Nègre. Il suffit de chauffer l’étampe, sans la faire rougir. On frotte l’endroit où elle doit être appliquée, avec un peu de suif ou de graisse, & l’on met dessus un papier huilé ou ciré, sur lequel l’étampe s’applique le plus légerement qu’il est possible. La chair s’enfle aussi-tôt ; &, dès que l’effet de la brûlure est passé, la marque reste imprimée sur la peau, sans qu’il soit jamais possible de l’effacer. Un esclave, qui est vendu & revendu plusieurs fois, se trouve aussi chargé de ces caracteres, qu’un ancien obélisque d’Egypte. On n’a point cette méthode dans les petites Isles ; et les Nègres y seraient au désespoir de se voir marqués comme les chevaux & les bœufs. Mais on a jugé cette précaution absolument nécessaire, dans une Isle aussi vaste que Saint-Domingue, où les  Nègres peuvent fuir, & se retirer dans des montagnes inaccessibles. C’était le cas où la Colonie se trouvait alors. On proposa d’assembler des Volontaires, pour enlever ceux qui avaient pris la fuite ; personne ne se présenta, pour une expédition qui ne promettait que de la fatigue & du danger. Il n’y avait que les chasseurs, c’est-à-dire les Boucaniers, qui fussent capables de l’entreprendre, parce qu’ils connaissaient tous les détours des montagnes, & qu’ils étaient faits aux plus rudes marches ; mais, loin de souhaiter la réduction des Nègres, ils trouvaient de l’avantage à tirer d’eux des chevaux sauvages, des cuirs, & des viandes toutes boucanées, pour de la poudre, des balles, des armes, des toiles & d’autres secours, qu’ils leur donnaient en échange. Cependant, comme ce trafic ne pouvait être secret, & qu’on en murmurait hautement, ils offrirent, pour l’honneur de leur fidélité, de marcher à la manière des Flibustiers, c’est-à-dire, à condition que ceux qui reviendraient estropiés, auraient six cens écus, ou six Nègres, que les Nègres qui seraient pris, leur appartiendraient, & que pour la sûreté des estropiés, toute la Colonie s’obligerait solidairement. Ces conditions furent rejettées, parce que le profit n’aurait été que pour les chasseurs. En général, le maître d’un Nègre fugitif est obligé de payer vingt-cinq écus à celui qui le prend hors des quartiers Français, & cinq écus seulement pour ceux qu’on prend dans les quartiers, mais hors de leur habitation. »

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23 juin 2013 7 23 /06 /juin /2013 22:18

" NOIR (Code), nom donné à un édit du mois de mars 1685 ayant pour objet principal de régler la condition des nègres dans les colonies françaises de l'Amérique. Il se compose de 60 articles. L'esclave y est qualifié chose ou meuble, et non personne civile; à ce titre, il ne peut rien posséder par lui-même, et fait partie de la communauté entre époux; son témoignage n'est pas admis en justice contre son maître. Celui qui a frappé son maître ou quelqu'un des siens au visage, avec contusion ou effusion de sang, est puni de mort. Celui qui a été en fuite pendant un mois a les oreilles coupées et est marqué d'une fleur de lis sur l'épaule; pour la récidive, on lui coupe un jarret, et on le marque sur l'autre épaule; pour la 3° fois, il est mis à mort. Il est loisible au maître de faire enchaîner et battre de verges ou de cordes son esclave; mais il ne peut, sous peine de confiscation par l'Etat, lui faire subir des tortures ou des mutilations; s'il l'a tué de ses propres mains, il peut être poursuivi criminellement. Le Code noir recommande de traiter les esclaves en bon père de famille, de donner des soins à ceux qui sont tombés malades ou devenus infirmes; il détermine la quantité de vivres et l'espèce de vêtements qui doivent leur être distribués; il interdit le concubinage avec une esclave, et, s'il a lieu néanmoins, l'esclave devient libre, ainsi que les enfants qu'elle aurait eus du maître. Tout blanc âgé de 20 ans peut affranchir ses esclaves. Les maîtres sont tenus de faire baptiser et instruire leurs esclaves, de leur permettre d'assister aux exercices religieux, de favoriser les mariages entre eux, mais il ne leur est pas permis de les marier contre leur gré. Les nègres qui décèdent chrétiens doivent être déposés en terre sainte. Le travail est suspendu pendant 24 heures, le samedi à partir de minuit. - Une ordonnance de Louis XVI, en 1784, compléta la législation en matière d'esclavage. Après avoir spécifié les heures de repos accordées aux esclaves les jours de fête et les dimanches, elle alloue à chacun d'eux un petit terrain qu'ils cultiveront dans leurs loisirs, et dont les produits tourneront entièrement à leur aisance personnelle; elle établit des infirmeries convenablement meublées pour les esclaves, défend de laisser ceux-ci coucher par terre, exige qu'on n'assujettisse les femmes enceintes et les nourrices qu'à un travail modéré, limite à 50 le nombre des coups de fouet infligés comme châtiment, et décide que les procureurs ou économes des habitations pourront être, suivant les cas, pour sévices envers les esclaves, révoqués de leurs fonctions, ou condamnés à l'amende, ou même mis à mort.

