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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 00:40

Guaymas (Mexique) en 1830.

J’ai fait il y a déjà quelque temps à l’Académie de Vaucluse une conférence sur Gaston de Raousset-Boulbon, avignonnais, qui, au terme d’une vie aventureuse, fut fusillé  à Guaymas (Mexique) ; voici quelques lignes sur cette ville, tirées de la Revue britannique (Paris), numéro de décembre 1830 (l’orthographe de l’époque a été conservée) :

 

... Le port de Guaymas, très-peu fréquenté par les Européens, se trouve complètement à l'abri des coups de vent par les collines qui l'entourent; mais son peu de profondeur ne permet pas à toute espèce de vaisseau d'y relâcher. Quoique les constructions du fort et de la ville aient très-peu d'apparence, cependant il s'y trouve des habitans aisés, et à en juger par le petit nombre de personnes que nous avons fréquentées, le sexe doit y être d'une beauté remarquable. Les Indiens et les Créoles y sont nombreux; mais le peu de soin qu'ils prennent de leur parure les affranchit de payer un tribut à nos manufactures de Leeds et de Manchester. Leurs vêtemens consistent en quelques aunes de toile de lin ou de coton, fabriquée dans le pays, et qu'ils jettent négligemment sur leurs épaules, et qu'ils fixent ensuite au milieu du corps par une ceinture en peau.

N'ayant point de lettres de recommandation, et les habitans se montrant d'ailleurs très-peu communicatifs avec les étrangers, nous fûmes obligés de nous suffire à nous-mêmes pendant tout le tems de notre station sur ce point ignoré du globe; nos plaisirs furent partagés entre la chasse et la pêche. Ces côtes sont très-abondantes en poisson d'excellente qualité; nous y trouvâmes aussi des huîtres d'un goût exquis et d'une chair toute particulière: sa couleur était d'un rose tendre sillonné par des lignes noires très-déliées. La chasse nous fournit des mets aussi variés que délicats: le gibier, très-abondant sur les côteaux où l'on aperçoit quelques plantes aromatiques, consiste en daims, lièvres, lapins, faisans, perdrix, cailles et canards: quelques-uns de ces oiseaux ont un très-beau plumage, mais particulièrement les cailles et les perdrix. La chasse que nous fîmes aux daims fut si singulièrement combinée et en même tems si productive que je ne puis me dispenser d’en parler. Comme ces animaux étaient à la fois en si grand nombre et se montraient si timides, nous jugeâmes à propos de ne pas les effrayer à coups de fusil: en conséquence, nous fîmes descendre à terre une partie de notre équipage avec deux tambours; et après les avoir convenablement distribués, nous les fîmes avancer dans l’intérieur, et leur ordonnâmes de faire à leur retour une battue générale en chassant les daims vers le rivage. Il fallait voir alors ces animaux, effrayés par les houras de nos gens et le bruit de nos caisses, s’échapper de leur retraite et se précipiter dans la mer: là le reste de nos matelots, montés sur les chaloupes, les environnaient; et lorsqu’un de ces pauvres daims voulait retourner sur ses pas ou gagner quelque ilot voisin, il était aussitôt assailli et tué. Cependant plusieurs de ces timides quadrupèdes parvinrent à s’échapper, car nous ne pûmes pas toujours résister à la curiosité de les voir s’agiter avec vigueur et souvent avec succès sur un élément pour lequel la nature les a rendus si impropres.

Comme point de relâche, le port de Guaymas offre peu de ressources aux vaisseaux qui viennent s’y ravitailler; et ce n’est qu’avec de grandes difficultés que l’on peut se procurer de l’eau douce dans les puits qui avoisinent la ville. Par ce motif les végétaux y sont très-rares et très-chers; mais le bœuf et le mouton y sont excellens et à très-bas prix. Cependant ces graves inconvéniens sont contrebalancés par des avantages bien précieux pour la ville. A cause de la rareté de l’eau, ses habitans sont délivrés du fléau de la fièvre intermittente qui, tous les ans, désole les populations des côtes sud du Mexique, qui, pour se soustraire à ces ravages, sont obligés, pendant la saison des fièvres, de se retirer dans les villes de l’intérieur. Quoique le sol des côtes de la Californie soit généralement sec et aride, cependant au printems la terre se couvre d’une végétation riche, active et vigoureuse; alors, la température du jour est modérée, et les nuits sont d’une fraîcheur suave. Mais en été, lorsque le soleil a desséché les plantes, la chaleur répercutée par les rochers dépouillés de végétation rend ce pays insupportable à presque tous les Européens. Le caractère des habitans  est en général  peu sociable.

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Published by froidefond - dans HISTOIRE
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