Le Code noir fut aboli par la loi du 10 pluviôse an II (9 février 1794), qui proscrivait l'esclavage; mais il fut rétabli, sous le Consulat, par la loi du 30 floréal an X. Divers adoucissements avaient été apportés depuis 1815 à la législation, lorsque la Révolution de 1848 entraîna définitivement la suppression de l'esclavage."

 

Source:

Dictionnaire général des lettres, des beaux-arts et des sciences morales et politiques... Par Bachelet et Dezobry. Deuxième partie. Cinquième édition. Paris, Delagrave. 1879.

 

 

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10 février 2013 7 10 /02 /février /2013 01:38

L’esclavage des blancs en Sicile.

« Dans la comédie de Molière intitulée le Sicilien, il y a, parmi les personnages, des esclaves blancs, des femmes grecques, et des Turcs. On fait remarquer à cette occasion que la Sicile est, de tous les pays chrétiens en Europe, celui où les traces de l’esclavage peuvent être suivies jusqu’au temps le moins éloigné du nôtre. On va jusqu’à dire qu’il n’a pris fin légalement qu’en l’année 1812, lorsque lord Bentinck fit adopter en Sicile une constitution presque toute anglaise.

Les guerres continuelles que, sur les côtes de la Méditerranée, on eut à soutenir durant plusieurs siècles contre les corsaires barbaresques et contre les Turcs, ces guerres, où tant de chrétiens prisonniers étaient réduits en servitude, donnèrent lieu à des représailles ; esclavage contre esclavage était devenu la loi. On faisait, de part et d’autre, la chasse aux hommes.

Plusieurs des lois (capitula) du roi Frédéric II, données à Messine, règlent les questions d’esclavage et montrent qu’il y avait alors, en Sicile, des esclaves chrétiens aussi bien que des Sarrasins. Par exemple, un article prescrit « qu’un esclave grec ne doit pas être vendu à une personne suspecte ou à toute autre si, par dévouement à son premier maître, il n’y consent pas. »

Les preuves qu’au dix-septième siècle l’esclavage existait encore en Sicile sont très-nombreuses. Sous Philippe III, l’amiral de la flotte sicilienne, Octave d’Aragon, dans des expéditions à Scio et à Malte, fit esclaves beaucoup de Turcs, hommes, femmes et enfants. Gregorio Leti, dans sa biographie de don Pedro Giron, duc d’Ossone, compte plus de cinq mille de ces esclaves en Sicile entre les années 1612 et 1616. Le duc reçut en présent, de Cosme II de Médicis, trois belles jeunes filles de Chypre, prises par ses galères : la vice-reine fit empoisonner l’une d’elles. »

Article extrait de la revue Le Magasin pittoresque, décembre 1882.

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